Québec appuie sur l'accélérateur

Une étape de franchie pour les véhicules électriques, explique Annie Hudon.

La ministre des Transports du Québec, Julie Boulet, a annoncé mardi qu'elle autorisait les véhicules électriques roulant à basse vitesse à circuler sur certaines routes du Québec.

La ministre des Transports, Julie Boulet, annonce que les véhicules électriques roulant à basse vitesse peuvent désormais circuler sur les routes où la limite de vitesse est de moins de 50 km/h, et ce, pour une durée de trois ans.

Il s'agit d'un projet-pilote d'une durée de trois ans et qui pourra être reconduit pour deux autres années.

Les véhicules en question devront respecter certaines conditions, notamment:

  • rouler uniquement sur les chemins publics où la limite de vitesse maximale est de 50 km/h ou moins;
  • être munis d'un triangle orange indiquant que le véhicule roule à basse vitesse;
  • circuler sur la voie de droite, sauf pour effectuer un virage à gauche;
  • avoir les phares allumés en tout temps lorsque le véhicule est en mouvement;
  • être immatriculé au même titre qu'un véhicule de promenade et conduit par un conducteur muni d'un permis de conduire valide;
  • respecter les normes canadiennes en vigueur.

La ministre Boulet explique que l'objectif du projet est de tester ces véhicules, d'élaborer des règles de circulation sécuritaire pour leur utilisation et d'établir les normes en matière d'équipement pour ces véhicules.

Selon elle, le projet envoie « un signal clair aux entreprises novatrices dont les réalisations s'appliquent aux transports, ainsi qu'au secteur manufacturier, qu'une ouverture sérieuse pour ce type de technologie et de produit d'avenir existe maintenant au Québec ».

Les véhicules à basse vitesse actuellement assemblés au Québec sont la Zenn (Zero emission no noise), qui roule à une vitesse maximale de 40 km/h, et le Nemo, un camion électrique. La Zenn est assemblée à Saint-Jérôme, le Nemo à Sainte-Thérèse.

Le projet-pilote peut être mis sur pied grâce à des modifications au Code de la sécurité routière adoptées l'automne dernier et qui accordent à la ministre des Transports « un pouvoir dérogatoire permettant d'autoriser et d'encadrer l'expérimentation de nouveaux véhicules ».

Article 633.1 du Code de la sécurité routière

Le ministre peut, [par arrêté, après consultation de la Société de l'assurance-automobile du Québec], autoriser la mise en oeuvre de projets-pilotes visant à expérimenter l'usage de véhicules ou à étudier, améliorer ou élaborer des règles de circulation ou des normes applicables en matière d'équipement de sécurité. Le ministre peut édicter toute règle relative à l'utilisation, sur un chemin public, d'un véhicule dans le cadre d'un projet-pilote. Le ministre peut également autoriser, dans le cadre d'un projet-pilote, toute personne ou organisme à utiliser un véhicule selon des normes et des règles qu'il édicte, différentes de celles prévues par la présente loi et ses règlements. Ces projets-pilotes sont établis pour une durée maximale de trois ans que le ministre peut, s'il le juge nécessaire, prolonger d'au plus deux ans.

Scepticisme

Normand Mousseau, auteur du livre Au bout du pétrole, estime que la technologie de la voiture électrique n'est pas au point.

Interrogé ce matin sur les ondes du Réseau de l'information, le professeur de physique Normand Mousseau de l'Université de Montréal a tenu à remettre les pendules à l'heure.

Un véhicule électrique efficace et abordable, dit-il en somme, n'est pas pour demain, car la technologie n'est tout simplement pas prête. Les véhicules électriques actuels, souligne-t-il, ne roulent qu'à basse vitesse et n'ont qu'une très faible autonomie.

« La science n'est pas là pour produire des piles à des prix très raisonnables qui sont très efficaces. [...] Ce n'est pas facile augmenter la densité des piles, d'augmenter leur durée de vie, et d'augmenter la vitesse avec laquelle on peut les charger. »

Le chroniqueur automobile Benoît Charrette abonde dans le même sens. « Présentement, les batteries les plus performantes sont les lithium-ion. [...] Les meilleurs véhicules ont une autonomie de 300 kilomètres dans de bonnes conditions, et quand on parle de bonnes conditions, c'est beau et chaud. Le froid est un peu l'ennemi de l'autonomie en électricité parce qu'un moteur frileux n'a pas la même autonomie. Au Québec, ça pose problème ».

Qui plus est, ajoute M. Charrette, le développement de cette filière nécessitera la construction de nouvelles infrastructures. « C'est bien beau, recharger chez soi, ce qui va couvrir une grande partie des besoins, mais si on veut aller plus loin, il faudra créer des bornes de recharge, des parcs de stationnements incitatifs où on pourra brancher les véhicules ».

Le chroniqueur automobile ne croit pas que le véhicule électrique sera destiné au grand public. Il demeurera, dit-il, « un véhicule de niche qui servira les besoins urbains et interbanlieues, mais ce n'est pas un véhicule à grande portée, en tout cas, pas avec la technologie qu'on a en ce moment. Il faudra vraiment un déblocage majeur et des recharges ultrarapides. »

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