Retour sur les débuts

Avant de prendre les commandes du Parti libéral, Stéphane Dion a longtemps joué un rôle important comme ministre et comme député.

L'ère Chrétien

Saviez-vous que?Pendant ses études à l'Université Laval, Stéphane Dion flirte avec le mouvement souverainiste. Il mènera campagne pour le Parti québécois en 1976.
Le référendum de 1995 Le référendum de 1995 aurait difficilement pu être plus serré.

Le 30 octobre 1995, le pays frôle l'éclatement et les résultats du référendum sur la séparation du Québec ébranlent le gouvernement fédéral.

49,41 % des Québécois se prononcent pour la séparation du Québec, 50,59 % contre. Pour la première fois, les Québécois francophones appuient majoritairement le mouvement séparatiste. L'écart est de moins de 50 000 voix.

Jean Chrétien, à la tête du gouvernement libéral, a eu peur. On mettra notamment sur pied un programme de commandites, un programme de visibilité fédérale, et on ira chercher un « Capitaine Canada » responsable de la promotion de l'unité nationale.

L'épouse du premier ministre, Aline Chrétien, fera remarquer à son mari que le professeur Stéphane Dion, qui est souvent appelé à commenter la politique dans les médias, donne de très bonnes analyses et a des positions très claires sur le fédéralisme. « Le premier ministre estimait que je pouvais l'aider à garder le Canada uni. [...] Mais si le Canada avait été un pays uni, je serais resté auprès de mes étudiants, car c'est là que je vois mon rôle  », confie alors Stéphane Dion à Denise Bombardier, à l'émission au-delà des apparences.

Fils du politologue renommé Léon Dion, Stéphane Dion est tombé dans la potion quand il était jeune. Son père a enseigné la politique, écrit de nombreux livres, conseillé Robert Bourassa et rencontré à peu près tous ses contemporains en politique.

Stéphane Dion et Jean Chrétien

Avant d'accepter l'invitation du premier ministre libéral de se lancer en politique en décembre 1995, Stéphane Dion était professeur. Il enseignait l'administration publique et les sciences politiques à l'Université de Montréal depuis 1984, avait aussi donné des cours à l'Université de Moncton, avait été professeur invité à la Brookings Institution de Washington et au Centre canadien de gestion.

« Si [Jean Chrétien] est venu me chercher, c'est qu'il estime que c'est évident que pour le problème auquel nous faisons face - l'amélioration et la consolidation d'une confédération dans son unité - il estime que j'ai des qualités. [...] Je vais rendre mes qualités au service des citoyens et après, je reprendrai ma vraie vie qui est l'université. »

Stéphane Dion accepte donc l'invitation du premier ministre et, le 25 janvier 1996, il devient ministre non élu, président du Conseil privé et ministre des Affaires intergouvernementales. Il a 40 ans quand il fait son entrée au Parlement.

Quelques mois plus tard, il est élu lors d'une élection partielle dans Saint-Laurent-Cartierville, puis sera réélu successivement aux élections générales du 2 juin 1997 et du 27 novembre 2000.

Sauver le Canada

Stéphane Dion publie un texte au moment de son assermentation dans lequel il prône l'unité canadienne et la réconciliation entre le Québec et le reste du pays: « Premièrement, il faut changer les mentalités et deuxièmement changer la réalité. Il faut faire réaliser à tous les Canadiens ce qu'ils sont et ce qu'ils ont entre les mains, un pays qu'ils ne doivent pas perdre. Le Canada est acceptable pour tous, y compris les Québécois. »

Pour atteindre ses objectifs, il mettra au point deux stratégies: le plan A et le plan B, le plan de la réconciliation et les règles de la sécession.

Le plan A vise à rallier les francophones du Québec au fédéralisme par des mesures de conciliation, comme l'adoption d'une résolution des Communes déclarant que le Québec est une société distincte.Le plan B, lui, est destiné à encadrer de façon stricte un éventuel référendum sur la souveraineté. Stéphane Dion développera l'argumentaire du gouvernement fédéral contre une déclaration unilatérale de l'indépendance du Québec. Ces arguments ont été validés par la Cour suprême du Canada en 1996, dans le Renvoi relatif à la sécession du Québec.

Stéphane Dion (archives)

Ce sont ces arguments qui constituent les jalons de ce que « devrait être » une « majorité claire » et une « question claire » et qui ont structuré la loi sur la clarté référendaire, la loi C-20, adoptée en mars 2000.

Cette loi précise les circonstances dans lesquelles le gouvernement du Canada pourrait entreprendre une négociation sur la sécession d'une province, notamment le Québec.

Les Communes devront donc dorénavant décider si la question et le résultat du vote référendaire sont clairs avant de négocier.

Le style direct et bagarreur du ministre des Affaires intergouvernementales l'amènera à croiser le fer à plusieurs reprises avec le gouvernement du Parti québécois qui règne à l'époque à Québec, mais il inquiètera aussi les libéraux du Québec.

Devant le comité de la Chambre des communes chargé de l'étude de la Loi sur la clarté, l'ancien chef du parti libéral du Québec, Claude Ryan, déclare le 21 février 2000 : « Il s'agit là, non plus de véritable fédéralisme, mais d'un régime de tutelle. » Il ajoute que le projet de loi C-20 contient « des propositions dont certaines sont hautement contestables à la lumière du principe fédéral et du principe démocratique » . Selon lui, la loi est «  indéfendable en regard des principes démocratiques ».

En 2001, on ajoute à ses fonctions la responsabilité du dossier des langues officielles.