Les réactions au court discours du Trône lu lundi, à Ottawa, par la gouverneure générale ont été aussi générales que le texte préparé par le premier ministre Stephen Harper. Les partis d'opposition attendent surtout le budget qui sera présenté mardi par le ministre des Finances, Jim Flaherty.
Tandis que le libéral Michael Ignatieff attendra mercredi, lendemain du budget fédéral, pour annoncer la position de son parti, les bloquistes et les néo-démocrates s'attendent à être déçus.
Le chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, a déclaré que le premier ministre Harper tenait un double discours. En anglais, M. Ignatieff a parlé de « double personnalité ». « On a un gouvernement qui parle dans les deux langues à la fois. On ne sait pas quelle langue il faut croire. C'est demain qu'on va trancher et décider ce qu'on doit croire », a dit le chef libéral.
Le chef libéral a toutefois averti les journalistes et la population qu'il n'annoncerait pas dès mardi si les libéraux appuieront ou non le budget. Il prendra plutôt le temps de consulter son caucus et des membres du parti et annoncera sa décision mercredi matin.
Michael Ignatieff a affirmé qu'il attendait des actions concrètes du gouvernement. Il a ajouté qu'il fallait lire le budget et ne pas croire d'emblée « le doux langage d'aujourd'hui ».
Quant aux autres mesures du discours du Trône qui sont ramenées dans celui de lundi, notamment en matière de justice, M. Ignatieff se met encore là en mode attente. Il a affirmé qu'il n'y avait pas encore de projets de loi à ce sujet et qu'il allait d'abord laisser le gouvernement en déposer.
Duceppe déçu
De son côté, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a déploré que le discours préparé par le premier ministre Stephen Harper ramène des mesures qui « se heurtent directement aux intérêts du Québec ».
M. Duceppe mentionne le changement de formule de la péréquation qui coûtera 1 milliard de dollars en transferts au Québec, le refus de ramener les 45 millions en programmes de diffusion culturelle à l'étranger abolis l'année dernière et l'absence de mesures environnementales, en ce jour où le président américain Barack Obama a annoncé des éléments de sa politique en la matière.
Au sujet de la culture, Gilles Duceppe affirme que, même si le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, promet plus d'argent, il faudra d'abord voir quelle est sa définition de la culture. « À moins qu'on me convainque que ceux qui portent la flamme olympique font de la danse contemporaine », a lancé M. Duceppe.
Le chef bloquiste croit que des mesures comme celles contenues dans le controversé énoncé économique de l'an dernier, par exemple l'abolition des subventions aux partis politiques, ne reviendront pas dans le budget de mardi. « Il a étiré l'élastique au maximum et a mal au bout des doigts », a-t-il dit.
Il affirme toutefois que des politiques comme la création d'une commission nationale des valeurs mobilières et le renforcement des mesures à l'endroit des jeunes contrevenants vont à l'encontre des intérêts du Québec.
Gilles Duceppe a insisté pour dire qu'il prendrait le temps de lire le budget avant d'y réagir. Cependant, il ne s'attend pas à des revirements importants sur des questions qu'il juge fondamentales, comme la péréquation.
La coalition, maintenant
Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, a quant à lui perdu toute confiance envers le gouvernement Harper. M. Layton rappelle que l'énoncé économique de l'automne dernier comportait peu de mesures de stimulation économique et était une attaque contre la démocratie. « On ne peut pas gérer comme cela dans une turbulence extraordinaire », a déclaré le chef néo-démocrate.
Jack Layton affirme que Stephen Harper promet de collaborer avec l'opposition à chaque élection, mais ne tient pas parole. M. Layton affirme que le projet de coalition libérale-néo-démocrate, appuyée par le Bloc québécois, est « une occasion en or » et une « possibilité extraordinaire ».
Le chef néo-démocrate affirme qu'il est toujours en contact avec le chef libéral Michael Ignatieff et se prépare à l'éventualité d'un gouvernement de coalition si le gouvernement conservateur perd le vote de confiance sur son budget et est renversé. Jack Layton soutient que le projet de coalition permettrait le dépôt de trois budgets comportant des éléments clés établis à l'avance.
Les conservateurs persistent et signent
Pour le lieutenant de Stephen Harper au Québec, le ministre Christian Paradis, le discours du Trône et le budget de mardi reflètent ce que le gouvernement conservateur a entendu au sein de la population.
« Les partis d'opposition ont eux aussi été consultés, c'est une consultation qui est sans précédent. C'est ce qui est unique à ce budget-là, c'est du jamais vu », a souligné le ministre Paradis.
Le ministre Paradis a confirmé que le budget comprendrait des baisses d'impôt. Tant M. Paradis que son collègue Lawrence Cannon ont martelé que le budget est préparé en fonction de la période économique difficile actuelle.
« On n'arrivera pas avec un budget pour dire: Voilà, on règle la crise économique. Il faut être pragmatique, ça prend des mesures ciblées qui soient temporaires, qui soient aussi fructueuses. C'est ce qu'on a entendu », a résumé Christian Paradis.