![]() Mise à jour le mercredi 17 février 2010 à 10 h 57 HAE Ambition : première ministre
À peine quatre ans après avoir remporté sa première élection, Pauline Marois commence à manifester son ambition de diriger le Parti québécois. Lorsque René Lévesque démissionne de la direction du parti, en juin 1985, elle n'hésite pas à se présenter pour prendre sa succession, même si elle est sur le point d'accoucher. Elle arrive deuxième derrière Pierre Marc Johnson, avec 21 % des voix, et devant Jean Garon. Bernard Landry, lui, a abandonné la course avant la fin. L'occasion se présente à nouveau en janvier 2001, lorsque le premier ministre Lucien Bouchard démissionne. Pauline Marois songe brièvement à se présenter à sa succession, mais Bernard Landry obtient la majorité des appuis, y compris celui de François Legault, à qui Pauline Marois avait proposé une alliance, et la course à la direction n'a pas lieu. Pauline Marois se rallie au nouveau chef, avec qui elle dit avoir développé une complicité exceptionnelle. Bernard Landry lui confie d'importantes responsabilités au sein de son gouvernement et la nomme organisatrice du parti pour l'élection d'avril 2003. Les péquistes sont défaits par les libéraux de Jean Charest. Des rumeurs circulent alors sur l'éventuelle démission de Bernard Landry. Mais le chef décide de rester en place jusqu'au congrès du parti, en juin 2005, où les militants devront décider s'ils continuent de lui accorder leur confiance.
Pauline Marois ne veut pas attendre si longtemps. Fin août 2004, elle provoque tout un émoi en réclamant une course à la direction du parti, déclarant que la dernière remonte à près de 20 ans. Elle a l'intention d'y être candidate. Le Conseil national du Parti québécois rejette massivement cette proposition. Dans les jours qui suivent, Bernard Landry passe par l'entremise de la présidente du parti, Marie Malavoy, pour demander à Pauline Marois des comptes sur le financement du groupe Réflexion Québec, qu'elle a fondé pour réfléchir sur la modernisation du message sur la souveraineté. Dans sa lettre, la présidente demande également à Mme Marois comment se situe ce groupe de discussion par rapport à une éventuelle course à la direction. Dans sa réponse, Pauline Marois affirme que ce groupe, qui réunit des membres du Parti québécois, des gens de terrain, des acteurs sociaux et économiques et des universitaires, est financé par des « dons d'amis », qui assurent son fonctionnement, et il ne constitue ni un comité électoral ni un comité de financement pour une course à la direction du parti. Le 5 juin 2005, au lendemain de la démission-surprise de Bernard Landry, Pauline Marois annonce qu'elle sera candidate à sa succession. Mais elle perd cette nouvelle occasion de devenir chef du PQ, terminant la course avec 30,6 % des voix, loin derrière le favori, André Boisclair, qui en recueille 53,7 %. Malgré des tensions entre les deux camps tout au long de la campagne, son adversaire prend alors l'« engagement solennel » de lui réserver une grande place au sein du parti. « Il va pouvoir compter sur mon appui pour l'aider à rassembler le parti », répond-elle après l'annonce des résultats. Quelques mois plus tard, le 20 mars 2006, Pauline Marois quitte la politique active, sentant le besoin de se ressourcer après être allée au bout de son chemin. « Le coeur n'y est plus, dit-elle, la passion ne m'habite plus pour faire le travail de député ». Elle se laissera convaincre de revenir en politique après la sévère défaite infligée au Parti québécois lors des élections du 26 mars 2007, suivie par la démission d'André Boisclair le jour de la rentrée parlementaire et par la décision de Gilles Duceppe de ne pas se porter candidat. Pauline Marois est élue sans opposition chef du Parti québécois le 27 juin 2007, puis députée de Charlevoix l'automne suivant. Réélue en 2008, elle devient chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale. « Cette notion d'ambition me fatigue un peu... Mais quand on croit à quelque chose, on doit prendre les moyens pour y arriver. Je n'ai pas toujours pensé ça. Sans rejeter le pouvoir, j'en ai longtemps eu peur. Je crois que les femmes qui le rejettent le font aussi parce qu'elles en ont peur. Les femmes doivent apprendre à apprivoiser le pouvoir.
Pour ma part, j'ai pu l'apprivoiser en l'exerçant, et j'ai pu vraiment l'assumer le jour où il m'est apparu comme un moyen de promouvoir des objectifs, non comme une fin en soi. » La vie en rose, septembre 1985 « Le panache de la dame, cette espèce de bourgeoisie tranquille qui énerve le pseudo-gauchiste tendance Plateau, avait de quoi me réjouir. Voilà quelqu'un qui s'assume et qui ne semble pas avoir honte d'exister, encore moins d'être une femme. »
Geneviève St-Germain, Elle Québec, juin 2000 |