Le défi de Bob Rae

Alors que les sondages auprès des libéraux suggéraient une chaude lutte entre Michael Ignatieff et Bob Rae, les résultats de la super fin de semaine libérale relèguent maintenant l'ancien premier ministre ontarien au rang des poursuivants plutôt qu'au rang de ceux qu'on pourchasse... et le chemin qui mène au sommet est maintenant plus abrupt.

Maurice Godin Maurice Godin

Pourtant, de tous les candidats, M. Rae était non seulement le plus connu mais aussi le plus à l'aise et le plus efficace lors des débats entre candidats. Il peut certainement se réjouir de sa deuxième place, avec 20 % des délégués, et du premier rang dans quatre provinces. Mais il se retrouve au 3e rang dans les deux provinces où il devait faire bonne figure: le Québec et l'Ontario!

Au Québec il a voulu se faire rassurant, évitant les promesses qu'il jugeait irréalistes, comme la reconnaissance constitutionnelle du statut de nation québécoise. Il a tenu le langage timide des libéraux sur le déséquilibre fiscal et n'a pas poursuivi l'aventure du fédéralisme asymétrique de Paul Martin. Appuyé par l'ancien clan Chrétien, M. Rae n'a pas vraiment réussi à jouer le rôle de rassembleur entre les factions libérales au Québec et se retrouve maintenant non seulement derrière un Ignatieff (appuyé largement par le ex-troupes de Paul Martin) quasi-inconnu au Québec, mais aussi derrière le seul candidat québecois, Stéphane Dion.

Si Bob Rae peut espérer obtenir l'appui de M. Dion dans un deuxième ou un troisième tour en décembre, la situation est beaucoup plus inquiétante en Ontario. Les libéraux ont-ils voulu lui rappeler son règne difficile de premier ministre néo-démocrate, de 1990 à 1995, en le reléguant au troisième rang derrière Michael Ignatieff et, surprise, Gerard Kennedy? Bob Rae prétend que non, mais le résultat est le même. Les libéraux de l'Ontario, province bastion du Parti libéral, croient avoir de meilleures chances de faire élire un premier ministre libéral en choisissant un nouveau venu et même un ex-ministre provincial plutôt que Bob Rae.

Et c'est contre ce message, véhiculé par toutes les campagnes adverses, que M. Rae doit se battre. D'abord auprès de « l'establishment » du parti (plus de 900 votes au premier tour), qui, en bonne partie, attendait les premiers résultats avant de s'engager, mais surtout auprès de tous les délégués, qui retrouveront leur liberté de choix lors du deuxième tour.