Le PLC l'admet, le déséquilibre fiscal existe!

Tous les candidats à la direction du parti libéral le répètent depuis le début de ce marathon à la chefferie: le parti doit tirer les leçons de la défaite du 23 janvier et doit changer. Mais personne ne pouvait imaginer que les libéraux fédéraux du Québec étaient prêts à aller aussi loin. Ils reconnaissent maintenant l'existence de la nation québécoise et d'un déséquilibre fiscal!

Maurice Godin Maurice Godin est correspondant de la radio de Radio-Canada à Ottawa. En 1975, il est devenu le premier correspondant parlementaire affecté à l'émission Présent.

Stéphane Dion, le seul candidat québécois dans cette course, devait se sentir bien seul, au cours du congrès général spécial de l'aile québécoise du parti, en s'opposant à ces résolutions. Pour ajouter à cette humiliation, le parti a décidé que ces deux résolutions seraient prioritaires au congrès national biennal de la fin novembre.

Mon collègue Daniel Lessard se penche sur les questions soulevées par cette reconnaissance soudaine de la nation québécoise de la part des libéraux sous l'impulsion des partisans de Michael Ignatieff.

On en a moins parlé, mais la résolution reconnaissant un déséquilibre fiscal est encore plus étonnante. Pendant des années, Jean Chrétien, Paul Martin, Stéphane Dion de même que tous les ministres et députés libéraux fédéraux du Québec ont carrément nié son existence. Minoritaires, ils ont cédé devant le Bloc québecois à la menace d'une défaite en Chambre et ont reconnu dans le discours du Trône de 2005 l'existence de « pressions fiscales que certains appellent déséquilibre fiscal ».

Mais le discours officiel libéral continuait d'en nier l'existence. En novembre 2005, le congrès biennal des libéraux fédéraux du Québec adoptait une résolution « prioritaire » qui demandait « que le gouvernement fédéral dénonce vigoureusement la notion de « déséquilibre fiscal » dans le système fédéral ». En fait, c'est cette résolution qui aurait dû être débattue au congrès biennal à la direction de novembre prochain. Moins d'un plus tard la résolution prioritaire adoptée le 21 octobre à Montréal demande « que le PLC reconnaisse la pertinence des préoccupations de certains gouvernements provinciaux quant à l'existence d'un déséquilibre fiscal »! Et pour démontrer qu'ils sont sérieux en adoptant cette nouvelle position, la résolution dénonce le Parti conservateur, qui « a reconnu le déséquilibre fiscal par simple opportunisme électoral ».

Vous auriez pensé qu'une telle volte-face provoquerait une sérieuse discussion dans un parti à la recherche d'un chef. Détrompez-vous. Quelques heures après l'adoption de ces résolutions choc, les huit candidats à la direction du parti libéral s'affrontaient durant 190 minutes devant le congrès spécial de Montréal. Les mots « nation québécoise » et « déséquilibre fiscal » n'ont pas été prononcés une seule fois! Pourquoi?

Les libéraux fédéraux du Québec disent avoir compris les préoccupations des Québécois. Mais les Québécois comprendront-ils pourquoi les libéraux changent si soudainement et si radicalement leur discours?

Peut-être aurons la réponse à ces questions lors du congrès de Montréal fin novembre.