Jean-Pierre Charbonneau
Le nouveau parti provincial Québec solidaire provoque déjà des remous au sein du caucus du Parti québécois.
Le député Jean-Pierre Charbonneau provoque de fortes réactions au sein du caucus péquiste en suggérant de laisser la voie libre au nouveau parti de gauche dans certaines circonscriptions.
Le député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, a proposé de laisser la voie libre à la nouvelle formation de gauche dans certaines circonscriptions, lors des prochaines élections québécoises. Québec solidaire, qui inclut la souveraineté dans son programme électoral, risque en effet de diviser le vote indépendantiste et de favoriser l'élection de députés libéraux, soutient M. Charbonneau.
« L'une des formules, c'est d'avoir une sorte de pacte de non-agression dans certains comtés. Une autre, c'est que tout le monde se présente sous la même étiquette », a affirmé le député de Borduas.
Immédiatement, l'organisateur en chef du PQ, Nicolas Girard, a rejeté toute forme d'alliance avec le parti issu de la fusion du mouvement Option citoyenne et de l'Union des forces progressistes. Selon M. Girard, ni le chef du PQ, André Boisclair, ni les militants péquistes n'approuvent une telle stratégie.
« Le Parti québécois est un parti de coalition, avec des candidats de différents horizons. J'ai beaucoup de respect pour M. Charbonneau, mais nous croyons que le Parti québécois doit présenter des candidats dans les 125 comtés », a tranché M. Girard.
Jean-Pierre Charbonneau rétorque qu'il ne fait que lancer un débat, nécessaire selon lui. « Je ne suis pas organisateur en chef, mais j'ai des idées », a-t-il dit.
Au sein du caucus, les avis sont divisés. D'un côté, le député de Charlevoix, Rosaire Bertrand, a soutenu que la question méritait d'être posée. De l'autre, le député de Rousseau, François Legault, a martelé que le PQ devait présenter des candidats dans toutes les circonscriptions du Québec, puisqu'ils auront à faire face, de toute manière, à des souverainistes autant au sein de l'ADQ que de Québec solidaire.
André Boisclair
En point de presse à la sortie du caucus, jeudi, André Boisclair a clairement laissé entendre que son intention était de présenter des candidats dans les 125 circonscriptions du Québec.
« Le Parti québécois est le mieux placé pour proposer une alternative crédible aux libéraux. La synthèse des intérêts économiques, sociaux et culturels du PQ est la meilleure synthèse », a affirmé M. Boisclair.
Le chef péquiste a ajouté qu'il ne voulait pas adopter une « stratégie ouverte » autre que celle de dialoguer avec tous les souverainistes et tous les progressistes, pour les rallier à la cause du PQ.
Boisclair attaque Gesca
Le débat autour de Québec solidaire n'est pas le seul événement à avoir secoué le caucus péquiste, à Shawinigan. Mercredi, le chef André Boisclair a accusé le quotidien La Presse et son propriétaire Gesca d'avoir profité du début de la réunion de son parti pour publier un sondage montrant une légère remontée de la popularité du gouvernement libéral de Jean Charest.
« Au cours des cinq dernières années, ces sondages sont généralement publiés les vendredis ou les samedis, dans 95 % des cas. Or, pour la deuxième fois, un sondage est publié le jour de notre caucus. Laissez-moi mettre une chose très claire: Gesca ne décidera pas de l'agenda du Parti québécois », a-t-il affirmé. « Je sens que les fédéralistes ressentent de la crainte. Ils ne sont pas en bonne position dans les sondages. Ils ont de sérieuses difficultés à produire des résultats en faveur des Québécois. Le dialogue entre MM. Charest et Harper est encore difficile », a poursuivi M. Boisclair.
Le rédacteur en chef de La Presse, Éric Trottier, a expliqué que la date de publication d'un sondage était déterminée par la date de réception de son rapport méthodologique, et rien d'autre. Dans ce cas-ci, le rapport a été reçu mardi, pour une publication le lendemain.
« M. Boisclair devrait savoir qu'il y a un mur de béton entre la salle de rédaction d'un journal et la direction de l'éditorial. Il y a une distinction très claire entre les deux et cela garantit une liberté certaine de presse », a commenté M. Trottier.