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PolitiquePrix du Canada pour les arts

Mea-culpa de David Pecaut

Mise à jour le jeudi 12 février 2009 à 8 h 26

Numéro du spectacle Quidam, du Cirque du Soleil

Photo: Al Seib/Dominique Lemieux

Numéro du spectacle Quidam, du Cirque du Soleil

David Pecaut l'instigateur du projet des Prix du Canada et fondateur de Luminato, est prêt à s'excuser. Après avoir admis au quotidien Le Devoir n'avoir contacté aucune des compagnies citées dans le dossier soumis à Ottawa, il s'est justifié.

Selon ses dires, le dossier en question était seulement un document de travail puisqu'il n'a pas reçu la garantie du gouvernement qu'il en serait l'organisateur.

« C'était une liste de partenaires potentiels, mais nous n'avons pas approché les gens, car ce n'était à l'époque qu'un document de travail. C'était trop tôt pour que les gens se commettent », a-t-il déclaré dans une entrevue téléphonique accordée au quotidien québécois.

Mercredi, plusieurs institutions culturelles canadiennes ont démenti être des partenaires des Prix du Canada pour les arts et la créativité, comme l'ont prétendu leurs parrains dans un document présenté au gouvernement conservateur minoritaire de Stephen Harper.

C'est notamment le cas des Grands Ballets canadiens, du Cirque du Soleil, des Ballets Jazz de Montréal, de l'École nationale du Cirque, du Musée d'art contemporain, de l'École de musique Schulich, du Festival de théâtre de Stratford et de l'École nationale de théâtre. Certains dirigeants de ces institutions s'offusquent d'avoir été utilisés de la sorte.

Les Prix du Canada pour les arts et la créativité ont créé la controverse récemment, après l'octroi d'une subvention de 25 millions de dollars dans le dernier budget du gouvernement Harper. Des voix au sein du milieu artistique se sont insurgées contre ce financement, accordé quelques mois après qu'Ottawa eut aboli des programmes culturels d'une valeur de 45 millions de dollars destinés aux artistes nationaux.

Le directeur des Grands Ballets canadiens, Alain Decynger, affirme ne jamais avoir été consulté à ce sujet. La création même de ce fonds, a-t-il dit à La Presse, est « une honte », au moment où « nos compagnies et nos artistes vont crever de faim à la suite de l'élimination de deux programmes-clés: Promart et Routes commerciales ».

Le directeur artistique des Ballets Jazz de Montréal, Louis Robitaille, dit n'avoir « jamais entendu parler de ces gens-là » et trouve « indécent » que l'institution ait été utilisée de la sorte. Un porte-parole du Cirque du Soleil déclare n'avoir jamais été contacté à ce sujet et soutient que personne n'a demandé la permission d'utiliser la photo d'une acrobate qui figure sur la page couverture du document.

Certains dirigeants d'autres institutions admettent avoir été joints par le concepteur du projet, Jeff Melanson, mais ils affirment ne lui avoir jamais donné leur appui.

Le gouvernement sur la défensive

« Ce n'est pas de la consultation, c'est de la manipulation de l'opinion publique », a déclaré Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois, à la Chambre des Communes. Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, a pris tout le monde par surprise en répondant que « c'est une proposition de deux gars qui ne sont pas notre politique (sic) ».

Ses propos ont été accueillis froidement par M. Duceppe, qui a accusé les conservateurs de « mentir » pour ne pas perdre la face. « Ce n'est pas son programme, mais il met 25 millions de dollars dans le budget! » a-t-il rétorqué.

Il faut dire que le document remis au gouvernement Harper est pour le moins ambigu. Selon La Presse, il mentionnerait en fait que les prix « profiteront de l'infrastructure et des contacts de Luminato » et que la location des bureaux pour le marketing et le site web des Prix seront pris en charge par le festival.

Le bureau de M. Moore a déclaré que le ministère poursuivait ses consultations et que le gouvernement s'attend « à recevoir davantage de propositions ».

Des « Nobel de la culture »

Les Prix du Canada pour les arts et la créativité, fondés par les deux hommes d'affaires torontois derrière le Festival Luminato, David Pecaut et Tony Gagliano, ont pour objectif d'attirer au pays « les meilleurs nouveaux artistes du monde entier oeuvrant dans une large gamme de disciplines artistiques », selon la description qu'en a fait le gouvernement canadien.

Des prix « internationaux d'excellence en danse, en musique, en art et en art dramatique » doivent être remis « par un jury formé d'artistes célèbres dans chaque discipline ». Selon ce qu'a déclaré David Pecaut à la radio anglaise de Radio-Canada, il s'agit en bref de créer des prix qui auront l'envergure des prix Nobel dans le domaine culturel.

Alegria, du Cirque du Soleil

Photo: Al Seib / Cirque du Soleil

Alegria, du Cirque du Soleil