Stephen Harper
Les représentants de la presse parlementaire, à Ottawa, ont réagi vivement, jeudi, aux déclarations du premier ministre Stephen Harper à leur sujet.
Les journalistes de la tribune parlementaire déplorent les critiques formulées à leur endroit par le premier ministre et les tentatives du gouvernement de contrôler les conférences de presse.
La veille, dans une entrevue télévisée, le premier ministre a accusé les journalistes de vouloir jouer le rôle de l'opposition. « J'ai de la difficulté à croire qu'un premier ministre libéral aurait eu ce problème », a-t-il ajouté.
Jeudi, à Vancouver, Stephen Harper est revenu à la charge. « [Paul] Martin avait des listes à ses conférences de presse pendant la campagne électorale, je m'en souviens. Je ne me souviens pas de controverses », a-t-il déclaré. Pourtant, ces exigences libérales avaient été contestées par les journalistes.
Yves Malo
À l'issue d'une réunion où se rencontraient une trentaine de médias parlementaires, le président de la Tribune de la presse, Yves Malo, a jugé que ces propos n'avaient pas de fondement. « Ce sont des journalistes de la Tribune qui ont découvert le scandale des commandites, le Shawinigate aussi [prêt de la Banque de développement du Canada à l'auberge Grand-Mère, demandé par Jean Chrétien]. Alors, de dire que les journalistes ont un parti pris en faveur des libéraux, cela n'a aucun sens », a affirmé M. Malo.
La Tribune demandera une rencontre avec le premier ministre pour discuter du problème. Toutefois, d'ici là, Stephen Harper a bien l'intention de décider de l'ordre du jour. « Nous encourageons des questions des journalistes, mais c'est nous qui faisons des conférences de presse », a indiqué M. Harper.
Les médias de la colline du Parlement déplorent le fait que des réunions du Cabinet soient tenues secrètes, que des visites de dignitaires ne soient pas annoncées et que l'étage du bureau du premier ministre soit fermé aux journalistes. Ceux-ci doivent également s'inscrire sur une liste dressée par son attaché de presse afin de pouvoir poser des questions lors des conférences de presse.
Stephen Harper minimise le problème. « La Tribune de la presse à Ottawa peut avoir ses propres débats, je pense que ce n'est pas la grande préoccupation de la population », a-t-il jugé.
Des annonces en région
De plus, en réponse au boycottage du système d'enregistrement préalable par la presse parlementaire, M. Harper a annoncé qu'il ferait désormais ses annonces à l'extérieur d'Ottawa et qu'il ne parlerait qu'aux médias régionaux.
Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Alain Gravel, a répliqué en recommandant à ses membres de refuser de s'inscrire sur la liste établie par les conservateurs. « Ça ne se fait pas au Canada. On ne m'a jamais demandé d'inscrire mon nom pour poser des questions », soutient M. Gravel.
Le rédacteur en chef du quotidien Le Soleil, à Québec, et ancien secrétaire de presse de Brian Mulroney, Gilbert Lavoie, estime pour sa part que le premier ministre Harper va à l'encontre d'une tradition historique. « Lorsque le journaliste lève la main devant tout le monde, qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, il faut retenir son nom », dit-il.
Des conseils de Bernard Landry
Enfin, l'ancien premier ministre du Québec Bernard Landry, qui a lui-même eu certains démêlés avec la presse, affirme que Stephen Harper fait fausse route en choisissant les journalistes autorisés à poser des questions. « Je ne conseillerais pas cela à personne, parce que c'est un acte professionnel des journalistes », a-t-il dit jeudi.
M. Landry ajoute toutefois qu'il faut trouver un équilibre entre le message à passer et les questions sur d'autres sujets. « J'ai le plus grand respect pour la presse, c'est le quatrième pouvoir. Il y a des hommes et des femmes exceptionnels qui y travaillent, mais ce n'est pas Sa Majesté la presse », a-t-il commenté.