Causant toute une surprise, Stéphane Dion a remporté la course à la direction du Parti libéral du Canada. Au quatrième tour de scrutin, il a obtenu 54,7 % des suffrages contre 45,3 % pour le favori, Michael Ignatieff. Voici un portrait du 11e chef du PLC, troisième dirigeant consécutif à venir du Québec.
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PC/Ian Barrett
L'unique candidat originaire du Québec faisait partie des intellectuels de la course. C'est à lui que les quotidiens Globe and Mail et The Gazette ont choisi d'accorder leur appui dans des éditoriaux, quelques jours avant la tenue du congrès libéral.
Détenteur d'une maîtrise en science politique de l'Université Laval et d'un doctorat en sociologie de l'Institut d'études politiques de Paris, il possède une expertise particulière dans les affaires constitutionnelles. Il a enseigné l'administration publique et les sciences politiques à l'Université de Montréal pendant une douzaine d'années.
Pendant la même période, il a été professeur invité au Brookings Institute de Washington et au Laboratoire d'économie publique de Paris. Il a aussi codirigé la Revue canadienne de science politique, en plus de publier de nombreux ouvrages. Il a notamment écrit plusieurs articles défendant l'unité canadienne pendant la campagne référendaire de 1995.
L'année suivante, il se lance en politique active lors de l'élection partielle dans Saint-Laurent-Cartierville, répondant ainsi à l'invitation du premier ministre de l'époque, Jean Chrétien. Celui-ci le nomme président du Conseil privé et ministre des Affaires intergouvernementales. Stéphane Dion est alors mandaté pour élaborer une stratégie visant à freiner la montée du souverainisme.
« Plan A », « plan B » et C-20
Il propose une approche en deux volets: le « plan A » et le « plan B ». Le premier vise à rallier les francophones du Québec au fédéralisme par des mesures de conciliation, par exemple l'adoption d'une résolution par la Chambre des Communes qui déclare le Québec une « société distincte ».
Le deuxième volet est plutôt destiné à encadrer de façon stricte un éventuel référendum sur la souveraineté. Dans cette optique, il développe l'argumentaire du gouvernement fédéral contre une déclaration unilatérale d'indépendance du Québec, validé par la Cour suprême du Canada, en 1996, dans le Renvoi relatif à la sécession du Québec.
Conséquemment, celui qui s'est décrit comme le « ministre de l'unité nationale » a par la suite fait sa marque comme architecte de la loi sur la clarté référendaire, la loi C-20, qui pose les jalons d'une « majorité claire » et d'une « question claire ». Cette initiative a été aussi bien accueillie par les fédéralistes que vertement dénoncée par les nationalistes québécois.
Plus récemment, en octobre 2006, soit quelques semaines avant la tenue du congrès du PLC, Stéphane Dion s'est farouchement opposé à la motion de l'aile québécoise de son parti stipulant que « le Parti libéral du Canada reconnaît la nation québécoise au sein du Canada », notamment parce qu'il ferme la porte à une ronde de négociations constitutionnelles selon lui vouées l'échec. En coulisses, il a travaillé à ébaucher une solution de compromis.
Il a signifié son appui à la motion du gouvernement Harper reconnaissant que « les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni », une motion qu'il dit en accord avec sa propre perception.
La cause environnementale
Associé au camp Chrétien, il a cessé d'assumer tout portefeuille à l'arrivée au pouvoir de Paul Martin, en 2003. Quelques mois plus tard, il a toutefois été nommé ministre de l'Environnement. À titre de président de la Conférence sur les changements climatiques de Montréal, en décembre 2005, il a permis l'adoption du plan de Montréal, un accord donnant un second souffle au protocole de Kyoto, qui vient à échéance en 2012. Ce faisant, il s'est attiré les compliments des écologistes du monde entier.
Il n'est pas étonnant que l'environnement fasse partie des principaux enjeux qu'il défend au cours de cette campagne. La pierre d'assise de son engagement politique reste l'unité du pays, a-t-il rappelé en lançant sa campagne. Contrairement à certains de ses adversaires libéraux, il s'oppose à un fédéralisme trop flexible et ne reconnaît pas l'existence du déséquilibre fiscal.
Son père, le politologue Léon Dion, a influencé la pensée politique de Robert Bourassa.
Seuls deux députés lui ont accordé leur appui. C'est l'ancien ministre et ex-leader du gouvernement Don Boudria qui a présidé sa campagne. Stéphane Dion est marié et a une fille. Son site personnel mentionne en outre que son chien s'appelle Kyoto. En 1999, il a publié Le Pari de la franchise.
* Chacun des candidats a été contacté par l'entremise de son bureau de campagne afin qu'il détermine les enjeux qu'il compte défendre en priorité au cours de cette course à la direction. Au besoin, les réponses ont été complétées en consultant le site Internet des candidats. Dans sa réponse, l'équipe de M. Dion invite les internautes à consulter le site Internet de sa campagne, qui explique les enjeux de façon détaillée.