6 décembre 2008
![]() PolitiqueCrise politique à Ottawa Positions divergentes d'un océan à l'autreMise à jour le dimanche 7 décembre 2008 à 22 h 02
Après avoir divisé la presse au cours de la dernière semaine, la crise parlementaire a mobilisé plusieurs citoyens, samedi, dans les principales villes canadiennes. C'est au Québec et en Ontario, à Montréal (1000 personnes) et à Toronto (2000 personnes), que les principales manifestations de soutien à la formation d'un gouvernement de coalition par le Parti libéral et le NPD ont eu lieu. Des manifestations contre la coalition ont également été organisées dans plusieurs villes canadiennes, dont Ottawa, Halifax et Winnipeg. Le plus important rassemblement a eu lieu à Calgary, où quelque 2000 Albertains se sont réunis pour donner leur appui au premier ministre Stephen Harper. Une crise qui divise La crise parlementaire à Ottawa a ravivé le débat sur l'unité nationale. Plusieurs Canadiens ont perçu l'appui du Bloc québécois à la coalition PLC-NPD comme une menace au bon fonctionnement du gouvernement canadien. En général, la formation d'un gouvernement de coalition n'est pas perçue de la même manière au Québec que dans le reste du Canada. Le 1er décembre, un sondage CROP réalisé pour La Presse indiquait que 76 % des Québécois étaient favorables à un gouvernement de coalition. Le lendemain, un sondage Angus Reid révélait que 82 % des Albertains et 58 % des Ontariens étaient préoccupés par la participation du Bloc à la coalition, alors que 36 % des Québécois s'en inquiétaient. Le 3 décembre, un sondage Strategic Counsel réalisé pour le Globe and Mail indiquait que 45 % des Canadiens estiment que la coalition est démocratique, alors qu'au Québec, cette proportion est de 68 %. Les journaux étaient quant à eux divisés sur les tenants et aboutissants de la crise au cours de la dernière semaine. Par exemple, dès le 1er décembre, le Globe and Mail accusait MM. Dion et Harper de faire passer la politique avant l'intérêt national et concluait qu'il pourrait être préférable que Stephen Harper démissionne. Le Toronto Star affirmait également que Stephen Harper est à blâmer pour la crise politique. Le lendemain, le Star ajoutait qu'un gouvernement de coalition serait préférable à « un régime conservateur dirigé par Harper, qui a démontré que l'idéologie et la partisanerie sont plus importantes pour lui que d'offrir un bon gouvernement ». Le 3 décembre, le Star écrivait que les conservateurs peuvent arguer qu'un gouvernement de coalition serait mauvais pour l'économie et le Canada, mais que de suggérer que la coalition est une conspiration pour diviser le Canada est tout simplement faux, et qu'il s'agit d'une insulte à l'intelligence des Canadiens. Le quotidien torontois a également critiqué le discours à la nation du premier ministre, parce qu'il portait surtout sur la légitimité de la coalition. Selon le National Post, s'il est vrai que le gouvernement conservateur a créé la crise en voulant retirer le financement des partis politiques, la sanction proposée par les partis d'opposition est tout à fait disproportionnée. Le quotidien a donc applaudi la décision de Michaëlle Jean de proroger le Parlement. « Imaginez le Canada dans six mois. Il y aura un premier ministre libéral. Il sera à la tête d'une coalition instable de libéraux et de socialistes alignés à des séparatistes. Pour apaiser les socialistes, il devra augmenter les taxes. Pour apaiser les séparatistes, il devra donner des montants d'argent et une attention disproportionnée à la province de Québec. » — David Frum, chroniqueur au National Post, 2 décembre Le 6 décembre, Robert Fulford écrivait dans le National Post que le mouvement séparatiste québécois a été renforcé par la semaine de crise à Ottawa. Selon M. Fulford, la conférence de presse conjointe de MM. Dion, Layton et Duceppe a élevé le Bloc au rang des autres partis canadiens, et bien qu'aucun député bloquiste ne ferait partie du cabinet, le Bloc aurait un veto sur le gouvernement de coalition. « Dion, qui était connu jusqu'à tout récemment comme le critique le plus éloquent sur le séparatisme, a passé la semaine à proposer de diriger un gouvernement qui servirait les intérêts du Bloc québécois », écrivait M. Fulford. Méthodologie des sondagesLe sondage CROP/La Presse a été réalisé les 29 et 30 novembre 2008 auprès de 603 répondants québécois. Sa marge d'erreur est de 4 points de pourcentage, 19 fois sur 20. Dion, talon d'Achille Le leadership de Stéphane Dion, qui pourrait miner de l'intérieur la coalition, est critiqué de plus en plus ouvertement par les libéraux. Les indices d'une démission imminente de Stéphane Dion se sont multipliés au cours des derniers jours. Dimanche, les candidats à la direction du PLC Michael Ignatieff et Bob Rae ont dit que le parti avait besoin