Michael Chong, ministre fédéral des Affaires intergouvernementales, ministre des Sports et président du Conseil privé, a remis sa démission du cabinet Harper, lundi, en raison de la résolution qui reconnaît que les Québécois forment une nation.
Le ministre fédéral des Affaires intergouvernementales, des Sports et président du Conseil privé, Michael Chong quitte le cabinet Harper, en raison de la motion sur la nation québécoise.
M. Chong représente la circonscription de Wellington-Halton Hills, en Ontario. Il explique qu'il quitte son poste de ministre afin de pouvoir s'abstenir de voter sur la motion, ce soir. Il conserve toutefois son siège de député conservateur.
En conférence de presse, il a justifié son geste en disant qu'il s'agissait d'une question de principe. « Je crois dans une nation indivisible. Ma loyauté va à ma nation, le Canada », a-t-il indiqué.
Selon lui, les souverainistes n'hésiteront pas à utiliser l'argument fourni par Ottawa. Ils diront que si les Québécois forment une nation dans le Canada, ils en forment une sans le Canada.
M. Chong a tenu à faire la distinction entre deux nationalismes. Reconnaître les Québécois comme nation serait une forme de « nationalisme ethnique », qui se réfère à un groupe de personnes en particulier. Il prône plutôt un « nationalisme civique, pour tous les citoyens du pays ».
Même s'il s'est dit convaincu que « le fait français est unique au Canada et qu'il faut en assurer la survie et l'épanouissement », le député ontarien a semblé mal à l'aise quand on lui a demandé de définir ce qu'était un Québécois. Farouche partisan du bilinguisme et du multiculturalisme, il a seulement répété qu'il s'opposait à une motion entérinant un nationalisme non inclusif.
Il a pris sa décision de quitter le Cabinet ce matin. Puisque la discipline de parti sera imposée aux ministres, aux secrétaires parlementaires et aux députés conservateurs lors du vote, M. Chong s'abstiendra afin de ne pas perdre son poste.
Il a tenu à préciser qu'il endosse par ailleurs toutes les autres politiques économiques, environnementales et judiciaires du Parti conservateur du Canada.
Les Québécois pas tous Québécois
Quelques minutes après la conférence de presse de M. Chong, le ministre des Transports et des Collectivités, Lawrence Cannon, est apparu à la tribune du Parlement pour faire le point. Il a précisé que le Parti conservateur était toujours uni, qu'aucune dissension n'y régnait.
Toutefois, il a semblé confus au moment d'expliquer la réelle portée du terme Québécois utilisé dans la motion. Il a fait référence à Samuel de Champlain et aux premiers colons français arrivés au Québec.
Après qu'une journaliste lui eut demandé pourquoi la version anglaise de la motion conservatrice utilisait le terme Québécois, et non Quebecer, M. Cannon a dit: « On ne veut pas forcer quelqu'un qui ne se sent pas Québécois à adopter cette identité ».
Il croit néanmoins que la motion en est une de « réconciliation ».
Les députés passent au vote
C'est ce soir qu'a lieu, à la Chambre des communes, le vote sur la motion du Parti conservateur reconnaissant que « les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni ».
Tous les partis d'opposition ont l'intention d'appuyer cette motion, incluant le Bloc québécois, qui l'avait d'abord critiquée pour présenter sa propre proposition. Vendredi, le chef bloquiste Gilles Duceppe a dit agir dans l'intérêt des Québécois en s'assurant d'abord que la nation québécoise soit reconnue.
Le lieutenant du premier ministre Harper au Québec, le ministre Lawrence Cannon, a rappelé que cette motion était d'abord symbolique. Mais le Bloc a dit s'attendre à plus du gouvernement. « S'ils sont de bonne foi, cela aura des conséquences. Nous verrons par exemple si, à l'avenir, le Québec pourra parler de sa propre voix dans les forums internationaux », a déclaré Gilles Duceppe.
De son côté, le premier ministre Harper a dit que cette motion était un geste de réconciliation favorisant l'unité nationale. Toutefois, des commentateurs d'autres provinces canadiennes ont remis cette vision en question.
Gerard Kennedy s'oppose
Par ailleurs, les principaux candidats dans la course à la direction du Parti libéral se sont dit en faveur de cette motion. Tous, sauf un: l'ancien ministre ontarien Gerard Kennedy a émis un communiqué, lundi, dans lequel il maintient son opposition à la motion.
M. Kennedy déplore que cette motion ne donne pas de définition de ce qu'est la nation québécoise, tout en donnant l'impression qu'elle peut être incluse un jour dans la Constitution. Il craint que cette motion soit une source de division, parce que chacun peut la lire d'une façon différente.
M. Kennedy veut ainsi se démarquer de ses proches concurrents dans cette course à la succession de Paul Martin. Le nouveau chef du Parti libéral sera élu au cours du congrès libéral qui s'amorce mercredi à Montréal.
Ken Dryden est le seul autre candidat à la direction du PLC qui s'oppose à la motion.