Rompant avec son discours pondéré sur les accommodements raisonnables, Jean Charest sort de sa réserve et annonce la création d'une commission spéciale coprésidée par le sociologue Charles Taylor et l'historien et sociologue Gérard Bouchard.
Le premier ministre du Québec annonce la création d'une commission chargée d'étudier la pratique des accommodements liés aux différences culturelles. Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, estime que c'est un paravent.
En conférence de presse, il a rappelé que le Québec était une nation, par son histoire, sa langue et sa culture, et qu'elle s'appuyait sur des valeurs solides, telles que l'égalité entre les hommes et les femmes, la primauté de la langue française et la séparation de l'Église et de l'État. « Ces valeurs fondamentales ne peuvent faire l'objet d'aucun accommodement », a-t-il ajouté.
Puis il a souligné que le Québec était une société d'accueil, où les nouveaux arrivants étaient les bienvenus, mais que chacun avait la responsabilité de s'intégrer et de respecter les valeurs fondamentales.
Enfin, il a précisé qu'il avait observé le débat avec inquiétude, ajoutant que tous les cas dont il a été question n'avaient rien à voir avec des accommodements raisonnables. « Le débat s'est cristallisé sur un malentendu d'origine, mais cela ne rend pas les incidents rapportés plus acceptables », a précisé le premier ministre.
La commission Bouchard-Taylor a pour mission de mener des consultations dans les régions du Québec et sera chargée de formuler des recommandations au gouvernement.
Les travaux débuteront dès le mois de mars. La commission devra rendre son rapport dans un an.
« La commission est un paravent »
Mario Dumont
Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, a rapidement réagi à la décision du premier ministre de mettre sur pied une commission d'étude.
M. Dumont a déclaré dès le départ qu'il s'agissait d'une décision « hautement improvisée » de la part de M. Charest.
Le chef de l'ADQ a accusé le premier ministre d'être « trop faible » pour défendre et affirmer l'identité du Québec, d'autant plus que le gouvernement fédéral a reconnu que les Québécois formaient une nation, l'automne dernier.
M. Dumont estime que le premier ministre s'est débarrassé de la question délicate des accommodements raisonnables en créant la commission.
Selon lui, c'est la persévérance de l'ADQ sur la question qui a fait bouger Jean Charest. Il a insisté sur le nombre de fois où le premier ministre a fait marche arrière lors de précédentes décisions, comme la centrale du Suroît et les baisses d'impôts.
M. Dumont a rappelé que Jean Charest avait déclaré, il y a 48 heures, qu'il fallait clore le débat. Pour lui, la création de cette commission est un paravent pour le gouvernement, le temps que les élections passent.
Selon Mario Dumont, M. Charest est déconnecté de la population et incapable de prendre le pouls de la société.
Enfin, M. Dumont a déclaré que la création de ce comité ne l'empêchera pas d'aborder le sujet à l'avenir.
Il était temps, selon Boisclair
Le chef de l'opposition officielle, André Boisclair, s'est réjoui que le premier ministre ait pris position dans ce dossier. « Alors qu'il y a des mois que je souligne l'importance de recentrer le débat afin qu'il se tienne dans le respect des individus, voilà qu'enfin le premier ministre accomplit un acte concret dans le dossier des accommodements raisonnables », a déclaré M. Boisclair dans un communiqué.
Selon lui, la mise en place d'une commission d'étude s'inscrit en droite ligne avec ce que proposait mardi l'ex-candidat à la direction du PQ Louis Bernard.