Dion et Dumont aux antipodes

Mario Dumont Mario Dumont

À deux jours d'une rencontre prévue entre le premier ministre du Canada et ses homologues provinciaux, le chef de l'opposition officielle à Ottawa et son vis-à-vis à Québec ont présenté leurs attentes. Il s'agit de la première réunion officielle des premiers ministres depuis l'arrivée au pouvoir de Stephen Harper.

Stéphane Dion s'attend à peu de choses de la rencontre de vendredi, contrairement à Mario Dumont, qui réserve plutôt ses critiques à Jean Charest pour sa gestion des crises forestière et manufacturière.

Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a rappelé que les premiers ministres des provinces de l'est étaient unanimes à souhaiter qu'Ottawa mette enfin la main à la pâte pour redresser la situation dans le secteur forestier.

Il a dit savoir que Stephen Harper devrait faire une annonce à ce sujet dès jeudi, lors d'un passage au Nouveau-Brunswick. Des informations non confirmées circulaient mercredi à l'effet qu'Ottawa consentirait 500 millions de dollars pour aplanir les effets de la crise forestière.

Le chef de l'ADQ espère que, dans la foulée de cette annonce, le premier ministre Jean Charest saura profiter de la rencontre de vendredi afin d'obtenir pour le Québec « sa juste part » de la manne financière espérée. Le Québec, rappelle-t-il, compte pour le tiers des emplois forestiers au pays, une affirmation qu'a tenu à nuancer l'attaché de presse de Stephen Harper, qui parle plutôt de 28,6 % des salariés.

Mario Dumont a rappelé en outre que les premiers ministres de l'est du pays étaient tout aussi unanimes à souhaiter qu'Ottawa intervienne, de concert avec les provinces, pour redresser la situation dans le secteur manufacturier.

Il a une fois de plus réitéré sa satisfaction que des mesures à cet effet devraient être incluses dans le prochain budget attendu fin février ou début mars, comme le gouvernement Harper l'a laissé entendre lors d'un discours à Rivière-du-Loup, le 7 décembre dernier.

Tout en proclamant à plusieurs reprises sa solidarité avec Jean Charest à deux jours de la rencontre, Mario Dumont n'a pas épargné ce dernier.

Il lui reproche de façon générale de ne pas avoir prévu, dès son arrivée au pouvoir, les risques pour l'économie québécoise d'une hausse potentielle conjuguée du dollar et du coût du pétrole. C'est ce qui explique, à son avis, la lenteur de la réaction de Québec aux crises manufacturière et forestière.

Mario Dumont accuse le gouvernement Charest de ne pas avoir une perception réaliste de l'état de l'économie de la province, et de se féliciter sans raison du bas taux de chômage.

« Même si le taux de chômage est bas, c'est plus une mesure de démographie: car beaucoup de gens prennent leur retraite. [...] Ça n'empêche pas que l'économie du Québec ne se porte pas particulièrement bien, que la création de richesse est au ralenti, et que sur la croissance économique, on est dans le peloton de queue. »

Le chef adéquiste a par ailleurs pressé Jean Charest de donner une suite à la reconnaissance de la nation québécoise par le Parlement fédéral en préparant la table pour sa reconnaissance constitutionnelle.

« Les conditions d'une réouverture de l'enjeu constitutionnel sont toutes là, mais le gouvernement du Québec est assis dans le dernier banc de l'autobus plutôt que d'occuper une position de leadership », a-t-il dénoncé.

Passer à l'offensive

Le député péquiste Stéphane Bédard Le député péquiste Stéphane Bédard

De son côté, le Parti québécois dit souhaiter avant tout que Québec revienne d'Ottawa avec les fonds nécessaires pour venir en aide aux travailleurs manufacturiers et forestiers.

Le député Stéphane Bédard reproche par ailleurs à Jean Charest, à l'instar de Mario Dumont, son inaction dans le dossier du financement de l'éducation postsecondaire.

Il fustige en outre l'attitude attentiste de Québec sur la question de l'inclusion de la nation québécoise dans la constitution.

« C'est le fédéral qui est maître du jeu. Le Québec, par sa stratégie de ne pas discuter, de ne pas parler, a laissé toute la place au gouvernement fédéral de prendre des initiatives sans tenir compte des demandes historiques du Québec. Alors, il faut que M. Charest se réveille et fasse connaître les positions du gouvernement du Québec là-dessus », a affirmé M. Bédard.

Dion ne s'attend à rien de substantiel

Stéphane Dion Stéphane Dion

Le chef de l'opposition officielle à Ottawa n'a pour sa part pas ménagé le premier ministre. Selon Stéphane Dion, l'absence de concertation avec les provinces en vue d'une rencontre qui intervient plus de deux ans après l'arrivée de ce dernier au pouvoir témoigne d'une conception fautive de la fédération canadienne.

« Une fédération, c'est une équipe. [...] Recevoir en catimini les premiers ministres de ce pays, après deux années de silence: c'est inacceptable. » — Stéphane Dion

Stéphane Dion reproche à Ottawa son inaction face à la crise forestière et manufacturière et déplore qu'il ait jusqu'ici raté les occasions qui se sont présentées pour collaborer avec les provinces pour développer un plan global d'aide.

Le chef libéral estime donc que le premier ministre Stephen Harper aurait dû travailler avec ses homologues de l'Ontario et du Québec alors qu'ils s'évertuaient à mettre sur pied des plans d'aide à l'industrie forestière.

Le chef néo-démocrate a été lui aussi prompt à tourner en ridicule cette réunion impromptue des premiers ministres.

« Malheureusement, une courte réunion lors d'un souper deux ans après le début de votre mandat n'incarne pas le fédéralisme ouvert [...] Il est lamentable que votre gouvernement ne s'efforce pas de tenir des réunions plus fréquentes », affirme Jack Layton dans une lettre adressée au premier ministre canadien.

Le Bloc québécois prône pour sa part depuis plusieurs mois une amélioration de l'aide aux travailleurs âgés, l'instauration de crédits d'impôt à la recherche et au développement remboursables ainsi que des garanties de prêts pour l'investissement.