Québec a réagi avec fermeté aux déclarations de la ministre fédérale de l'Environnement, Rona Ambrose, au sujet du plan québécois de lutte aux changements climatiques.
Le ministre de l'Environnement du Québec se dit renversé par l'attaque de son homologue fédérale contre le plan québécois de lutte aux changements climatiques, qu'il estime être le meilleur au pays.
Claude Béchard
Le ministre provincial du Développement durable et de l'Environnement, Claude Béchard, s'est dit surpris, déçu et renversé par cette attaque du plan québécois par la ministre conservatrice. « On a un bon plan et on va le défendre partout où il le faut », a-t-il affirmé.
« Nous avons trouvé un peu particulier, hier [lundi], qu'elle attaque le fond de notre plan alors que nous sommes reconnus partout comme étant les meilleurs » à cet égard, a souligné M. Béchard. Il a rappelé que la Fondation David Suzuki, Greenpeace et d'autres environnementalistes l'avaient salué comme un exemple à suivre pour atteindre les objectifs du protocole de Kyoto dans la lutte aux émissions de gaz à effet de serre.
Rona Ambrose a critiqué les efforts du Québec aux Communes.
Le ministre est allé plus loin en critiquant l'approche fédérale des questions environnementales. « Un moment donné, il va falloir qu'il se passe quelque chose, a-t-il déclaré, parce que le gouvernement fédéral devra répondre de cela devant les Québécois, devant les Canadiens. Et je ne suis pas sûr qu'il n'y ait que les Québécois, au Canada, qui trouvent un peu inquiétante la position du gouvernement fédéral. »
Devant les médias, M. Béchard s'est fait incisif: « Si Mme Ambrose a des suggestions à nous faire à propos de notre plan, eh bien! elle les fera quand elle nous enverra un chèque ».
« Non » n'est pas une réponse acceptable
Le ministre faisait référence au fait qu'Ottawa refuse de verser à Québec les 328 millions de dollars qui devaient financer une partie des mesures contenues dans ce plan. « Ils le formuleront comme ils le voudront, nous n'accepterons pas [qu'ils refusent de nous donner les fonds], a martelé le ministre. C'est aussi simple que ça. »
D'ici là, le gouvernement Charest entend appliquer son plan avec les moyens qu'il a. « Notre plan, on va le mettre en oeuvre », a déclaré M. Béchard.
Il a aussi annoncé qu'il fera pression sur Ottawa pour obtenir les 328 millions. « Les Québécois connaissent la détermination de notre gouvernement dans certains dossiers. Le gouvernement fédéral aussi va voir notre détermination en ce qui a trait aux changements climatiques et à Kyoto », a-t-il lancé.
Inquiétant retour en arrière
« Au-delà de l'argent, ce qui est inquiétant, c'est qu'on a l'impression qu'on retourne en arrière », a encore laissé tomber le ministre à propos de l'attitude du gouvernement conservateur. M. Béchard estime que la ministre Ambrose et le gouvernement Harper amènent un « changement de cap complet » en matière de lutte aux changements climatiques.
Lundi, on apprenait en effet que le gouvernement Harper compte demander une « révision complète » du protocole de Kyoto lors du prochain sommet des Nations unies sur les changements climatiques, qui s'ouvre dans une semaine à Nairobi, au Kenya.
Or, « tout le monde dit qu'il faut lutter contre les changements climatiques, a fait valoir M. Béchard. Partout dans le monde, on ne se dirige pas vers un Kyoto-moins, on se dirige vers un Kyoto-plus! »
Porter la dissidence québécoise à l'international
Québec pourrait néanmoins se joindre à la délégation canadienne au sommet de Nairobi. Il a, en effet, été invité à le faire par Ottawa. « Si nous y allons, c'est clair que nous ferons valoir la position du Québec, a toutefois précisé le ministre. Le gouvernement fédéral dira ce qu'il voudra, mais le Québec ne se taira pas au niveau international. »
Questionné à savoir s'il pensait qu'Ottawa accorderait à Québec un droit de parole pour le contredire, M. Béchard a répondu avec fermeté: « Si on n'a pas de droit de parole dans la salle et qu'on est là-bas, je peux vous garantir qu'on va avoir un droit de parole à l'extérieur de la salle, et qu'on va s'organiser pour que ça porte. »
« Je vais le dire qu'il y a au Canada des gens qui approuvent Kyoto, dont le gouvernement du Québec qui représente au-delà de 25 % de la population », a-t-il ajouté.