Jack Layton et Thomas Mulcair saluent un électeur mardi.
©
PC/Paul Chiasson
Les principaux partis politiques fédéraux procèdent, mardi, au bilan des élections partielles tenues la veille dans trois circonscriptions du Québec.
Pendant que les néo-démocrates et les conservateurs se réjouissent d'avoir gagné un siège au Québec, les bloquistes et les libéraux affirment que leurs résultats ne constituent pas un mauvais présage en vue des prochaines élections générales.
Les bloquistes et les libéraux, qui ressortent affaiblis de l'exercice puisqu'ils ont tous deux perdu un siège, disent prendre acte du verdict des électeurs. Ils préviennent toutefois que cela ne constitue pas un avant-goût des prochaines élections générales.
Le lieutenant québécois du premier ministre conservateur Stephen Harper, Lawrence Cannon, et le nouveau député néo-démocrate Thomas Mulcair, croient pour leur part que les Québécois embrassent le message de leur parti respectif.
Mulcair exulte
Fort de sa victoire contre Jocelyn Coulon dans la forteresse libérale d'Outremont, M. Mulcair a réfuté la thèse selon laquelle son prestige personnel explique davantage le choix des électeurs que les positions de son parti. La candidate du parti dans Saint-Hyacinthe-Bagot, souligne-t-il, a terminé devant le candidat libéral.
Le fait que le NPD soit la seule formation politique à préconiser la fin de la mission de combat de l'armée canadienne en Afghanistan a pesé dans la balance, croit-il. « Aujourd'hui, c'est la position majoritaire non seulement au Québec, mais au Canada », plaide-t-il. M. Mulcair ajoute en outre qu'il a pu construire sur le résultat obtenu par son prédécesseur Léo-Paul Lauzon dans la circonscription lors de la précédente élection générale.
M. Mulcair n'écarte pas la possibilité que de nouvelles élections générales soient déclenchées rapidement, mais croit néanmoins que le Bloc québécois finira par appuyer le gouvernement Harper et le maintenir du coup au pouvoir.
Entre-temps, explique-t-il, son rôle consistera à dénicher des candidats de prestige au Québec, particulièrement dans les circonscriptions où des luttes à quatre sont susceptibles de se produire.
Le chef du NPD, Jack Layton, dit croire que l'élection de M. Mulcair constitue le début d'un temps nouveau pour son parti au Québec. « Les Québécois et Québécoises partagent les priorités du NPD. Ou le NPD partage les priorités des Québécois! ».
Cannon confiant
Lawrence Cannon
Lawrence Cannon s'est pour sa part réjoui de la victoire conservatrice dans Roberval-Saint-Jean, une circonscription détenue par une figure clé du Bloc québécois, Michel Gauthier, et ce depuis 1993.
M. Cannon a dit croire que le leadership exercé par Stephen Harper dans le dossier de la reconnaissance de la nation québécoise, de son droit de parole à l'UNESCO et du règlement du déséquilibre fiscal explique le résultat du vote. Selon lui, les Québécois constatent que le Bloc québécois n'a rien amené au Québec depuis sa création.
Interrogé sur la possibilité que ces résultats ne durcissent le ton du gouvernement minoritaire de Stephen Harper envers les partis de l'opposition, M. Cannon a soutenu que le premier choix de son parti était de gouverner jusqu'en octobre 2009. « Ce n'est pas le choix du gouvernement de se défaire », affirme-t-il.
M. Cannon a par ailleurs confirmé que la loi électorale sera modifiée afin d'empêcher que des électeurs puissent voter le visage voilé. Quelques électeurs se sont effectivement masqués d'une façon ou d'une autre lundi pour protester contre cet état de fait.
Dion et Duceppe calment le jeu
Stéphane Dion
Le chef libéral, Stéphane Dion, a admis pour sa part que son parti aura beaucoup de travail à faire pour persuader l'électorat de lui faire confiance. Il se console en disant que les électeurs écoutent ce que son parti a à proposer et qu'ils respectent ses positions.
M. Dion croit que les électeurs réagiront différemment lors d'une élection générale, destinée à choisir un parti apte à gouverner le pays. Le chef néo-démocrate Jack Layton ne peut prétendre à cette fonction, soutient-il. Il ajoute être heureux que l'appui des électeurs au Bloc québécois soit en baisse.
Il rejette la perspective que son leadership soit menacé et que des luttes internes soient à prévoir. Il affirme être toujours l'homme de la situation et qu'il a la responsabilité de mener son parti à la victoire. Les libéraux, dit-il, n'appuieront pas le discours du Trône s'il est « mauvais pour les gens ».
Le chef bloquiste Gilles Duceppe n'a pas caché sa déception d'avoir perdu le siège de Roberval-Lac-Saint-Jean. Le statut personnel de Denis Lebel, maire de Roberval, a beaucoup joué dans sa victoire, explique-t-il.
Gilles Duceppe
M. Duceppe rappelle qu'en 2003, le Bloc a perdu des élections partielles dans Témiscamingue et Lévis, avant de reconquérir les deux circonscriptions lors des élections générales qui ont suivi.
Il a néanmoins admis que les électeurs avaient envoyé un message à son parti. « C'est un signal qu'il nous faut travailler plus fort, rebâtir nos organisations et se mettre à l'oeuvre », reconnaît-il.
Gilles Duceppe soutient que le fardeau de la preuve repose maintenant sur les conservateurs. Le chef bloquiste réitère qu'il n'appuiera pas le prochain discours du Trône si les demandes du Bloc ne sont pas satisfaites, notamment au sujet de l'Afghanistan. Les chances que le Bloc appuie le gouvernement sont, dit-il, « très faibles ».
Réactions à Québec
La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a aussi admis que les partielles de lundi avaient été difficiles pour les troupes souverainistes. « Je crois que c'est vraiment pour nous un message. C'est le même que nous avons reçu en mars dernier, qui est de recréer ce lien de confiance nécessaire lorsqu'on veut obtenir l'appui de la population québécoise », a-t-elle affirmé.
Le ministre de la Santé du Québec, Philippe Couillard, s'est aussi réjoui de la désaffection des électeurs pour l'option souverainiste. Il soutient que le résultat dans Roberval-Lac-Saint-Jean, par exemple, déboulonne le mythe selon lequel la région est profondément souverainiste.