Harper en mauvaise posture

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne

Les conservateurs cherche toujours la parade idéale pour éviter d'être renversé le 8 décembre prochain par une motion de défiance de l'opposition coalisée qui discute ouvertement d'un gouvernement de coalition.

Le gouvernement Harper est prêt à renoncer à l'abolition des subventions publiques aux partis pour éviter d'être renversé, mais l'opposition rétorque que c'est l'ensemble de son énoncé économique qui pose problème.

Jim Flaherty et Stephen Harper Jim Flaherty et Stephen Harper   © PC/Sean Kilpatrick

Samedi, tour à tour le ministre fédéral des Transports John Baird et le porte-parole du premier ministre, Dimitri Soudas, sont montés au front pour défendre leur gouvernement et préparer le terrain à une annonce qui doit avoir lieu dimanche.

Le ministre des Finances Jim Flaherty doit dévoiler en journée des modifications à la mise à jour économique de jeudi, notamment sur la question de l'abolition des subventions aux partis politiques. Il s'adressera en fin de matinée au public anglophone, tandis que Christian Paradis, le lieutenant québécois de Stephen Harper, sera à 11 h aux Coulisses du Pouvoir.

Sur la question du financement des partis, il s'agirait en fait d'une confirmation, puisque le ministre fédéral des Transports a déclaré samedi au réseau Newsworld que son gouvernement avait décidé de reculer.

John Baird a affirmé que les conservateurs voulaient donner l'exemple en matière de réduction des dépenses, mais que la vive opposition à la Chambre des communes les incitait à abandonner cette mesure particulière.

Pour sa part, en entrevue au Réseau de l'information, samedi, le porte-parole du premier ministre Stephen Harper, Dimitri Soudas, a refusé de préciser quels changements seraient apportés à l'énoncé économique du gouvernement pour rallier l'opposition.

Entrevue avec Dimitri Soudas, conseiller politique de Stephen Harper

Mais il a lui aussi beaucoup parlé de cette pomme de discorde qu'est le versement de 1,95 $ par vote obtenu aux partis politiques. Il a affirmé que l'importance de cette question ne justifiait pas la tenue de nouvelles élections générales.

Il a lui aussi raillé, à l'instar de son chef, l'éventuelle coalition gouvernementale de l'opposition.

Par ailleurs, selon la Presse Canadienne, le gouvernement Harper pourrait déposer un budget plus tôt que prévu, pour faire taire les accusations d'inaction.

Les conservateurs souhaitent sinon profiter des prochains jours convaincre l'opinion publique de l'illégitimité du projet de gouvernement de coalition de l'opposition.

Le chef de cabinet du premier ministre à envoyé à tous les députés et stratèges du parti une note les enjoignant à prendre d'assaut les médias pour rappeler à la population qu'ils n'ont pas voté pour une coalition et qu'il serait insensé d'y mettre à sa tête les libéraux, qui ont subi aux récentes élections leur pire dégelée de leur histoire.

Une réconciliation improbable

Libéraux et néo-démocrates continuent toutefois d'affirmer que leur colère vient du fait que l'énoncé du ministre Flaherty ne contient aucune mesure de relance de l'économie, et non seulement de la réduction de leurs subsides. « Ce n'est pas suffisant, on doit attendre un vrai plan pour protéger notre économie », a déclaré le député libéral Scott Brison.

Son collège, le député libéral Denis Coderre, en a rajouté dimanche, estimant que le retour en arrière est impossible. « Je veux qu'on comprenne qu'y a des alternatives, et que si on fait tomber gouvernement, il est possible de pas aller en élection », a-t-il fait valoir à Radio-Canada, faisant ainsi allusion à un éventuel gouvernement de coalition.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a affirmé que son parti entendait toujours voter contre l'énoncé économique conservateur, notamment parce qu'il ne comprend aucune mesure pour les secteurs manufacturier et forestier. M. Duceppe a parlé d'un « bris de confiance » et a rappelé que Stephen Harper avait signé lui-même, en 2004, une lettre évoquant un éventuel gouvernement de coalition en cas de chute des libéraux minoritaires de Paul Martin.

« Il n'est pas question pour nous d'appuyer cet énoncé idéologique pour autant... ou devrais-je dire pour si peu, a lancé Gilles Duceppe. Ce n'est pas la lumière qui lui est venue, c'est la peur qui approche. »

Le Parti libéral et le NPD ont entamé vendredi des pourparlers en vue de former un gouvernement de coalition, advenant la défaite des conservateurs lors du vote de défiance. Le Bloc québécois participe aux discussions en cours, son appui étant indispensable pour porter et maintenir au pouvoir une telle coalition.

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Entretien avec le politologue Louis Massicotte

En entrevue samedi à Radio-Canada, la lieutenante libérale au Québec, la sénatrice Céline Hervieux-Payette, a soutenu que Stephen Harper ne gagnera rien avec son report au 8 décembre des débats, disant son parti déterminé à déposer sa motion de censure.

