Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Politique

Mise à jour le mardi 13 juin 2006 à 11 h 23
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Québec

L'opposition bâillonnée

Assemblée nationale du Québec

Le gouvernement Charest a procédé à l'adoption précipitée d'une série de projets de loi controversés en imposant le bâillon aux débats à l'Assemblée nationale.

Les travaux à l'Assemblée, qui se sont terminés vers 2 h 45 cette nuit, auront permis au gouvernement d'adopter à toute vapeur quatre projets de loi. Québec a ainsi adopté la loi 31, qui donne un coup d'accélérateur à la privatisation des quatre hippodromes du Québec, la loi 9 qui interdit pendant cinq ans tout recours judiciaire aux gens vivant près d'un sentier de motoneiges et la loi 23 qui ouvre la porte à la privatisation partielle du parc national du Mont-Orford. Le député libéral et ex-ministre du Développement durable, Thomas Mulcair, était absent lors du vote tandis que le député de Brome-Mississiquoi, Pierre Paradis, a voté contre la loi 23.

Le projet de loi 37 qui fixe les salaires et les conditions de pratique des médecins spécialistes jusqu'en 2010 a aussi été adopté. Les termes de cette loi sont inférieurs de 130 millions de dollars aux dernières offres gouvernementales. De cette somme retranchée, Québec compte consacrer 50 millions à la réduction des listes d'attente. Avant l'imposition de loi spéciale, Québec offrait aux spécialistes des augmentations de salaire de 8 % en six ans, dont deux ans de gel.

Dans le cas de la loi 37, le gouvernement a décidé d'imposer les conditions salariales aux médecins spécialistes en partie parce qu'il craignait des moyens de pression. En effet, dans une lettre envoyée il y a un mois à la Fédération des médecins spécialistes, dont Radio-Canada a obtenu copie, le président de l'Association des radiologistes, Gaétan Barrette, écrivait « qu'il faut réagir coup pour coup » à la stratégie de négociation du gouvernement. M Barrette ajoutait avoir demandé à ses membres de ne pas prendre de nouveaux rendez-vous avec des patients à partir de l'automne. Toutefois, ce moyen de pression n'a jamais été appliqué quand la menace d'une loi spéciale a été évoquée.

Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, affirme qu'il est encore possible d'obtenir, d'ici la sanction de la loi, la signature d'une entente de gré à gré avec les médecins.

Les médecins aux abois

Dr Yves Dugré

Dr Yves Dugré

Le président de la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ), Yves Dugré, souligne que la Fédération n'a jamais invité ses membres à exercer des moyens de pression. Il ajoute que le président de l'Association des radiologistes a renoncé aux moyens de pression après l'envoi de sa lettre.

Le Dr Dugré a qualifié d'odieuse, peu avant son adoption, la loi spéciale imposant aux médecins spécialistes leurs conditions de travail. « Une loi qui nous fait penser à un gouvernement qui se comporte comme un dictateur, un despote. » lance M. Dugré. Il se demande si le ministre de la Santé et le premier ministre ont calculé toutes les conséquences d'une loi spéciale.

M. Dugré croit que les futurs médecins spécialistes auront le sentiment, par cette loi, que ce gouvernement les incite à aller pratiquer ailleurs. Yves Dugré demande l'intervention du premier ministre Charest et d'un médiateur pour régler ce dossier selon l'entente 2003.

Les médecins spécialistes du Québec disent qu'il y a un écart de rémunération de 40 % avec leurs collègues du reste du pays, alors que Québec l'évalue à 10 %.

« La bataille ne fait que commencer »

Pour la Coalition SOS Parc-Orford, il importe désormais d'étudier les différentes options qui s'offrent aux opposants, dont de possibles recours juridiques.

Le coordonnateur de la coalition, Claude Dallaire, a d'ailleurs estimé sur les ondes de Radio-Canada que « la bataille ne fait que commencer » et qu'une contestation juridique est possible.

L'opposition dénonce

L'opposition péquiste a dénoncé l'usage du bâillon par le gouvernement Charest, une mesure jugée inacceptable. Elle estime que le gouvernement aurait eu suffisamment de temps avec les dix jours de travaux parlementaires toujours au calendrier pour adopter ses projets de loi selon les règles courantes. Elle a d'autre part dénoncé l'absence du premier ministre Jean Charest à l'Assemblée nationale, cette nuit.

Quant à l'Action démocratique du Québec, elle affirme qu'il y a des projets de loi qui semblent améliorer le sort personnel de certains libéraux. « Cette question des apparences de conflit d'intérêts est accrue lorsque le gouvernement vient mettre les projets de loi dans un accélérateur comme il le fait présentement. » a précisé lundi en journée le chef de l'ADQ, Mario Dumont.


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