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Politique

Mise à jour le mardi 11 avril 2006 à 11 h 08
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Souveraineté

Tremblay et Lepage provoquent un débat

Robert Lepage - Michel Tremblay

Même si le Parti québécois a aisément conservé la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques lors de l'élection partielle de lundi, ce sont plutôt les sorties de Michel Tremblay et de Robert Lepage sur la souveraineté qui mettent la formation sous les projecteurs.

Les propos de M. Tremblay ont fait bondir l'écrivain Claude Jasmin. Dans un texte virulent publié dans Le Devoir, mardi, il qualifie d'infantile et d'immature la réflexion politique de l'auteur des Belles-Soeurs.

M. Jasmin reproche à M. Tremblay de vouloir évacuer la question économique, pourtant essentielle, de la réflexion souverainiste. « Le Tremblay devenu riche, le méritant bien, débarrassé du souci commun, vient ainsi de se ghettoïser misérablement », écrit-il, soulignant à gros traits le fait que le dramaturge vit maintenant en Floride.

Il rappelle que Michel Tremblay ne s'est jamais immiscé dans le débat constitutionnel par le passé, peut-être par carriérisme, ajoute-t-il. « Retourné sous ses palmiers de Key West, croquant dans du lime pie, Michel songera qu'il aurait dû garder le silence politique qui le caractérisait », conclut-il.

De son côté, l'écrivain Victor-Lévy Beaulieu accuse les deux hommes de théâtre d'avoir « commis un acte de trahison ». « Ça ne m'étonne pas que ces gens-là, qui sont dans le monde entier, oublient d'où ils sont, oublient leurs racines, a-t-il déclaré. Ce sont des cas de sénilité précoce. »

Pour l'écrivain Yves Beauchemin, les propos de M. Tremblay sont maladroits, parce qu'ils font plaisir aux adversaires de la souveraineté, mais explicables.

Selon lui, le PQ récolte un peu ce qu'il sème. « Depuis Lucien Bouchard, on essaie de faire une démarche très calme vers la souveraineté, en excluant les vraies choses », juge-t-il. Il déplore l'absence d'arguments sur le problème démographique et le recul du français à Montréal.

Quant au chanteur Paul Piché, il comprend que M. Tremblay puisse déplorer le manque d'inspiration des souverainistes, mais estime que le courant néolibéral est encore plus fort au Canada. « La perception que j'ai du mouvement souverainiste d'aujourd'hui n'est pas la même [que M. Tremblay], estime-t-il. J'y vois au contraire une tendance favorable à l'équité sociale. »

Un débat normal pour Duceppe, un beau défi pour Boisclair

Dimanche, le dramaturge Michel Tremblay a dit ne plus croire à la souveraineté telle qu'elle est présentée aujourd'hui. Selon lui, il est déplorable que la question se réduise à des questions d'argent et que, pour faire un pays, il faille aller aux États-Unis pour rassurer les Américains.

Le lendemain, l'auteur Robert Lepage a fait écho aux propos de M. Tremblay, estimant que de nombreuses personnes restaient à « reconvaincre » de la nécessité de l'indépendance. Selon lui, l'option souverainiste « n'est plus une idée incarnée par personne » comme c'était le cas sous Lucien Bouchard.

Le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe

Gilles Duceppe

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a minimisé les propos de M. Tremblay, à la suite d'une conversation avec lui. « Il m'a dit qu'il était toujours souverainiste, a dit M. Duceppe. Il a toutefois des questions sur l'orientation du mouvement. »

De son côté, le chef du Parti québécois, André Boisclair, a dit qu'il avait maintenant le beau défi de convaincre M. Tremblay que les questions de langue et de culture demeuraient les éléments déterminants du projet souverainiste. Toutefois, il a ajouté que l'économie restait un argument de taille en faveur de la souveraineté, même s'il pouvait comprendre la réticence de certaines personnes à participer à ce débat.

Fait à noter, tant Michel Tremblay que Robert Lepage ont salué la venue d'André Boisclair à la tête du PQ. Selon M. Tremblay, le fait que la majorité puisse accepter l'idée d'un premier ministre homosexuel est un signe d'intelligence et d'ouverture.

Quant à l'ex-premier ministre Bernard Landry, il trouve « d'une grande tristesse qu'un personnage de cette envergure a été dire une chose aussi mal fondée et contraire à la réalité », même s'il en a le droit le plus strict. Il se réjouit toutefois du fait qu'il y a « beaucoup plus de gens qui ont changé d'opinion en faveur de la souveraineté au cours des 40 dernières années que le contraire ».


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