Élu le 26 août dernier avec une majorité de plus de 65 % sur son adversaire David Chernushenko, Elizabeth May se retrouve à la tête d'un parti en pleine ascension.
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PC/Tom Hanson
Pour la première fois de son histoire depuis sa fondation en 1983, le Parti vert présentait aux élections fédérales de 2004 des candidats dans les 308 circonscriptions du pays. Ce coup de dés permit au parti de récolter plus de 4 % du vote populaire, un scénario qui se répétera aux élections de janvier 2006.
Ce succès, quoique relatif, lui permet de bénéficier de la nouvelle loi sur le financement des partis, adoptée par Jean Chrétien avant son départ de la vie politique en 2003. En vertu de cette loi, chaque parti se voit octroyer 1,75 $ par vote obtenu et par année, jusqu'à la tenue de l'élection suivante. Du coup, le parti devient du jour au lendemain quasi millionnaire.
Le soir de sa victoire, devant une foule de militants enthousiastes, cette vétérane des luttes environnementales fait une sortie remarquée contre l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Elle brandit l'exemple de l'entente sur le bois d'oeuvre entre Ottawa et Washington, qui fait fi des nombreux jugements favorables au Canada prononcé par les tribunaux de l'ALENA, pour conclure qu'il est inéquitable.
« Le gouvernement du Canada, sous le leadership de Stephen Harper, dit [avec cette entente] aux Américains : « Si vous nous brutalisez juste ce qu'il faut, nous mettrons les pouces », lance Mme May, dont le parti venait tout juste, par voie d'une résolution unanime, d'appeler Ottawa à se retirer de l'accord de libre-échange.
Cet appel à la résiliation de l'ALENA rejoint de prime abord la position défendue depuis ses débuts par la gauche canadienne anglaise, qui voit avant tout dans cet accord une menace pour les travailleurs du pays.
Seulement, pour Elizabeth May, il ne s'agit pas de revenir au protectionnisme d'antan, mais de faire de cette remise en question de l'ALENA une occasion pour négocier une nouvelle entente commerciale qui, cette fois, encadre mieux les émissions de dioxyde de carbone, principal gaz à effet de serre (GES). « Nous ne sommes pas contre le commerce, mais celui-ci doit être équitable et ne pas augmenter les émissions [globales] », précise-t-elle dans son discours de la victoire.
Cette prise de position reflète parfaitement le programme de la formation écologiste canadienne. Pour ce parti, l'activité économique est saine en autant qu'elle ne nuise pas à l'environnement, ce qui implique que l'industrie comme les consommateurs fassent leur part pour défendre l'intégrité des écosystèmes. La promotion du protocole de Kyoto, faut-il le rappeler, est la colonne vertébrale de son programme.
La nouvelle leader du parti se défend bien d'être de droite, mais refuse tout aussi d'être qualifiée de gauchiste. Selon ses propres mots, « La gauche et la droite, au regard des principes du Parti vert, sont des étiquettes anachroniques » (entrevue accordée à la CBC le 1er septembre 2006).
Dans l'optique du Parti vert, l'harmonie entre la société et l'environnement est une valeur qui doit primer sur les objectifs défendus tant par la droite que par la gauche lorsque ceux-ci la contredisent.
Elizabeth May fait d'ailleurs une sortie en règle lors de son discours de victoire contre la croissance économique qui, lorsque sans frein, s'apparente au cancer par son impact sur l'environnement.