d'un nouveau chef permanent dès janvier. Samedi, l'ancien vice-premier ministre libéral John Manley écrivait dans une lettre au Globe and Mail que son parti doit remplacer M. Dion avant Noël par un chef qui travaillera à raviver le Parti libéral, plutôt qu'à promouvoir la formation d'un gouvernement de coalition avec le NPD. La veille, Stephen LeDrew, président du Parti libéral du Canada de 1998 à 2003, écrivait dans le National Post que Dion devrait « démissionner immédiatement ». Rappel des faits 27 novembre - Le ministre des Finances Jim Flaherty présente sa mise à jour économique à la Chambre des communes. Libéraux, néodémocrates et bloquistes dénoncent l'absence de mesures concrètes pour stimuler l'économie nationale et le caractère « idéologiques » de plusieurs mesures projetées dans l'énoncé économique, parmi lesquelles on retrouve:
28 novembre - Devant l'indignation des partis d'opposition, le premier ministre Stephen Harper reporte au 8 décembre le vote sur son énoncé économique ainsi que la journée d'opposition des libéraux, qui prévoient déposer une motion de censure qui pourrait faire tomber le gouvernement. Le Parti libéral et le NPD mandatent l'ex-chef du NPD Ed Broadbent et l'ex-premier ministre Jean Chrétien pour discuter de la possibilité de former un gouvernement de coalition, advenant la défaite des conservateurs lors du vote. Le Bloc québécois participe aux discussions, son appui étant indispensable pour porter et maintenir au pouvoir une telle coalition. 29-30 novembre - Les conservateurs annoncent qu'ils reculeront sur certaines mesures, dont l'abolition du financement public aux partis politiques et la suspension du droit de grève des fonctionnaires fédéraux. Le ministre des Finances annonce que son budget sera présenté après le congé des Fêtes, le 27 janvier. Les partis d'opposition affirment ne pas avoir l'intention d'appuyer l'énoncé économique du gouvernement en dépit des reculs des conservateurs. 1er décembre - Le PLC et le NPD s'entendent pour former un gouvernement de coalition jusqu'au 30 juin 2011. Le Bloc québécois, qui ne ferait pas partie du gouvernement, accepte de soutenir ce gouvernement jusqu'en juin 2010. Le caucus libéral nomme le chef démissionnaire du parti, Stéphane Dion, pour diriger cet éventuel gouvernement, jusqu'à ce que les libéraux choisissent leur nouveau chef, en mai prochain. 2 décembre - Les conservateurs promettent d'utiliser tous les moyens légaux pour empêcher qu'un gouvernement de coalition, qu'ils jugent illégitime, prenne leur place. La gouverneure générale écourte sa visite officielle en Europe. 3 décembre - Stephen Harper fait un discours à la nation dans lequel il réaffirme qu'il prendra tous les moyens légaux pour contrer la coalition. M. Harper réaffirme que son gouvernement déposera un budget le 27 janvier prochain. 4 décembre - La gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, accepte de mettre fin à la session parlementaire à la demande de Stephen Harper. Les travaux du Parlement reprendront le 26 janvier, soit dans sept semaines. 5 décembre Les grandes centrales syndicales du Québec et de l'Ontario se mobilisent pour apporter leur appui à la coalition des partis d'opposition fédéraux. Des rassemblements sont prévus pour le lendemain. Stephen LeDrew, président du Parti libéral du Canada de 1998 à 2003, écrit dans le National Post que Dion devrait « démissionner immédiatement ». 6 décembre Des manifestations pour et contre la formation d'un gouvernement de coalition sont organisées dans les principales villes canadiennes. Alors que les rumeurs sur la démission précipitée de Stéphane Dion s'amplifient, l'ancien vice-premier ministre libéral John Manley écrit dans une lettre au Globe and Mail que son parti doit remplacer M. Dion avant Noël par un chef qui travaillera à raviver le Parti libéral, plutôt qu'à promouvoir la formation d'un gouvernement de coalition avec le NPD. Michael Ignatieff, candidat à la direction du PLC, dit que le parti explore les moyens d'accélérer la course à la chefferie.
article
Prorogation du Parlement: Manifestants contre manifestants
audio-vidéo
6 décembre 2008
De plus en plus de voix réclament le départ de Stéphane Dion, relate Daniel Thibeault.
Emmanuelle Latraverse fait le point sur la situation de Stéphane Dion.
L'analyse de Michel C. Auger, Chantal Hébert et Emmanuelle Latraverse
Hélène Buzzetti, journaliste et chroniqueuse au quotidien Le Devoir, analyse la crise politique à Ottawa.
Dimanche Magazine: Hugo Lavoie a parlé aux électeurs de la circonscription de Louis-Saint-Laurent, détenue par la conservatrice Josée Verner.
Dimanche Magazine: Joane Arcand s'entretient avec la députée libérale Marlene Jennings.
Dimanche Magazine: Joane Arcand s'entretient avec la chroniqueuse Manon Cornellier, du quotidien Le Devoir.
|