La ministre des Finances du Québec, Monique Jérôme-Forget, repousse à son tour la majorité des propositions contenues dans le rapport Castonguay sur le financement du réseau de la santé.
Comme son collègue Couillard, Jérôme-Forget rejette l'idée de taxer davantage les contribuables pour améliorer le système de santé. Mario Dumont est d'accord, mais propose une réforme globale. Pauline Marois, elle, ne se prononce pas.
La ministre, qui avait commandé ce rapport l'an dernier, se dit surprise que l'ancien ministre de la Santé Claude Castonguay propose une augmentation de taxe pour améliorer le financement du système.
M. Castonguay devait savoir, dit-elle, que Québec n'accepterait jamais de taxer davantage les contribuables pour accroître les revenus du monde de la santé. Dès le départ, ce n'est pas une hypothèse que le gouvernement envisageait sérieusement. « M. Castonguay a su depuis le jour numéro un que nous n'allions pas de l'avant avec la TVQ, je peux vous le dire. C'est moi qui lui ai dit », a-t-elle déclaré mercredi matin.
Mme Jérôme-Forget partage aussi les réserves de son collègue de la Santé, Philippe Couillard, sur la recommandation relative à l'imposition d'une franchise annuelle, qui varierait selon le revenu et le nombre de visites médicales, que devraient débourser les usagers.
La ministre affirme cependant que le rapport Castonguay va survivre, car la réforme administrative qu'il propose est prometteuse.
Elle croit possible d'accroître la productivité du réseau en finançant les hôpitaux différemment, avec la méthode d'achat de service. Avec cette méthode, l'arrivée d'un patient est vue comme une addition au budget de l'hôpital. Un patient qui subit une consultation, c'est de l'argent qui rentre dans l'hôpital, donc le patient est vu comme une addition.
Avec cette augmentation de la productivité, Mme Forget pense qu'on peut réduire les coûts de la santé de 6 % à 4 %, mais moins rapidement que le suggère M. Castonguay.
« Lui, il propose que d'ici cinq ans, on soit capable de diminuer de 6 % à 4 %. J'estime que c'est un peu court. Moi, je dirais que c'est sept à huit ans. »
Si les recommandations sur le financement des hôpitaux semblent prendre la direction de la poubelle, il y a beaucoup d'autres recommandations qui seront mises de l'avant, selon M. Couillard et Mme Jérôme-Forget.
Dumont consterné
Le chef de l'opposition à Québec, Mario Dumont, est d'accord avec Monique Jérôme-Forget sur un point: ne pas augmenter la taxe de vente pour soutenir le système de santé.
Mais c'est vraiment la seule position qu'il partage avec elle. Pour le reste, il appuie la quasi-totalité des recommandations du rapport Castonguay, même le décloisonnement de la pratique médicale, l'instauration de frais modérateurs et une participation accrue du secteur privé.
Prenant la parole devant la Chambre de commerce de l'Est de l'île de Montréal, mercredi, Mario Dumont s'est déclaré excédé par l'immobilisme du gouvernement Charest dans le domaine de la santé.
« Cette réforme doit avoir lieu avec ou sans Philippe Couillard. Le statu quo n'est plus possible », a-t-il dit.
Selon lui, le réseau ne peut être maintenu tel quel et la situation ne peut qu'empirer si rien n'est fait.
Marois ne répond plus
La chef du Parti québécois, Pauline Marois, n'a pas voulu commenter le rapport, préférant laisser le gouvernement « assumer ses responsabilités ». Elle s'est limitée à dire qu'il y avait des choses intéressantes et pertinentes dans le rapport, sans aller plus loin.
Elle trouve toutefois curieux que le gouvernement commande des rapports pour ensuite les rejeter, et se dit impatiente de connaître les intentions du ministre de la Santé, qui a dit que le système n'a pas besoin de beaucoup plus d'argent.
Si le gouvernement Charest voulait toutefois débattre du système de santé, elle assure qu'elle participera au débat.
Castonguay déçu
L'auteur du rapport, Claude Castonguay, s'est dit déçu de l'accueil fait à son rapport. Déçu de l'accueil du gouvernement, mais aussi de la façon dont son rapport a été accueilli dans les médias, comme si, dit-il, il proposait une privatisation du système de santé.
Devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, mercredi, il a invité ceux qui rejettent ses solutions pour financer le système de santé à en trouver d'autres plus acceptables.
Pendant qu'il parlait, une centaine de syndiqués manifestaient pour un système de santé public, universel et gratuit.