Un vote qui s'annonce serré

Photomontage: parlement, chambre des communes   © Luc Lavigne

À Ottawa, l'adoption de la motion visant à prolonger jusqu'en 2009 la mission des troupes canadiennes en Afghanistan est loin d'être acquise.

La Chambre des communes est en train de voter sur la motion du gouvernement Harper visant à prolonger de deux ans la mission du Canada en Afghanistan.

Le vote aura lieu en soirée au terme d'un débat de six heures, tout juste 48 heures après que le gouvernement eut informé l'opposition de son projet.

Dès le début du débat, le premier ministre Stephen Harper a annoncé son intention de prolonger le mandat de la mission canadienne d'un an, même si la motion est rejetée par l'opposition.

Le premier ministre Harper a déclaré que s'il n'obtenait toujours pas les appuis nécessaires en Chambre pour une extension d'un an, « il irait chercher ce mandat auprès de la population canadienne ».

La motion soumise au vote mercredi n'est pas un vote de confiance. Un rejet de l'opposition ne provoquerait donc pas le renversement du gouvernement.

Au terme d'une réunion du caucus, le Bloc québécois a décidé, mercredi avant-midi, que ses 51 députés rejetteraient la motion soumise par le premier ministre Stephen Harper, sur laquelle doit se prononcer le Parlement en soirée. L'électorat de la formation est traditionnellement réfractaire aux interventions militaires.

Lors d'un point de presse, le chef bloquiste Gilles Duceppe a déploré les tactiques du gouvernement conservateur: « Que M. Harper arrête de faire de la politique électoraliste sur le dos des soldats. »

Les bloquistes voteront ainsi comme les 29 députés néo-démocrates, qui ont signifié mardi soir leur opposition à la prolongation de la mission au terme d'une réunion similaire. Cette annonce s'est faite sans surprise, puisque leur chef, Jack Layton, s'était déjà exprimé sur une mission jugée trop belliqueuse à son goût.

Pas de mot d'ordre pour les libéraux

Bill Graham Bill Graham

Le caucus libéral fera donc la différence. Au cours d'un point de presse, le chef intérimaire du Parti libéral, Bill Graham, a indiqué que la question ferait l'objet d'un vote libre pour son parti. Il a dit attendre les arguments du premier ministre et du ministre de la Défense sur les chances de réussite de la mission. « Nous prendrons la décision de soir », a-t-il ajouté.

Plusieurs sources ont toutefois fait état de la division des 101 députés libéraux sur la question. Il pourrait s'avérer délicat pour les libéraux de porter la responsabilité du retour des troupes canadiennes, d'autant plus qu'ils ont eux-mêmes instauré cette mission alors qu'ils étaient au pouvoir. Plusieurs députés restent tout de même sensibles à l'impopularité de la mission au sein de l'opinion publique.

Parlant d'une décision déchirante, M. Graham a précisé qu'il appuyait les troupes canadiennes, tout en déplorant la rapidité avec laquelle le gouvernement conservateur veut faire adopter la motion.

La Chambre compte en outre 125 conservateurs et un député indépendant, André Arthur.

L'OTAN aurait précipité les événements

Un soldat canadien en Afghanistan

Dans son édition de mercredi, le Globe and Mail a révélé que l'OTAN a offert au Canada de prendre le plein contrôle des opérations en Afghanistan dès 2008. Actuellement, les Canadiens commandent une coalition internationale responsable du sud du pays.

Cette demande de l'OTAN a sans doute forcé la main du gouvernement de Stephen Harper à préciser le statut de la mission.

Le Canada a déployé environ 2200 soldats dans la province de Kandahar, l'une des plus violentes du pays, et une centaine d'autres à Kaboul. Leur mission devait se terminer en février 2007.

Depuis le déploiement de ses troupes en Afghanistan après le renversement des talibans, à la fin 2001, le Canada a perdu 16 militaires, dont un tué le jour même du vote aux Communes, et un diplomate.