« C'est la capacité de gouverner qu'on questionne [...] de prendre au jour le jour les bonnes décisions. Et comme ils sont incapables de lire la réalité, on se demande comment ils vont faire pour réagir au fur et à mesure que la crise va se développer, car on est au début de la crise », a soutenu Mme Hervieux-Payette.

Motion libérale, selon la Presse canadienne« En raison de l'échec des conservateurs à reconnaître la gravité de la situation économique canadienne, et à présenter un plan crédible pour stimuler l'économie, aider les travailleurs et les entreprises de secteurs en difficulté comme le secteur manufacturier, l'industrie automobile et celle des forêts, cette Chambre a perdu confiance dans le gouvernement actuel. »
La motion ajoute qu'il est possible de former « un gouvernement de rechange viable » composé des députés siégeant déjà à la Chambre des communes.

Le ministre conservateur Christian Paradis est intervenu peu après sur les ondes de RDI pour réagir aux propos de Mme Hervieux-Payette.

Il a convenu que la situation économique se détériore, mais ne voit pas la nécessité de prendre dans l'immédiat des mesures du genre de celles souhaitées par les partis d'opposition, qu'il a résumées par « des taxes, des taxes et des taxes ». Le ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux soutient néanmoins qu'au cours des prochaines semaines, des mesures pour stimuler l'économie pourraient être prises.

C'est le ministre lui-même qui a sollicité Radio-Canada pour une entrevue.

Le député conservateur Royal Galipeau a pour sa part accusé l'opposition de préparer un « coup d'État ».

Le député néo-démocrate Yvon Godin a souligné que ce sont les conservateurs eux-mêmes qui se sont mis dans cette situation. Il reproche au gouvernement d'avoir agi comme s'il était majoritaire et refusé de négocier avec les autres partis pour trouver une façon commune d'affronter la crise.

Des vétérans en renfort

Signe parmi d'autres du sérieux de ce projet de coalition gouvernementale, libéraux et néo-démocrates ont fait respectivement appel à l'ancien premier ministre Jean Chrétien et à l'ancien chef néo-démocrate Ed Broadbent pour mener les pourparlers entre les deux formations politiques.

Les spéculations vont bon train pour tenter de déterminer qui, notamment, dirigerait cet éventuel gouvernement de coalition. Selon des sources, ni les néo-démocrates ni les libéraux ne semblent prêts à voir Stéphane Dion diriger le pays dans un éventuel gouvernement de coalition.

Mme Hervieux-Payette a cependant assuré que le leadership de Stéphane Dion n'est pas à l'ordre du jour des discussions.

Répartition des sièges à la Chambre des communes
  • Parti conservateur: 143
  • Parti libéral: 77
  • Bloc québécois: 49
  • Nouveau Parti démocratique: 37
  • Indépendants: 2

Le premier ministre Stephen Harper a déclaré lors d'un point de presse, vendredi après-midi, qu'il repoussait au 8 décembre le vote de défiance sur son énoncé économique qui devait avoir lieu lundi prochain ainsi que la journée d'opposition des libéraux, qui prévoient déposer une motion de censure. Notons que le 8 décembre est jour d'élections générales au Québec.

Le premier ministre Harper a accusé ses adversaires d'agir sans le consentement des électeurs et fait valoir que les électeurs ne voulaient pas de Stéphane Dion comme premier ministre. Il a en outre soutenu que le chef libéral n'avait pas le droit de prendre le pouvoir sans élection.

En tournée en Europe, la gouverneure générale, Michaëlle Jean, a fait savoir qu'elle est était prête à revenir au pays en cas de crise politique.

Les règles parlementaires en cas de renversement de gouvernement« Si un Cabinet est battu à la Chambre des communes par suite d'une motion de censure ou de défiance, il doit soit démissionner, auquel cas le gouverneur général demandera au chef de l'opposition de former un nouveau Cabinet, soit demander la dissolution du Parlement, c'est-à-dire la tenue d'élections. »

« Le gouverneur général pourrait, dans des circonstances très exceptionnelles, refuser la tenue d'élections. Ainsi, si un appel aux urnes ne donnait à aucun parti une majorité absolue et si le premier ministre demandait la tenue de nouvelles élections sans même permettre au nouveau Parlement de se réunir, le gouverneur général devrait refuser. En effet, dans tout régime parlementaire digne de ce nom, la Chambre des communes nouvellement élue doit au moins avoir la possibilité de se réunir et de déterminer si elle est en mesure de s'occuper des affaires de l'État. »

« De même, si un Cabinet minoritaire était battu sur une motion de défiance très tôt dans la première session d'une nouvelle législature, et s'il existait une possibilité raisonnable qu'un autre parti puisse former un gouvernement et obtenir l'appui de la Chambre des communes, le gouverneur général pourrait refuser la tenue de nouvelles élections. La même chose vaut pour les lieutenants-gouverneurs à l'échelon provincial. »

Extrait de: Le régime parlementaire, site du gouvernement du Canada