Le Conseil des services essentiels convoque la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et le ministère de la Santé à une séance de médiation qui aura lieu mercredi.
Québec et les médecins spécialistes sont convoqués à une séance de médiation, mercredi, pour dénouer l'impasse sur la question de l'écart salarial entre les médecins québécois et ceux des autres provinces.
Le Conseil répond ainsi à la demande du ministre Philippe Couillard, qui réclamait son intervention en alléguant que la FMSQ aurait recommandé à ses membres qu'ils cessent, diminuent ou modifient leurs activités professionnelles en guise de moyen de pression.
Des obstétriciens, des radiologistes et des orthopédistes ont en effet menacé de ne plus dispenser de services en janvier. De plus, l'Université de Montréal et l'Université Laval, à Québec, ont annulé les stages prévus pour les étudiants en médecine en externat, car les médecins spécialistes ne les supervisent plus.
Le ministre Couillard estime que la volonté des médecins d'améliorer leur situation salariale ne leur donne pas le droit de priver de soins médicaux certains groupes de personnes.
Si aucune solution quant au différend salarial n'est trouvée mercredi, le Conseil avise les parties qu'une audience publique aura lieu jeudi, qui pourrait donner lieu à une ordonnance en vertu de la Loi concernant la prestation des services de santé par les médecins spécialistes (loi 37).
En soirée, dimanche, le président de la FMSQ, Gaétan Barrette, avait qualifié la proposition de Québec d'un recours au Conseil des services essentiels d'opportunisme politique. Selon lui, le recours à une instance dont il doute de l'impartialité n'a rien pour améliorer les relations entre Québec et ses spécialistes.
Les médecins intraitables
Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec
Les plus récentes offres du gouvernement Charest pour tenter de sortir de l'impasse dans laquelle il se trouve avec ses 8000 médecins spécialistes ont été rejetées dimanche par ces derniers.
En effet, le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le docteur Gaétan Barrette, a décrit les offres présentées par Québec de « recul par rapport à ce que stipulait la lettre d'entente signée en 2003 [avec le précédent gouvernement] »
Rappelons que Québec s'était, à l'époque, entendu avec les médecins spécialistes pour régler l'important écart salarial que les médecins québécois accusent par rapport à leurs confrères du reste du pays. Au cas où les deux parties ne parviennent pas à s'entendre sur le pourcentage de l'écart moyen à combler, la lettre d'entente prévoit le recours à un arbitre pour trancher le litige, ce qu'exige maintenant, en vain, de Québec, le président de la FMSQ.
La FMSQ avance que les actuelles offres de rattrapage salarial de Québec ont tellement tardé, depuis 2003, que l'écart s'est creusé davantage. Ainsi, selon le Dr Barrette, l'écart entre les spécialistes québécois et ceux du Canada serait passé de plus de 40 % en 2003 à plus de 50 % maintenant.
La carotte et le bâton
Dimanche, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, et la ministre Jérôme-Forget, ont fait le point sur les négociations avec les médecins spécialistes de la province.
Ils ont annoncé que Québec modifiait sa bonification offerte aux médecins il y a 10 jours. Celle-ci passe de 12,5 % sur six ans (soit une hausse de 10 % entre le 1er avril 2008 et le 31 mars 2010 et de 2,5 % pour les deux années suivantes) à 15 % d'ici 2014.
Cette offre prévoit bel et bien la mise en place d'un processus de médiation en vue d'amoindrir les écarts de rémunération, mais Québec refuse de s'engager à respecter la médiation si les résultats n'entrent pas dans le cadre financier qu'il s'est fixé.
Selon le gouvernement, il s'agit, en tenant compte des augmentations consenties dans la loi spéciale adoptée en juin dernier, d'une hausse moyenne de 32,7 % entre le 1er avril 2004 et le 31 mars 2014. Ce chiffre, cependant, est obtenu en tenant compte de l'augmentation de la tâche de certains spécialistes.
Les médecins spécialistes réclament pour leur part une augmentation de 44 % sur cette même période.
Le ministre Couillard reconnaît qu'il existe des disparités au pays, mais il relativise ces écarts en soulignant que le coût de la vie est moins élevé au Québec (tarifs d'électricité, droits de scolarité, garderies à 7 $, etc.) Il ajoute que le gouvernement n'a pas les moyens d'accéder aux demandes des médecins.
L'écart de 44 % auquel la FMSQ soutient avoir droit a été calculé en tenant compte du coût de la vie au Québec et ailleurs au Canada.
Retrait de la loi 37?
La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) réclame le retrait de la loi 37, qui fixe le salaire et les conditions de travail des spécialistes, avant une reprise des pourparlers. Le ministre Couillard n'a pas exclu le retrait de cette loi, mais a indiqué qu'il était notamment conditionnel à la fin des moyens de pression et à la signature d'une entente-cadre qui fixerait les bases de la négociation.