Québec amorce un virage

Table québécoise de la sécurité routière

La Table québécoise sur la sécurité routière, présidée par Jean-Marie De Koninck, a déposé jeudi matin son rapport au gouvernement du Québec. Le rapport contient 23 recommandations visant à améliorer le bilan routier.

Le gouvernement propose une série de mesures pour diminuer le nombre de morts sur les routes, dont l'interdiction du téléphone cellulaire au volant et l'installation de radars photographiques.

La ministre des Transports, Julie Boulet, a déclaré qu'il fallait adopter des mesures plus sévères pour changer le comportement des conducteurs. Son objectif est de diminuer de 100 le nombre de décès annuel sur les routes du Québec.

« Deux décès par jour, une victime à toutes les 10 minutes sur les routes du Québec, c'est effarant quand on entend ces chiffres-là, ça nous donne le frisson. » — Julie Boulet

La ministre déposera, dès l'automne, une série de mesures législatives pour resserrer le code de la sécurité routière. Elle a présenté six actions prioritaires touchant l'excès de vitesse et la récidive, la mise en place de radars photographiques et de caméras aux feux rouges, la conduite avec facultés affaiblies, le téléphone cellulaire, le permis de conduire et la vitesse pour les camions lourds.

Vitesse

Le gouvernement proposera dès l'automne des changements pour introduire des sanctions plus sévères pour les grands excès de vitesse, notamment en augmentant le nombre de points d'inaptitude.

Les conducteurs pris en infraction à une vitesse équivalant à un dépassement de 40, 50 ou 60 km/h, selon la vitesse affichée dans la zone infraction, se verront imposer le double des points d'inaptitude normalement prévus et le double de l'amende actuelle. Leur permis de conduire sera suspendu pour 7 jours pour la première infraction et 30 jours pour une récidive.

Alcool au volant

La ministre proposera d'augmenter de 30 à 90 jours la durée de la suspension immédiate du permis de conduire pour une première infraction pour conduite avec les capacités affaiblies.

Dans le cas d'une récidive, le véhicule sera saisi pour une période de 30 jours. La personne conduisant avec une alcoolémie supérieure au double de la limite permise se verra appliquer des sanctions plus sévères.

Mme Boulet recommandera aussi la suspension du permis de conduire pendant 24 h pour la personne conduisant avec une alcoolémie se situant entre 0,05 et 0,08.

Radars photographiques et caméras aux feux rouges

La ministre annonce un projet pilote de radarsphotographiques et de caméras aux feux rouges dans les lieux où il y a des accidents attribuables au non-respect des limites de vitesse ou des feux de circulation.

Il y aura neuf sites avec des radars photographiques et six avec des caméras aux feux rouges réparties dans trois régions.

Cellulaire au volant

La ministre proposera d'interdire au conducteur l'usage du combiné du téléphone cellulaire lorsque le véhicule est en mouvement.

Accès graduel à la conduite

La ministre veut introduire des cours de conduite obligatoires pour les nouveaux conducteurs.

Véhicules lourds - limiteurs de vitesse

La ministre veut instaurer le limiteur de vitesse à 105 km/h pour les camions lourds, prévu dans le Plan d'action 2006-2012 de lutte contre les changements climatiques lancé l'an dernier.

Jean-Marie De Koninck Jean-Marie De Koninck

Le rapport de la Table québécoise sur la sécurité routière aura été déposé après un an et demi de consultations et d'échanges entre les 41 membres de la Table.

Son président Jean-Marie De Koninck et la ministre du Transport entreprendront une tournée des régions l'automne prochain afin de rencontrer les usagers de la route, notamment des jeunes.

M. De Koninck a déclaré, à la fin de la conférence de presse, que contrairement à d'autres rapports, celui-ci ne dormira pas sur les tablettes, puisque le gouvernement du Québec s'est engagé à prendre des mesures dès cet automne. « Je suis enchanté », a-t-il dit.

Des réactions plutôt positives

L'Action démocratique du Québec compte appuyer la plupart des recommandations proposées par la Table québécoise sur la sécurité routière, reconnaissant qu'il est nécessaire de serrer la vis aux automobilistes délinquants.

Pierre Gingras Pierre Gingras

Son porte-parole en matière de transport, Pierre Gingras, émet toutefois des réserves quant à la mise en application de ces mesures qui devraient entraîner des modifications législatives à l'automne.

Selon lui, seule une surveillance accrue sur les routes permettrait de faire respecter l'interdiction du cellulaire au volant par exemple.« On n'a pas les ressources adéquates pour faire respecter les règlements qui sont adoptés. (...) Les contrôleurs routiers, par exemple, seraient-ils disponibles pour intervenir? » a-t-il dit.

Yvon Lapointe, directeur de la sécurité routière et de la recherche automobile du CAA Québec, appuie lui aussi les mesures annoncées par Québec. Selon lui, « il fallait poser des gestes concrets parce que le bilan routier n'est pas reluisant au Québec ».

Les routes du Québec font plus de 50 000 victimes chaque année, dont 717 décès en 2006. C'est en moyenne près de deux décès par jour. Le comportement humain est en cause dans 80 % des accidents de la route.

Luc Fillion, directeur du soutien en gendarmerie à la Sûreté du Québec, se réjouit quant à lui de l'installation des radars photographiques. Mais son enthousiasme ne semble pas partagé par les policiers.

« J'aime faire du comparatif et je vais me comparer aux policiers de l'Ontario: ces gens là n'ont pas de photos radars, et ils ont amélioré le bilan. Est-ce qu'on veut mettre en place une machine à taxe indirecte? » se demande Jean-Guy Dagenais, président de l'Association des policières et policiers provinciaux du Québec.

L'Association dénonce également le fait qu'elle n'a pas été invitée à la Table sur la sécurité routière. Selon M. Dagenais, Québec est passé à côté du problème essentiel: le manque de présence policière sur les routes et le manque d'effectifs.