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PolitiqueCrise politique à Ottawa

Les conservateurs contre-attaquent

Mise à jour le mardi 2 décembre 2008 à 23 h 47

Stephen Harper lors des débats à la Chambre des communes

Photo: La Presse Canadienne /Tom Hanson

Les conservateurs ne baissent pas les bras devant la fronde de l'opposition qui veut les déloger pour s'emparer du pouvoir à Ottawa.

Ils promettent d'utiliser tous les moyens légaux afin d'empêcher la coalition, dirigée par Stéphane Dion, de prendre leur place. Ils veulent s'attirer l'appui de l'opinion publique. Des manifestations sont prévues aux quatre coins du pays, de même que des pétitions et des appels aux électeurs pour qu'ils expriment leur désaccord à leur député.

Ils viennent de lancer une offensive publicitaire pour discréditer la coalition - entre les libéraux et les néo-démocrates, avec l'appui du Bloc québécois - et tenter de convaincre les Canadiens de la nature antidémocratique d'une telle coalition.

Manifestation devant le 24 Sussex Drive.

Manifestation devant le 24 Sussex Drive.

Dans une publicité radio, ils reprochent notamment à Stéphane Dion d'avoir une entente avec les néo-démocrates « et il travaille avec les séparatistes pour que cela arrive. Il pense même prendre le pouvoir sans vous demander votre opinion, vous les électeurs ».

Mardi matin, devant la résidence du premier ministre, au 24 Sussex Drive, à Ottawa, des sympathisants conservateurs ont organisé une manifestation de solidarité avec le gouvernement Harper. On pouvait lire sur une affiche, « pas d'entente avec les séparatistes ».

Une journée de manifestation

L'appui nécessaire du Bloc québécois à la formation de la coalition ne laisse pas les partisans conservateurs indifférents. Ces derniers préparent une grande journée de manifestation samedi, promettant de se faire entendre dans plusieurs grandes villes du pays, de Halifax à Vancouver, en passant par Montréal.

Le site RallyforCanada.ca, par exemple, du blogueur Stephen Taylor, invite les mécontents à manifester. « On a eu environ 50 000 visiteurs sur notre site dans les 24 dernières heures. Je crois qu'on aura tout un impact », raconte M. Taylor.

Site RallyforCanada.ca

Sur d'autres sites, les blogueurs conservateurs expriment nettement leur colère. « Triste jour pour le pays », « Le Canada est devenu la république bananière la plus froide du monde », « Cauchemar sur la colline du Parlement », « Coup d'État ». « Tout ça, c'est la faute de ce parasite appelé Québec et de son emprise sur Ottawa », « L'Ouest doit se séparer », peut-on lire dans les commentaires.

Les conservateurs sont très actifs sur Internet. Un utilisateur de Facebook qui se présente comme Dimitri Soudas, conseiller politique du premier ministre, utilise même Facebook pour publiciser une pétition unilingue anglophone appelant les électeurs à dire non à la coalition.

« (...) Étant donné que l'opposition veut imposer une coalition libérale, néo-démocrate et séparatiste instable, non élue (....) nous vous demandons d'appeler votre député pour lui dire de s'opposer à toute entente politique qui remplacerait le gouvernement démocratiquement élu de Sa Majesté sans consulter les Canadiens dans une élection générale et démocratique ».

Le site officiel du Parti conservateur n'est pas en reste. Il affirme que « les électeurs n'ont certainement pas offert aux libéraux et au NPD le mandat de former une coalition officielle avec les séparatistes du Bloc québécois (...), que c'est le choix de l'opposition (...) de s'allier aux séparatistes du Québec » et que « les libéraux, le NPD et les séparatistes doivent d'abord affronter les électeurs canadiens ».

Le site propose une série de mesures à prendre pour faire valoir son opposition à la coalition.

Même les stations de radio ajoutent leur grain de sel. Dans une tribune téléphonique d'une station d'Ottawa, l'animateur a demandé aux auditeurs si le fait que les dépenses fédérales soient sanctionnées par un parti séparatiste les dérangeait.

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Des Communes enflammées

À Ottawa, la période de questions quotidienne a donné lieu à des débats passionnés, mardi après-midi.

D'entrée de jeu, le chef libéral Stéphane Dion a accusé le premier ministre Stephen Harper de violer les principes de la démocratie, en tentant d'éviter la tenue d'un vote après avoir perdu la confiance de la Chambre.

Sous les applaudissements nourris des banquettes conservatrices, Stephen Harper a rétorqué que les libéraux trahissaient leur pays, qu'ils n'avaient pas le mandat de mettre en place une coalition qu'il a qualifiée de séparatiste, une accusation répétée à maintes reprises.

« Honte, honte, honte à cette alliance avec les séparatistes. (...) Si on veut être premier ministre, on doit recevoir un mandat de la population canadienne et pas un mandat des souverainistes du Québec. (...) C'est une trahison des meilleurs intérêts de notre pays.

— Stephen Harper

Piqué au vif, l'auteur de la loi sur la clarté référendaire, Stéphane Dion, avait peine à se contenir. « J'en ai jusque-là de ses mensonges. (...) J'ai donné ma vie pour l'unité du pays, pour mon amour pour le Canada. Monsieur le président, avec cette entente, le Bloc a accepté d'avoir 18 mois de stabilité politique au Canada. Voilà ce que le Canada obtient par cette entente », a-t-il dit.

