Québec aura les universités à l'oeil

Monique Jérôme-Forget Monique Jérôme-Forget

La ministre des Finances et présidente du Conseil du Trésor du Québec, Monique Jérôme-Forget, a annoncé mercredi que les universités ne pourront plus faire des emprunts pour réaliser des projets d'immobilisation d'envergure sans avoir obtenu l'approbation du gouvernement.

La ministre des Finances du Québec, Monique Jérôme-Forget, annonce que les universités devront dorénavant obtenir l'approbation de Québec avant de faire des emprunts pour réaliser des projets d'envergure.

Cette décision survient dans la foulée du scandale financier qui ébranle l'Université du Québec à Montréal. L'institution fait face à un gouffre financier de 300 millions de dollars attribuables à la construction du Complexe des sciences et du projet de l'Ilôt Voyageur.

Devant l'ampleur du déficit annoncé, l'UQAM a émis des obligations valant 269 millions de dollars le printemps dernier. Le ministère des Finances, qui n'avait pas été prévenu de cette mesure, a alors décidé d'acheter l'ensemble des obligations.

Mme Jérôme Forget soutient que l'émission de ces obligations a mis en péril la valeur des obligations du gouvernement du Québec et celles de sociétés d'État comme Hydro-Québec. Cette situation, affirme-t-elle, est inacceptable.

« « [...] Les universités sont autonomes. Elles peuvent faire des établissements, comme des stationnements, qui sont autofinancés. Mais qu'arrive-t-il si ce n'est pas autofinancé? Ça ne peut pas se reproduire! » » — Monique Jérôme-Forget

Mme Jérôme-Forget critique sévèrement la décision du recteur de l'UQAM de l'époque, Roch Denis, d'aller de l'avant dans ce dossier. « On ne peut pas permettre que quelqu'un décide de s'aventurer dans une démarche... Il a passé pour un héros, le recteur. Tout le monde l'a félicité, même le maire de Montréal, tant il avait de la vision cet homme-là. Sauf que c'était un château de cartes », déplore-t-elle.

La ministre des Finances affirme que les 40 000 étudiants qui fréquentent l'UQAM n'auront pas à assumer la facture de ce fiasco. Malgré l'autonomie des universités, tout indique qu'il reviendra à Québec d'éponger le déficit appréhendé.

Décision critiquée

Travaux à l'Îlot Voyageur (archives)

L'action gouvernementale dans ce dossier est vertement critiquée par l'Action démocratique du Québec (ADQ). Selon le porte-parole du parti en matière de Finances, Gilles Taillon, il est facile de ne blâmer que l'UQAM dans ce dossier.

« Pour nous, c'est clair qu'il y a une absence de coordination gouvernementale dans ce dossier. Il y a quelque chose qui est inexplicable et qu'il va falloir découvrir », a-t-il lancé.

« « Ça n'a pas de bon sens! Est-ce qu'on a voulu camoufler ça pour ne pas que ça sorte en campagne électorale? On ne le sait pas. » » — Gilles Taillon

Les partis d'opposition se demandent comment il est possible que le ministère de l'Éducation dise n'avoir appris l'existence du gouffre financier qu'à l'automne 2006, alors que le ministère des Finances avait acheté les obligations quelques mois plus tôt.

L'UQAM, qui a mandaté l'ancien premier ministre Lucien Bouchard pour négocier avec le promoteur Busac, doit produire un plan de redressement financier d'ici le 15 juin. Le vérificateur général du Québec se penche aussi sur cette affaire.