Bob Rae a annoncé, mardi, qu'il se retirait définitivement de la course à la direction du Parti libéral du Canada, qu'elle conduise à l'élection d'un chef sur une base temporaire ou permanente.
Le député torontois Bob Rae abandonne la course à la direction du Parti libéral du Canada, laissant ainsi la voie libre à Michael Ignatieff pour qu'il succède au chef Stéphane Dion.
« M. Ignatieff a présenté sa candidature à la direction intérimaire du Parti libéral, je ne suis pas candidat à la direction intérimaire du Parti libéral et je ne serai pas candidat pour la chefferie permanente au Congrès de Vancouver », a-t-il dit.
En fait, M. Rae se retire de la course parce que l'exécutif national du parti a décidé, tard lundi soir, de remplacer M. Dion rapidement, avant les fêtes, et il a approuvé du même souffle un processus consultatif accéléré pour nommer un chef intérimaire.
M. Rae déclarait lundi qu'il voulait un processus de consultation plus élargi, un vote universel du parti, ce qui ne pouvait qu'aboutir à la sélection d'un chef à la mi-janvier.
« Je n'ai aucune intention de faire quelque chose qui pourrait endommager le parti », a dit M. Rae, mardi, réaffirmant ce qu'il avait dit la veille, qu'il accepterait la décision de l'exécutif, quelle qu'elle soit, même si elle allait à l'encontre de sa position.
Le président du PLC, Doug Ferguson, a justement annoncé en pleine nuit que le successeur de Stéphane Dion à titre intérimaire serait choisi d'ici le 17 décembre et que le processus de consultation devant mener à ce résultat avait été élargi. Environ 800 personnes devaient ainsi être consultées.
« L'exécutif national a décidé de consulter largement les organismes constitutionnels du parti, y compris le caucus, les candidat(e)s défait(e)s lors de la dernière élection générale, le Conseil des présidents et les président(e)s des clubs des commissions », indiquait M. Ferguson dans un communiqué publié dans la nuit de lundi à mardi, au terme d'une longue téléconférence.
M. Rae sait bien que Michael Ignatieff est plus populaire que lui parmi les instances du parti, et qu'il n'a donc aucune chance d'être choisi comme chef intérimaire. Il a donc affirmé clairement qu'il serait fidèle à M. Ignatieff. « Je lui offrirai mon soutien absolu. Je sais qu'il est sage et généreux et qu'il fera un grand premier ministre. »
Il s'engage aussi à travailler corps et âme en faveur d'une coalition libérale néo-démocrate et au renversement du gouvernement Harper.
Les événements se précipitent
En deux jours, la situation aura considérablement évolué dans la course à la direction du Parti libéral.
Lundi, le chef Stéphane Dion a annoncé qu'il démissionnera dès qu'un successeur aura été désigné. Un peu plus tard, le candidat Dominic LeBlanc annonçait qu'il se désiste de la course à la direction au profit de Michael Ignatieff.
Et voilà que, lundi matin, Bob Rae annonce qu'il ne se présente plus et qu'il sera fidèle à Michael Ignatieff. Faisant allusion à la décision du parti de tenir une consultation restreinte, il a dit qu'une « décision du parti a exigé une décision de ma part, il y a eu beaucoup d'événements, il faut répondre rapidement ».
M. Rae a dit qu'il continuerait à travailler à remplacer Stephen Harper et favorise toujours une coalition PLC-NPD. Il faut remplacer Harper « parce que c'est un échec en économie et un échec en démocratie ».
M. Ignatieff est toutefois considéré comme réfractaire à cette coalition que défendent Stéphane Dion et Bob Rae.
La semaine dernière, avant que la Chambre des communes ne soit prorogée par la gouverneure générale, tous les libéraux ont été appelés à signer une lettre d'appui à la coalition qu'aurait dirigée Stéphane Dion. Michael Ignatieff a été le dernier à la signer.
Le Globe and Mail cite mardi un important partisan de M. Ignatieff selon lequel il voudrait utiliser le projet de coalition comme une arme pour s'assurer que le gouvernement conservateur minoritaire de Stephen Harper n'abuse pas de ses prérogatives. Il résumait cette tactique dans la formule: « la coalition si nécessaire, mais pas nécessairement la coalition ».
Ignatieff à la tête du parti
Michael Ignatieff deviendra vraisemblablement le troisième chef du PLC en cinq ans. Les libéraux auront ainsi du temps pour peaufiner leur plan de match.
En raison de la prorogation de la Chambre, les députés fédéraux seront de retour à Ottawa le 26 janvier. La session commencera avec le dépôt d'un budget, qui fera l'objet d'un vote de confiance.
Quant au congrès à la direction permanente du parti, qui doit se tenir en mai, à Vancouver, il devrait toujours avoir lieu. Selon les statuts du parti, le chef du PLC doit être élu par les membres du parti, à l'occasion d'un congrès. Il s'agira alors vraisemblablement d'un couronnement pour M. Ignatieff.
Michael Ignatieff en bref
Michael Ignatieff est sans doute mieux connu à l'étranger qu'au Canada.
Après avoir remporté deux élections dans la circoncription de Etobicoke-Lakeshore et être arrivé deuxième lors de la course à la direction du PLC, il est devenu l'homme de l'heure.
Intellectuel et auteur, il a quitté son poste de directeur du Centre Carr pour les droits de la personne à l'Université Harvard pour revenir au pays en août 2005 pour enseigner à l'Université de Toronto, puis peu après, se présenter comme député.
Il a voyagé, enseigné, et écrit, mais durant 35 ans, il n'a fait que des visites occasionnelles au pays.
Se lance dans la course à la direction du PLC en 2006. Les libéraux le voyaient comme un nouveau Trudeau. Il semble bien qu'il deviendra chef du PLC, désigné par l'exécutif du parti.