La gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, a accepté de proroger le Parlement à la demande du premier ministre Stephen Harper. La chef de l'État a donné son assentiment lors d'une rencontre de plus de deux heures tenue jeudi avant-midi à Rideau Hall.
Après une rencontre de plus de deux heures, le premier ministre Stephen Harper a obtenu de Michaëlle Jean la prorogation du Parlement. Les travaux reprendront avec la présentation du budget.
À sa sortie de la rencontre, le chef du gouvernement minoritaire conservateur a confirmé que les travaux à la Chambre des communes reprendront le 26 janvier, et que le premier dossier à l'ordre du jour sera le dépôt du budget.
La prorogation du Parlement, qui met un terme à la session parlementaire et donc à tous les travaux en cours, permet au gouvernement Harper d'éviter un vote de confiance qu'il aurait selon toute vraisemblance perdu lundi prochain.
En vertu d'une entente conclue plut tôt cette semaine, les trois partis d'opposition auraient en effet voté contre l'énoncé économique présenté la semaine dernière par le ministre des Finances Jim Flaherty. Comme il s'agit d'un vote de confiance, le gouvernement aurait dû soit démissionner, soit demander à la gouverneure générale de déclencher des élections.
Main tendue et mea-culpa
Le premier ministre à son arrivée à Rideau Hall
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PC/Adrian Wyld
Selon M. Harper, la prorogation du Parlement permettra à tous les partis de se concentrer sur la priorité des Canadiens: l'économie. Il a particulièrement tendu la main au Parti libéral et au Nouveau Parti démocratique, qui ont, dit-il, « la responsabilité de travailler dans l'intérêt du Canada tout entier ».
« J'invite les partis de l'opposition à travailler avec nous, à nous informer de leur position détaillée et nous serons là pour écouter. C'est essentiel. C'est le message que les Canadiens ont livré clairement. Le public est très frustré par la situation au Parlement. Nous sommes tous responsables », a-t-il dit.
(Voir la réaction de l'opposition.)
Le premier ministre a longuement parlé du fait que si les députés du Bloc québécois ont le droit de siéger au Parlement, leurs intérêts sont fondamentalement différents de ceux des trois partis nationaux. Cette différence, a-t-il insisté, est plus profonde que celle qui existe entre partisans du libre marché et partisans d'une intervention gouvernementale accrue.
Le premier ministre a soutenu une fois de plus sa décision de ne pas inclure de plan de relance de l'économie, comme le réclament les partis d'opposition. « Tout le monde sait qu'un Parlement qui ne siège que depuis deux semaines ne peut annoncer un plan budgétaire sans avoir parlé à quiconque », a-t-il affirmé. « À l'évidence, nous devons rebâtir la confiance [avec les autres partis] », a-t-il admis du même souffle.
Dion et Layton veulent aussi voir Michaëlle Jean
Les chefs libéral et néodémocrate Stéphane Dion et Jack Layton ont également demandé de rencontrer la gouverneure générale en après-midi. On ne sait pas pour le moment si la gouverneure générale, qui agit normalement sur la recommandation du premier ministre, a accédé à cette demande.
Les deux chefs de la coalition qui souhaitent renverser le gouvernement Harper et prendre le pouvoir, avec l'appui du Bloc québécois, ont déjà fait parvenir une lettre à Mme Jean plus tôt cette semaine pour lui expliquer que M. Harper n'a plus la confiance de la Chambre des communes.
En matinée, les députés libéraux ont été conviés à passer au bureau du whip du parti pour prouver qu'ils appuient la coalition. Tous les députés ont signé une lettre en appui à cette coalition. Mercredi, le député libéral de Guelph, Frank Valeriote, est sorti des rangs et a dénoncé l'idée de former une coalition (voir notre article à ce sujet). Il se serait donc rallié à la décision de ses collègues.
Les néodémocrates ont d'ailleurs fait la même chose. Le député néodémocrate Yvon Godin a affirmé sur les ondes de RDI que tous les députés du parti l'ont signée.
Ed Schreyer
La réponse de la gouverneure générale n'allait pas de soi pour tous. Avant que la décision ne soit prise, l'ancien gouverneur général Ed Schreyer avait par exemple déclaré au Globe and Mail que Mme Jean ne devrait pas accéder à une éventuelle demande de prorogation. « Rien ne doit être fait pour aider ou encourager [une procédure lui permettant] de ne pas se soumettre à la volonté du Parlement ». Des constitutionnalistes estiment toutefois que Mme Jean ne pouvait passer outre à l'avis du premier ministre.