C'est l'impasse

Dalton McGuinty

Réunis à Montréal pour deux jours, les premiers ministres des provinces et des territoires ne sont pas parvenus à s'entendre sur la solution à adopter pour régler le déséquilibre fiscal. Le premier ministre de l'Ontario, Dalton McGuinty, semble faire bande à part.

La réunion du Conseil de la Fédération, qui réunit les dix provinces, se termine sans que rien ne soit réglé. L'Ontario s'oppose à la formule de péréquation proposée, estimant que les Ontariens versent déjà suffisamment d'argent.

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M. McGuinty a quitté Montréal en matinée. Son bureau a toutefois laissé savoir qu'il était « très satisfait » du déroulement de la réunion, mais que des obligations déjà prévues à son agenda l'avaient obligé à quitter ses homologues avant la fin de la rencontre de deux jours.

Son homologue québécois, Jean Charest, a cherché à minimiser la portée des différends. « Nous ne sommes pas à la fin des discussions, nous n'en sommes qu'au début », a-t-il déclaré lors d'un point de presse donné avec ses confrères à l'issue de la rencontre. Il a en outre rappelé qu'il appartiendrait au fédéral de trancher.

Communiqué distinct

Jean Charest

Invité à commenter l'émission d'un communiqué distinct de celui du Conseil de la fédération, la veille, par M. McGuinty, M. Charest est resté prudent, affirmant que « c'est à l'Ontario de prendre ses décisions ». « À ma connaissance, a-t-il toutefois reconnu, personne n'avait été prévenu. »

Dans son communiqué, M. McGuinty a critiqué la solution proposée par des experts au Conseil de la fédération pour calculer les paiements de péréquation visant à régler le déséquilibre fiscal. Le premier ministre ontarien estime que la formule proposée n'aide pas tous les Canadiens, mais seulement un petit nombre d'entre eux.

Son geste en a surpris plusieurs. Les premiers ministres Pat Binns et Gary Doer, respectivement de l'Île-du-Prince-Édouard et du Manitoba, ne se sont pas gênés, en matinée, pour exprimer leur agacement. C'est que cette façon de faire est inhabituelle, les premiers ministres réunis en Conseil de la fédération parlant généralement d'une seule voix. Gary Doer a notamment souligné lors du point de presse que les experts qui ont rédigé le rapport avaient été choisis de façon unanime par le Conseil de la fédération.

De son côté, la ministre ontarienne des Affaires intergouvernementales, Marie Bountrogianni, a tenté d'atténuer les désaccords, disant que sa province était en faveur d'un grand nombre de conclusions du rapport.

Ce rapport d'experts, réalisé par le professeur Robert Gagné, de l'Institut d'économie appliquée de HEC Montréal, et Janice Gross Stein, de l'Université de Toronto, évalue à 4,9 milliards de dollars l'augmentation nécessaire des transferts fédéraux aux provinces pour l'année 2005-2006, et à 4,7 milliards de dollars la somme nécessaire pour rehausser la péréquation.

Certains premiers ministres, dont celui du Québec, veulent que les paiements de péréquation soient augmentés. Dalton McGuinty juge la réclamation injuste, puisque, dit-il, les Ontariens ne voient jamais la couleur de cet argent et qu'ils ne peuvent se permettre de contribuer davantage. Il rappelle que pour chaque dollar redistribué aux provinces par Ottawa, 43 ¢ proviennent des contribuables ontariens.

Les provinces se butent en outre à un autre désaccord: certaines d'entre elles voudraient que les redevances liées aux ressources naturelles, comme le pétrole, soient incluses dans le calcul de péréquation, ce que l'Alberta et Terre-Neuve-et-Labrador refusent.

Rencontre avec une délégation australienne

Mercredi après-midi, le Conseil a rencontré des premiers ministres des États autonomes d'Australie pour discuter de développement économique, de commerce, de transport et d'enseignement postsecondaire. En point de presse, les politiciens australiens ont exprimé leur satisfaction face à cette « rencontre fort productive » et invité leurs homologues québécois en Australie.

Plusieurs premiers ministres des provinces canadiennes n'ont pas assisté à la conférence avant la rencontre avec la délégation australienne. C'était le cas de Danny Williams, de Terre-Neuve-et-Labrador, qui a carrément boudé les deux jours de réunion. M. Williams aurait voulu discuter de la possibilité d'exproprier les pétrolières qui n'exploitent pas assez vite les gisements de la province.

Un deuxième rapport portant sur la péréquation, produit par Ottawa, doit être déposé au cours des prochains mois. Il devrait être prêt pour la prochaine réunion du Conseil de la fédération, qui se déroulera en juin en Alberta.