Journaliste: Sophie-Hélène Lebeuf
Des candidats « branchés »
« Signez maintenant pour devenir un des délégués de l'événement le plus excitant de ces derniers temps. » Il serait plutôt surprenant que « les Canadiens et les Canadiennes » partagent tous l'opinion qu'exprime sur son site la candidate Martha Hall Findlay quant à la course à la direction du Parti libéral du Canada... Néanmoins, une centaine de sites Internet, essentiellement des blogues, se consacrent à cette course qui durera neuf mois. Bienvenue dans la blogosphère libérale!
Passage obligé en cette ère des nouvelles technologies et de la célébration du web, les huit candidats courtisent tous cette clientèle particulière qui peut être rejointe au bout du clavier. Ceux qui siègent aux Communes ont même chacun deux pages web à ne pas confondre: leur site de député et un autre, consacré à la course à la direction.
Les sites des candidats présentent une ressemblance évidente: ils adoptent un ton intimiste, comme s'il s'agissait de nos voisins. Certaines sections s'appellent par exemple « Qui est Martha? », « Les idées de Joe », « À propos de Gerard », « Faites part de vos idées à Ken », « Rencontrez Scott » ou encore « Appelez-moi Bob ». Et, pour ceux qui l'ignorent, la biographie de Stéphane Dion indique que son chien s'appelle Kyoto...
Un autre point commun, c'est qu'on veut donner l'image de candidats « branchés ». Les titres de certaines sections sont révélateurs: « IggyTube », « Joignez la communauté virtuelle de Bob », « La C.E.L. de Gerard » (pour « communauté en ligne » « La comMinauté », « Abonnement eNews ». Un des candidats qui s'est désisté, Maurizio Bevilacqua, proposait de son côté les « MaurizioVids ».
Certains d'entre eux offrent des cyberlettres, des sessions de clavardage, des forums de discussion, des sondages, des fils RSS (manchettes à recevoir sur cellulaire ou à publier sur d'autres sites web), des blogues de campagne, ou permettent de visionner des vidéos, dont certains sont tirés du site YouTube. Le site de Gerard Kennedy comporte une bande défilante comme sur certains sites Internet de nouvelles, et un « web-o-thon » de 24 heures s'est même déroulé sur le site de Scott Brison.
Les candidats recueillent également des fonds par Internet. Ou se servent du web pour faire taire les controverses. Joe Volpe, accusé d'avoir contourné les règles entourant le financement des courses à la direction (lire les explications dans la section qui lui est consacrée), a par exemple mis en ligne la liste des donateurs à sa campagne.
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Site de Carolyn Bennett (http://www.carolynbennett.ca/)
Les sites des candidats ont beaucoup changé au fil des semaines. Dans les premiers mois de la course, le fossé entre les sites en ce qui concerne leur qualité, tout autant en termes de contenu que d'esthétisme, était énorme. Certains semblaient davantage « amateurs », tandis que d'autres avaient d'emblée une facture plus professionnelle.
Au strict point de vue visuel, deux se sont démarqués dès le départ: celui de Carolyn Bennett (qui s'est désistés), justement parce qu'il ne ressemblait pas à un site de candidat d'une course à la direction (!), et celui de Michael Ignatieff, vraisemblablement l'un des candidats qui veulent avoir le site le plus « branché ».
Autre similitude: cibler la jeunesse. Stéphane Dion et Gerard Kennedy ont tous deux consacré une section aux jeunes militants libéraux, le deuxième appelant cette section « GenerationKennedy.ca ».
Et le contenu?
Les internautes intéressés aux enjeux défendus par les candidats trouveront facilement l'information recherchée sur la majorité des sites (sauf ceux de Martha Hall Findlay et de Jpe Volpe). Cependant, seuls Stéphane Dion, Scott Brison, Bob Rae et Ken Dryden les ont présentés tôt dans la course. Les priorités des candidats (présentés sous le vocable « enjeux » pour Dion et Dryden et « vision » pour Rae et Brison) sont à la fois présentées de façon claire et sont davantage élaborées que celles de leurs adversaires. Michael Ignatieff, pourtant l'un des favoris, a pris du temps pour offrir une section expliquant les idées qu'il propose. Une section maintenant faite de textes et de vidéos.
Fait à noter, le site de Ken Dryden, joueur d'équipe, présente les principaux faits d'armes de ses adversaires, mais l'omniprésence du rouge tomate dans la page de l'ex-gardien de but a de quoi surprendre.
Les candidats et la langue de Molière
La qualité du français varie elle aussi énormément. Les sites de certains candidats (les Ignatieff, Dion et Rae, par exemple) offrent un contenu équivalent dans les langues officielles, malgré certaines erreurs, tandis que d'autres manient la langue française avec un doigté pour le moins douteux.
Quelques exemples glanés ici et là depuis le début de la course: « Devenez member », « Pour devenir un délégué de Martha aujourd'hui! ! Clic ici » « Appuyez-Ici pour suivre la blog du Maurizio's blog durant la campagne », « Engage les politiques » ou encore « Discours à l'Association internationale de vide des combattants »... Une autre perle: « Je veux être bénévole pour la campagne de Maurizio. Appuyez-vous ici »; la phrase a été changée en cours de campagne pour « Appuyez notre campagne ici ». Quant à la version française du site de Hedy Fry, qui s'est désistée, elle proposait quelques éléments du menu en français, mais les textes étaient uniquement en anglais.