« On va combattre par tous les moyens que nous avons », a répliqué M. Harper.

Prorogation?

Il semble de plus en plus que tous les « moyens légaux » dont parle le premier ministre et les députés conservateurs signifient la prorogation de la session parlementaire jusqu'au 26 janvier, alors que le vote sur l'énoncé économique doit se tenir lundi prochain.

Les conservateurs donnent nettement l'impression d'avoir décidé que le Bloc québécois minait la légitimité de la coalition. Ils commencent donc à fourbir leurs armes, à dresser la table en cas d'élections possibles l'an prochain, car ils semblent préférer une élection à un « pacte avec le diable », comme l'a qualifié le lieutenant québécois de Stephen Harper, Christian Paradis.

En attendant un déclenchement possible d'élections générales, les observateurs s'attendent à l'annonce cette semaine d'une prorogation de la session.

Si la prorogation est décrétée, il y aura alors un nouveau discours du Trône à saveur plus populaire que le précédent, suivi d'un nouveau budget susceptible de rallier davantage l'opposition.

Pour proroger la session, Stephen Harper a besoin de l'accord de la gouverneure générale, Michaëlle Jean, qui vient d'annoncer qu'elle rentrait au pays plus tôt que prévu.

Retour au pays

La gouverneure générale n'aura pas attendu la demande de Stephen Harper pour revenir au pays. Dès le lendemain de l'accord entre les chefs libéral, néo-démocrate et bloquiste pour former un gouvernement de coalition, Mme Jean annonce qu'elle écourte son voyage officiel en Europe de l'Est.

Arrivée en République tchèque en fin de semaine, Mme Jean rentrera au pays mercredi au lieu de samedi prochain, comme il était d'abord prévu.

La chef de l'État affirme, par ailleurs, ne pas avoir consulté le premier ministre Harper sur ce changement d'horaire. De plus, elle précise qu'elle ne connaît pas les intentions de M. Harper relativement à la crise.

Le rôle du gouverneur général est de s'assurer qu'il y ait continuité, de s'assurer que la gouvernance soit vraiment établie sur de bonnes bases. Et dans l'ordre de mes responsabilités constitutionnelles, c'est ce à quoi je vais voir.

— Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada

Lettres à Rideau Hall

Plus tôt, les partis d'opposition avaient informé la gouverneure générale de leur démarche. Son bureau a d'ailleurs confirmé avoir reçu deux lettres; une du chef libéral Stéphane Dion, l'autre du chef néo-démocrate Jack Layton.

Stéphane Dion y informe la gouverneure générale qu'après consultation avec les autres partis d'opposition - et parce que les conservateurs n'ont rien proposé pour limiter les impacts de la crise économique mondiale - « son parti et l'opposition n'ont plus confiance en ce gouvernement conservateur ». Il ajoute que le Parti libéral et le NPD ont décidé de former un nouveau gouvernement, avec l'appui du Bloc québécois assuré jusqu'en juin 2010.

Appui prévisible des verts

Mardi matin, un autre parti fédéral, qui n'a toutefois pas d'élu aux Communes, a accordé son appui à la coalition. Sa présidente, Elizabeth May, l'appuie même sans réserve.

Lors d'un point de presse à Ottawa, elle a déclaré que le gouvernement de coalition pourrait à la fois gérer la crise économique et la crise climatique, beaucoup mieux en fait que les conservateurs.

Selon elle, en additionnant les votes du Parti vert à ceux des libéraux et des néo-démocrates, lors de l'élection du 14 octobre dernier, on atteint presque 7 millions de voix, alors que les conservateurs n'en ont recueilli que 5 millions. Cet écart ne tient pas compte des votes du Bloc québécois, dit-elle. Pour ce qui est de la légitimité, elle croit que la coalition l'est tout autant que ne le sont les conservateurs.

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Radio-Canada.ca avec Presse canadienne

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24 heures en 60 minutes: Anne-Marie Dussault s'entretient avec James Moore, ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles. Entretien de Patrice Roy avec Christian Paradis, lieutenant québécois de Stephen Harper. Reportage de Tamara Alteresco Gilles Duceppe réagit à la suite de la période des questions Reportage de Janick Tremblay sur les partisans et les opposants au projet de coalition Jack Layton réagit à la suite de la période des questions Le compte-rendu d'Yvan Cloutier L'analyse de Maurice Godin Louis Massicotte, de l'Université Laval, analyse le fonctionnement de la coalition et le rôle de la gouverneure générale. Marlene Jennings, députée du PLC, explique les raisons qui ont poussé les partis d'opposition à former une coalition. Questions des journalistes et réponses des partis d'opposition formant la coalition Les raisons derrière la formation du gouvernement de coalition avec le député libéral Bob Rae Entrevue avec le lieutenant québécois du NPD, Thomas Mulcair Le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe détaille les raisons qui ont motivé son ralliement à la coalition. Emmanuelle Latraverse fait le bilan de cette journée sans précédent dans les annales politiques canadiennes. Les conservateurs nient toute légitimité au gouvernement de coalition, comme l'indique Daniel Thibeault. L'analyse des enjeux politiques au fédéral avec Daniel Lessard Le compte rendu de Luc Chartrand sur le retour précipité de la gouverneure générale au pays. Extrait de la période de questions à la Chambre des communes
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