Les écologistes doutent, l'industrie approuve

Les groupes écologistes se sont montrés perplexes, jeudi, face à la nouvelle stratégie énergétique du gouvernement du Québec.

Pendant que les environnementalistes déplorent l'aménagement d'autres rivières et l'ouverture à l'exploration pétrolière et gazière, les acteurs économiques se réjouissent des contrats à venir.

Steven Guilbault, directeur de Greenpeace-Québec Steven Guilbault, de Greenpeace-Québec (archives)

Tant Greenpeace que l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) ont salué l'incitation au développement de l'éolien, de la géothermie et de l'énergie solaire. Ils se sont aussi réjouis de l'imposition d'objectifs d'efficacité énergétique au secteur pétrolier, soit une réduction de 10 % de la consommation.

Mais les deux organismes s'interrogent sur la nécessité de relancer l'exploration pétrolière et gazière dans le Saint-Laurent, ainsi que la construction de ports méthaniers. Dans un contexte où l'on doit plutôt tenter de réduire les gaz à effet de serre, l'AQLPA souligne entre autres que le transport de gaz naturel par voie maritime est plus polluant que par gazoduc. « On cherche encore à appliquer de vieilles solutions à de nouveaux problèmes », a commenté le directeur de la section québécoise de Greenpeace, Steven Guilbault.

Par ailleurs, Greenpeace estime que l'exportation d'électricité est une bonne chose si elle favorise la consommation d'énergie renouvelable à la grandeur du continent. Toutefois, l'organisation s'interroge sur les motifs des Américains, qui pourraient s'en servir pour l'additionner à leur énergie thermique plutôt que d'économiser de l'énergie.

De son côté, la Fondation Rivières se dit très déçue de la stratégie. Elle affirme que le gouvernement de Jean Charest fait le mauvais choix de développer l'hydroélectricité, plutôt que de miser sur la réduction de la consommation. « Pour l'économie d'énergie, il n'y a pas d'incitatif financier, pas de programme de financement », signale le directeur général de la Fondation, Michel Gauthier.

La Fondation déplore que le gouvernement lève le moratoire sur la construction de minicentrales, en confiant la responsabilité aux communautés. La Fondation affirme que cela divisera les populations concernées à propos de projets dont l'impact énergétique est minimal, mais l'impact écologique, dévastateur.

Les acteurs économiques satisfaits

Du côté des grands acteurs économiques, on est content que Québec favorise l'efficacité énergétique, mais on espère que celle-ci signifiera des tarifs plus avantageux.

L'Union des municipalités du Québec croit que la responsabilité confiée aux municipalités pour le développement de petits projets hydroélectriques de moins de 50 mégawatts permettra de stimuler l'économie régionale.

La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante et l'Association de l'aluminium du Canada (AAC) continuent d'espérer toutes deux la mise en place de tarifs d'électricité concurrentiels à l'échelle mondiale. Elles souhaitent des tarifs prévisibles et équitables, selon leurs dires.

L'AAC accueille avec satisfaction l'engagement du gouvernement de développer le secteur éolien, ce qui amènera du travail à l'industrie. De la même façon, l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec est heureuse de la relance de grands projets hydroélectriques, une excellente nouvelle pour son secteur.

Enfin, Gaz Métro salue la volonté du gouvernement de diversifier ses sources d'énergie, avec une place au gaz naturel par la construction de terminaux méthaniers. Elle entend promouvoir le chauffage des résidences et de l'eau au gaz. Elle estime que les surplus d'énergie renouvelable (hydroélectricité, éolienne) ainsi dégagés pourront stimuler le développement industriel et servir à l'exportation.