Michael Ignatieff
Le conseil général spécial de l'aile québécoise du Parti libéral du Canada (PLC) a donné lieu à un nouveau débat entre les aspirants à la succession de Paul Martin.
Les libéraux fédéraux du Québec, qui effectuent une volte-face historique en reconnaissant l'existence de la nation québécoise, assistent à un débat virulent entre Michael Ignatieff, Bob Rae et Stéphane Dion.
Les huit candidats à la direction du parti ont croisé le fer pendant deux heures, samedi après-midi, tentant de gagner la sympathie des militants québécois qui ont boudé le processus de sélection des délégués, il y a trois semaines.
Comme la semaine dernière, lors du cinquième débat à Toronto, c'est un vigoureux échange entre le meneur dans la course, Michael Ignatieff, et celui qui s'en approche le plus, Bob Rae, qui a été le moment fort de l'événement.
M. Rae a attaqué son adversaire en soulignant qu'il avait appuyé l'intervention américaine en Irak, impopulaire au pays. L'ancien premier ministre ontarien est allé plus loin, rappelant que M. Ignatieff avait déjà écrit que « pour combattre le mal, il faut parfois accepter de faire le mal: détention indéfinie de suspects, interrogatoires coercitifs, assassinats ciblés et guerre préventive. »
En 2004, M. Ignatieff a signé un long article dans le New York Times Magazine, dans lequel il s'interroge sur les aspects éthiques de la torture dans le cadre de la guerre au terrorisme. « Pour moi, ça n'a rien à voir avec la Charte des droits canadiens » (dont il était question à ce moment du débat), a laissé tomber M. Rae, incisif.
Stéphane Dion
Stéphane Dion a lui aussi fait une charge contre M. Ignatieff sur cette question. Les deux hommes ont eu droit à des huées des quelques centaines de partisans de M. Ignatieff. « Vous ne voulez pas entendre ce que dit votre candidat? Ce n'est pas très libéral, ça! On va aller au fond des choses », s'est exclamé M. Dion.
En réponse à ses détracteurs, M. Ignatieff a évoqué son histoire familiale. « Comment pourrais-je être en faveur de la torture alors que le fiancé de ma mère a trouvé la mort à la suite de tortures? » a-t-il dit avant d'ajouter: « Vous pouvez être sûrs que, comme premier ministre, comme chef du parti, je [serai] contre la torture. Je suis contre toutes ces mesures-là. Je suis pour la défense absolue [de la Charte des droits et libertés] ».
Le Québec, une nation
Avant le débat, une forte majorité de militants présents au Collège de Maisonneuve, à Montréal, ont voté en faveur d'une résolution stipulant que « le Parti libéral du Canada reconnaît la nation québécoise au sein du Canada. »
La résolution demande aussi la formation d'un groupe de travail qui déterminerait les moyens et le moment opportun d'officialiser cette « réalité historique et sociale ». Le groupe d'experts se rapporterait au prochain chef du PLC.
Cette volte-face survient dans le cadre du conseil général qualifié par l'organisation d'« aboutissement d'un grand processus de réflexion et de renouvellement » du parti, lancé dans la foulée de la retentissante dégringolade du parti dans les résultats aux urnes de la province, en janvier.
Cette question controversée au sein du parti a refait surface récemment lorsque Michael Ignatieff a promis une reconnaissance formelle de ce statut au Québec, établie par la Constitution. « Il faut être à l'écoute des préoccupations des Québécois. Il faut envoyer un message positif que nous avons écouté, que nous avons changé, que nous allons présenter une nouvelle vision aux Québécois », a-t-il déclaré à l'issue du vote.
Bob Rae
Ses adversaires Bob Rae et Stéphane Dion ne partagent pas du tout le même avis. Pour M. Rae, la résolution laisse croire que le dossier constitutionnel est une priorité libérale, même si ce n'est pas le cas, insiste-t-il. « Je ne vois pas franchement un retour à la table constitutionnelle », a-t-il dit.
M. Dion, quant à lui, craint qu'un tel débat émotif ne dérive vers des « questions symboliques ». Il a précisé qu'il reconnaissait, d'un point de vue sociologique, l'existence d'une nation québécoise.
Prochaine étape de la course: le congrès
Le vote des militants libéraux de tout le pays a accordé à Michael Ignatieff, il y a quelques semaines, le plus grand nombre de délégués élus, soit 30,2 % de l'ensemble. Bob Rae (20,3 %), Gerard Kennedy (17,3 %) et Stéphane Dion (16 %) complètent le carré d'as.
Certains délégués élus se rendront au congrès d'élection du chef sans dévoiler qui ils appuieront. D'autres, les délégués d'office (notamment les députés, ex-candidats et présidents de circonscription), n'ont pas non plus à révéler d'avance pour qui ils voteront.
Le vote aura lieu le 2 décembre prochain, à Montréal.