Mémoires d'un dur à cuire

Jean Chrétien Jean Chrétien

Jean Chrétien revient sur le référendum québécois de 1995 dans ses mémoires, Passion politique, qui doivent paraître lundi et qui couvrent la période 1993-2003.

L'ancien premier ministre se livre à une charge à fond de train contre Paul Martin et revient sur l'épisode référendaire pour laisser entendre qu'il n'aurait pas reconnu une victoire du oui par une mince majorité.

L'ex-premier ministre libéral en profite pour laisser entendre, une nouvelle fois, qu'il n'aurait pas interprété une hypothétique victoire des souverainistes par une mince majorité comme tirant à conséquence.

« [...] le fait demeure qu'une mince majorité pour le oui n'aurait pas pu être interprétée comme la preuve irréfutable que la majorité des Québécois voulaient rompre leurs liens historiques avec le Canada », avance-t-il, sans préciser plus que par le passé quelle aurait été sa réaction face à une telle éventualité.

Il laisse par ailleurs entendre qu'il se serait battu bec et ongles si jamais le Parti québécois, fort de cette hypothétique victoire, avait unilatéralement proclamé l'indépendance.

« [Jacques Parizeau] aurait eu à édifier des frontières et à s'emparer des institutions fédérales au Québec. Et il se serait retrouvé avec toute une bataille sur les bras, menée par Jean Chrétien lui-même », écrit l'ancien premier ministre.

Interrogé par Radio-Canada sur ce possible refus de reconnaître une victoire du oui, le chef bloquiste Gilles Duceppe a dénoncé la duplicité de l'ancien premier ministre.

« Si effectivement il a dit qu'il n'aurait pas reconnu ça, je lui dis qu'il mentait deux jours avant le vote. Car il avait dit aux Québécois: la question est claire, si vous votez oui, ça veut dire que vous quittez le Canada. [...] C'est donc qu'il reconnaissait le résultat deux jours avant, et puis, par la suite, il dit qu'il ne l'aurait pas reconnu. Il y a donc une des deux fois où il mentait; j'ai l'impression que c'est la première », a avancé Gilles Duceppe, en marge du conseil général bloquiste à Trois-Rivières.

Son successeur conspué

Jean Chrétien revient par ailleurs sur le scandale du programme des commandites pour réaffirmer ne jamais avoir rien su des détournements de fonds. Il maintient par ailleurs le bien-fondé de ce programme comme outil de lutte contre les indépendantistes québécois.

Il raille au passage la commission d'enquête du juge John Gomery, instituée dans la foulée du scandale, avançant qu'il « est dans la nature des enquêtes publiques de se muer en procès-spectacle, en parodie de justice, en cirque politique ».

L'ex-premier ministre n'est pas tendre par ailleurs envers son successeur à la tête du parti, l'ancien ministre des Finances Paul Martin.

Jean Chrétien l'accuse d'avoir trahi les siens et d'avoir nui au pays, notamment dans le dossier de l'Afghanistan. Selon lui, l'indécision de Paul Martin aurait valu aux troupes canadiennes d'être affectées en zone de combats à Kandahar.

Il soutient aussi avoir fait plus pour lutter contre le déficit que son ministre des Finances qu'il accuse, une fois encore, d'avoir conspiré en 2000 pour prendre sa place.

Par la voix de son porte-parole, Paul Martin, qui précise ne pas avoir encore lu l'ouvrage, s'est limité à se dire déçu de voir une ancienne rivalité déballée sur la place publique.

M. Chrétien, qui récupère d'un récent quadruple pontage coronarien, a dû annuler toutes les activités liées à la parution simultanée de ses mémoires en anglais et en français.