L'impartialité de Gérard Bouchard attaquée

Pierre Duchesne rapporte que Gérard Bouchard n'estime pas avoir violé son devoir de réserve.

Un chroniqueur du quotidien The Gazette croit que l'impartialité de la commission sur les accommodements raisonnables a été minée par des propos tenus par l'un de ses coprésidents, Gérard Bouchard. Ce dernier, dit-il, devrait peut-être démissionner pour réparer le tort qu'il a causé à cette commission.

Le coprésident de la commission sur les accommodements raisonnables nommé par le gouvernement Charest estime que la solution à la crise identitaire qui secoue le Québec passe par son indépendance.

Dans une entrevue accordée à l'hebdomadaire montréalais Voir, le 29 mars dernier, au sujet de la crise d'identité québécoise, l'historien et sociologue soutient que la question des accommodements raisonnables est révélatrice d'une « articulation qui ne s'est pas bien faite entre la diversité et l'ancienne tradition ou culture de la société d'accueil ».

Interrogé sur le moyen « d'accoupler ces deux cultures », M. Bouchard répond: « C'est une des raisons pour lesquelles je pense que le Québec devrait absolument faire son indépendance. Le Québec a besoin d'accomplir un acte fondateur. ».

Il précise que cette option donnerait « cette espèce de confiance en soi, cette valorisation, cette sécurité psychologique et symbolique auxquelles nous aspirons d'une façon quasiment maladive. »

L'entrevue avec M. Bouchard, qui était passée inaperçue jusqu'ici, survenait à la suite de la publication de son dernier ouvrage, La culture québécoise est-elle en crise?, rédigé grâce à des entrevues réalisées auprès de 141 intellectuels québécois. « Ce livre est quasiment le premier tome du rapport de la commission d'étude sur les accommodements raisonnables », affirme-t-il d'ailleurs dès le début de l'entrevue.

Le chroniqueur Don MacPherson, du quotidien montréalais anglophone, déplore que Gérard Bouchard soit parvenu à des conclusions avant même que la commission qu'il doit coprésider avec le philosophe Charles Taylor n'ait officiellement entrepris ses travaux.

Selon lui, M. Bouchard n'a pas réalisé qu'en acceptant sa nomination, il a perdu le droit d'exprimer les opinions personnelles qu'il peut avoir au sujet de ce qui se trouve au coeur même du mandat qui lui a été confié.

Le fait que la plateforme dont bénéficie le frère de l'ancien premier ministre Lucien Bouchard ait été instituée par le premier ministre Jean Charest, écrit M. MacPherson, donnera des munitions supplémentaires au PQ pour faire la promotion de la souveraineté.

Défense et appuis

L'historien et sociologue Gérard Bouchard L'historien et sociologue Gérard Bouchard

En entrevue à RDI, jeudi après-midi, le principal intéressé a dit ne pas comprendre pourquoi ces déclarations laissaient poindre des doutes sur son impartialité à la tête de la commission sur les accommodements raisonnables.

« Je n'estime pas avoir violé ni le devoir de réserve ni la règle d'intégrité intellectuelle qui s'impose dans l'exercice de mon mandat. [...] Je défie qui que ce soit de prendre en défaut de ce point de vue là. » — Gérard Bouchard

Le bureau du premier ministre a déjà réitéré sa confiance à celui qu'il a choisi pour coprésider la commission. Jean Charest, précise-t-on, connaissait déjà les opinions politiques de M. Bouchard quand il l'a nommé.

Le Parti québécois et l'Action démocratique du Québec estiment eux aussi qu'il n'a pas dépassé son devoir de réserve. Toutefois, le leader parlementaire de l'ADQ, Sébastien Proulx, déplore la lente implantation de la commission, qui doit débuter en septembre.

« Si M. Bouchard était plus occupé à travailler à la commission, peut-être qu'il aurait un peu moins de temps pour réfléchir à haute voix sur toutes sortes de sujets », a déclaré M. Proulx à Radio-Canada, en l'incitant à la prudence.

Le député péquiste, Pierre Curzi, s'est pour sa part dit convaincu qu'un homme comme Gérard Bouchard savait comprendre et accepter d'autres points de vues que le sien. Il a aussi rappelé que l'autre coprésident de la commission, Charles Taylor, était fédéraliste.

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