Les entreprises en mode attente

John Baird John Baird

Le gouvernement Harper a finalement décidé de se doter d'objectifs à court terme pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Les grands pollueurs connaîtront après la fermeture des marchés financiers leurs objectifs de réduction de GES. Le plan vert, présenté en partie mercredi par le ministre John Baird, est mal reçu par les environnementalistes.

Le ministre de l'Environnement John Baird a annoncé mercredi l'intention de son gouvernement de stabiliser les émissions de GES d'ici 3 à 5 ans, puis de les réduire de 20 % d'ici 2020, par rapport aux émissions de 2006.

Ces cibles sont cependant loin d'être conformes aux obligations du protocole de Kyoto, dont le Canada est signataire, qui impose d'ici 2008-2012 une réduction de 6 % des GES par rapport aux émissions de 1990. En fait, en vertu du projet conservateur, le Canada dépasserait en 2020 de 11 % les cibles de Kyoto qu'il n'atteindrait finalement qu'en 2025, date butoir du traité.

Le ministre Baird martèle toutefois que le retard pris sous les libéraux est trop important pour y remédier. « Si le gouvernement libéral avait mis de l'avant ce même plan dès 1998, lorsqu'il a signé Kyoto, le Canada aurait atteint ses cibles », a affirmé le ministre.

Le gouvernement entend freiner la hausse des GES d'ici cinq ans en contraignant les 700 industries les plus polluantes du pays à réduire leurs émissions. Les cibles industrielles seront dévoilées à Toronto, jeudi, après la fermeture des marchés financiers, comme prévu à l'origine.

Par ailleurs, le ministre veut intensifier la lutte contre la pollution atmosphérique. Les industries se verront imposer des cibles sévères afin de réduire de moitié leurs émissions polluantes d'ici à 2015.

Le discours du ministre Baird devait à l'origine être prononcé jeudi, mais une fuite malencontreuse a forcé ce dernier à prendre les devants. Mardi en fin d'après-midi, son texte a été envoyé par erreur en télécopie aux bureaux de l'opposition officielle aux Communes.

Le document s'est vite retrouvé entre les mains du porte-parole de l'opposition en matière d'environnement, David McGuinty, qui n'en a cependant pas dévoilé le contenu, un geste potentiellement illégal. Les libéraux ont demandé l'ouverture d'une enquête sur les circonstances entourant cette fuite d'informations.

Un plan mal reçu

Emily Moorhouse, Sierra Club du Canada Emily Moorhouse, Sierra Club du Canada

Selon Emily Moorhouse, du Sierra Club du Canada, le pays sera en retard d'une génération sur les pays ayant réellement respecté les obligations de Kyoto, s'il emprunte la voie proposée par le ministre Baird.

Pour la Fondation David Suzuki, atteindre les objectifs de Kyoto seulement en 2025 constitue un désaveu du protocole.

De leur côté, le Bloc québécois et le Parti libéral estiment que le gouvernement ferait mieux d'appuyer le projet de loi C-30, revu et corrigé par les partis d'opposition, qui garantit une réduction plus importante des GES en moins de temps.

L'automne dernier, le projet de loi sur la qualité de l'air présenté par le gouvernement conservateur avait été durement critiqué par les différents partis d'opposition parce qu'il n'imposait aucune réduction des GES avant 2020. Il fixait par ailleurs une cible de réduction de 45 % à 65 % d'ici 2050, par rapport aux émissions de 2003.

Le projet de loi C-30 a depuis été amendé de façon substantielle en comité par l'opposition. Le ministre Baird n'a toujours pas spécifié qu'elle serait la réponse de son gouvernement à ces amendements, pas plus qu'il n'a précisé si le projet de loi fera bientôt l'objet d'un vote au Parlement.

Selon le critique de l'opposition officielle en matière d'environnement, David McGuinty, cette nouvelle annonce vise à torpiller le projet de loi.

« Le gouvernement joue un jeu où il veut vraiment supprimer la question du projet de loi C-30 et faire ses propres annonces selon ses propres désirs. » — David McGuinty

Le porte-parole des Manufacturiers et Exportateurs du Canada, Jayson Myers, pense que la réduction de 20 % des GES d'ici 2020 sera difficile à atteindre, étant donné que les émissions de GES augmentent actuellement de 2 % par année. Il souligne que l'atteinte de ces cibles affectera gravement l'économie, mais pense que l'application du protocole de Kyoto aurait été bien pire.

Le chef de la direction de la pétrolière Encana, Randy Eresman, a indiqué pour sa part que les nouvelles normes édictées par Ottawa auront pour conséquence de faire avorter des projets dans le secteur des sables bitumineux qui, de son point de vue, souffre déjà de peu d'investissements.