![]() PolitiqueQuébec La version de Thomas Mulcair contrediteMise à jour le lundi 15 septembre 2008 à 14 h 49 Exclusif
Un texte de Stéphane Bordeleau
Le ministère de l'Environnement du Québec subventionnait déjà depuis deux ans le Centre québécois d'actions sur les changements climatiques lorsque Thomas Mulcair est intervenu, en 2006, pour bloquer une subvention de 2 millions de dollars qu'Hydro-Québec s'apprêtait à verser à l'organisme, selon Alexandre Turgeon, un ex-membre de cet organisme. Interrogé lundi matin à la télévision de Radio-Canada sur le torpillage de cette subvention, révélé lundi dans le quotidien Le Devoir, Thomas Mulcair a invoqué le caractère improvisé et opportuniste du Centre québécois d'actions sur les changements climatiques pour justifier son intervention. « C'était un groupe qui était plutôt une proposition de groupe, c'est-à-dire qu'il y avait plusieurs personnes là-dedans qui étaient des gens bien connus parce qu'ils militaient au sein d'autres groupes. Mais ce groupe-là était quelque chose qui était un peu mis en place pour les fins d'obtenir cette subvention-là », a-t-il déclaré. Or, selon Alexandre Turgeon, qui était membre à cette époque du Centre québécois d'actions sur les changements climatiques, le ministère de l'Environnement du Québec versait déjà depuis au moins deux ans des sommes à son organisme lorsqu'on lui a refusé cette importante subvention d'Hydro-Québec. « Oui, on s'est unis ensemble pour travailler de façon collective sur les changements climatiques au sein du Centre d'action sur les changements climatiques. Ceci dit, son propre ministère nous subventionnait depuis deux ans. Depuis 2004, le ministère de l'Environnement et du Développement durable et le fédéral nous supportaient modestement », a déclaré à Radio-Canada.ca Alexandre Turgeon, aujourd'hui président exécutif de l'organisme Vivre en Ville. Il est vrai que le Centre d'action n'était pas légalement constitué, mais le gouvernement du Québec et son ministère acceptaient de contracter avec nous et de nous verser des subventions quand même. — Alexandre Turgeon ex-membre du Centre québécois d'actions sur les changements climatiques
En 2006, Hydro-Québec devait verser une subvention de deux millions de dollars au Centre québécois d'actions sur les changements climatiques. Mais, selon un échange de courriels publié lundi par Le Devoir, Thomas Mulcair, averti du versement de cette subvention par son chef de cabinet Stéphane Gosselin, a chargé ce dernier de faire tout en son pouvoir pour bloquer cette subvention. Ce qui fut fait. Dans les courriels, M. Mulcair laisse notamment entendre que le bureau du premier ministre Charest serait d'accord pour empêcher le versement de la subvention en raison de l'identité de certaines personnes qui dirigent l'organisme. Parmi ces personnes, Sidney Ribaux, Hugo Séguin et Alexandre Turgeon sont directement cités dans le message. « Connaissant les pensées profondes du patron sur deux des trois personnes mentionnées, je pense qu'un appel d'urgence à la grande belle-mère s'impose. Si nécessaire, je vais l'appeler moi-même. Tom. » La « grande belle-mère » est le surnom du chef de cabinet de l'époque de Jean Charest, Stéphane Bertrand. En lutte contre Stéphane Dion Dans une entrevue accordée au Réseau de l'information lundi matin, l'ex-ministre, aujourd'hui candidat vedette du NPD au Québec, a d'abord expliqué être intervenu dans le dossier afin d'empêcher Hydro-Québec d'interférer avec la mission de son ministère. Thomas Mulcair a également précisé qu'en 2006, Stéphane Dion, qui était alors ministre de l'Environnement du Canada, privait le Québec de 326 millions de dollars qui auraient servi à financer des groupes environnementaux. Selon M. Thomas Mulcair, Ottawa exigeait un droit de regard sur la façon de dépenser cette somme que lui refusait le gouvernement Charest. « Certains de ces groupes-là avaient choisi leur camp et avaient beaucoup fait pour aider M. Dion dans sa lutte plutôt acharnée contre le Québec et son plan et sa capacité d'avoir sa quote-part », a expliqué M. Mulcair avant d'avouer que ce critère avait sans doute affecté l'évaluation qu'il a faite de la subvention d'Hydro-Québec au Centre d'actions sur les changements climatiques. Est-ce que ça a affecté notre vision sur ce que devrait être cette subvention? Sans doute, parce que nous, on cherchait un résultat pour le Québec. Je ne regrette pas du tout d'avoir fait cette recommandation. — Thomas Mulcair Ici, encore, Alaxandre Turgeon se demande bien où son groupe à pu pécher: « Je n'ai jamais eu d'échanges avec d'autres membres du Centre d'actions sur les changements environnementaux ou d'autres groupes environnementaux pour défendre la position du fédéral à l'époque concernant le versement de l'argent au gouvernement du Québec. » Et les allégeances politiques? Quant aux rumeurs citées dans Le Devoir voulant que cette subvention d'Hydro-Québec ait été bloquée en raison des allégeances politiques souverainistes des membres du Centre québécois d'action sur les changements climatiques, Thomas Mulcair n'y croit pas. Interrogé par l'animateur Michel Viens sur cet aspect de la question, M. Mulcair a dit ignorer l'orientation politique des personnes qui faisaient partie de ce groupe. Alexandre Turgeon, qui a travaillé pendant deux mois pour le cabinet d'André Boisclair lorsqu'il était ministre de l'Environnement du Québec, se demande aussi si cela a pu peser dans la balance. « Moi et Hugo Séguin on a travaillé pour le cabinet d'André Boisclair pendant quelques mois. [...] Un moment donné, on peut-tu avoir certaines convictions personnelles et que ça n'entache pas nos idées dans notre travail professionnel? » Layton défend Mulcair
Le chef néo-démocrate Jack Layton s'est porté à la défense de son député et candidat. M. Layton a indiqué que M. Mulcair a été un leader comme ministre de l'Environnement du Québec. Il souligne que M. Mulcair a obtenu de bons résultats et a pris de bonnes décisions, rappelant notamment son opposition à la privatisation partielle du Mont-Orford. M. Layton ne s'est pas avancé davantage sur l'affaire, affirmant qu'en tant que chef d'un parti fédéral, il ne doit pas d'intervenir sur la scène provinciale. |