![]() Journaliste:Bernard Leduc Mise à jour le lundi 24 novembre 2008 à 13 h 31 Un problème d'arithmétiqueC'est l'histoire du Québec, d'une expérience démocratique qui, on peut l'imaginer, n'est peut-être pas arrivée à son terme. Car jamais, depuis que le suffrage universel y est la norme, le nombre de voix obtenues par un parti ne s'est traduit par un nombre de sièges qui en soit le juste reflet. Sauf hasard. Donc, indépendamment de la volonté populaire. Et c'est là tout le paradoxe de notre mode de scrutin, dit uninominal majoritaire à un tour. Dans un tel système, qu'un parti remporte une circonscription par quelques voix ou par des dizaines de milliers ne change rien au résultat final: ce sera un élu, rien d'autre. Pour les perdants, et même si la lutte a été serrée, ce sera rien du tout. Des voix exprimées prennent ainsi le chemin des oubliettes. Multipliez le tout par 125 circonscriptions, puis par le nombre d'élections tenues au Québec depuis la Confédération, et le nombre de voix perdues devient astronomique. D'autres vieilles démocraties comme la nôtre, et nombre de plus jeunes, ont tenu, au fil du temps, à corriger cette distorsion en réformant leur mode de scrutin. Ici, tour à tour, René Lévesque, Bernard Landry et Jean Charest ont envisagé un temps de suivre leur exemple afin que l'Assemblée nationale soit un reflet plus juste de la volonté populaire. La formule privilégiée, chaque fois, fut la proportionnelle mixte. Suivant ce mode de scrutin, une partie des députés sont élus au scrutin uninominal à majorité simple, l'autre selon une formule proportionnelle, qui permet de traduire en réalité politique cette part de l'appui populaire obtenue par les partis qui n'est pas reflétée dans les sièges remportés à l'uninominal. On connaît la suite. Jamais le stade des voeux pieux ne sera dépassé. Au Québec, la tradition semble peser de tout son poids. L'avenir a-t-il en réserve quelque surprise pour nous? |