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La campagne au Québec

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Mise à jour le vendredi 20 janvier 2006 à 15 h 06
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La campagne au Québec

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Élections fédérales

L'ensemble des observateurs s'entend pour parler de deux campagnes électorales, une au Québec, l'autre dans le reste du Canada.

Depuis la création du Bloc québécois, en 1993, le vote des Québécois se polarise entre souverainistes bloquistes et fédéralistes libéraux. Or, cette fois, les libéraux ont décidé d'exporter leur discours en se posant dans tout le Canada comme les défenseurs de l'unité nationale. Début décembre, Paul Martin est allé jusqu'à qualifier de référendaire l'actuelle campagne.

Entre les deux antagonistes, bien malin qui pourra réussir à s'immiscer. C'est néanmoins la gageure audacieuse que font les conservateurs et les néo-démocrates.

Les racines de ces deux partis demeurent peu profondes au Québec. Toutefois, dans certaines circonscriptions, ces deux partis ont pu se réorganiser rapidement, grâce à la proximité du dernier scrutin.

Le Parti libéral: champion de l'unité canadienne

À deux moments importants, soit lors du déclenchement de la campagne et lors du débat en anglais, le chef du Parti libéral s'est présenté comme un Québécois ayant à coeur l'avenir du Québec. « Nous allons nous battre pour défendre notre Canada. Cette bataille commence ici, ce soir! », a lancé Paul Martin aux premiers jours de la campagne.

Paul Martin

Paul Martin

Au Québec, le discours libéral centré sur la séparation vise avant tout à ramener au bercail les fédéralistes égarés qui ont voté pour le Bloc en 2004, principalement en raison du scandale des commandites, et à faire oublier les douloureuses révélations de la commission Gomery.

Dans la région métropolitaine, les circonscriptions de quatre ministres, Liza Frulla, Pierre Pettigrew, Jean Lapierre et Jacques Saada, tous élus avec de faibles majorités, sont devenues les emblèmes de la bataille que se livrent bloquistes et libéraux.

Toutefois, ailleurs au Québec, les luttes de terrain sont devenues rares pour les libéraux. Même dans la région de Québec, l'organisation manque de moyens et de bénévoles. Les candidats des sept circonscriptions de la région de Québec partagent d'ailleurs le même local électoral.

Dans plusieurs circonscriptions où le Bloc a été fortement majoritaire en 2004, il n'y a pratiquement pas de campagne locale, faute notamment d'une présence libérale. Ainsi, dans la circonscription de Manicouagan, les libéraux ont éprouvé de sérieuses difficultés à recruter un candidat. Ailleurs, plusieurs candidats libéraux en sont à leurs premières armes en politique, comme Kim Leclerc, âgé de seulement 20 ans, qui se présente dans Haute-Gaspésie - La Mitis - Matane - Matapédia.

Le Bloc: de plus en plus distinct

Au lancement des élections, le Bloc québécois dominait largement avec 59 % des intentions de vote des Québécois, tandis que les libéraux récoltaient la faveur de 22 % des répondants, selon un sondage Radio-Canada/CBC.

Gilles Duceppe en campagne aux Escoumins

Gilles Duceppe

D'entrée de jeu, le chef Gilles Duceppe proclame qu'il peut rafler plus que les 54 sièges remportés en 2004, voire rayer les libéraux de la carte du Québec.

Dans la région métropolitaine, le Bloc courtise ouvertement l'électorat issu de l'immigration, traditionnellement associé aux libéraux. Neuf candidats bloquistes sont d'ailleurs issus des communautés culturelles. Sur la question nationale, le chef bloquiste défend avec aplomb son option, s'affichant sans problème avec le nouveau chef du Parti québécois, André Boisclair.

Pour justifier l'utilité de leur parti, qui ne pourra jamais former un gouvernement, les bloquistes se posent en défenseurs des Québécois et dépeignent un gouvernement Martin insensible aux besoins du Québec. Pour ce faire, la caravane bloquiste parcourt le Québec et, à chaque halte, le chef trace le bilan des actions et des positions du parti sur des enjeux locaux, susceptibles de mobiliser l'électorat régional. Dans leur circonscription, certains candidats présentent même aux électeurs le bilan de leurs interventions et des investissements fédéraux obtenus.

Le Parti conservateur du Canada: un soupirant accommodant

Hormis dans une poignée de circonscriptions, les conservateurs peinent à s'imposer auprès des fédéralistes comme solution de rechange.

Stephen Harper

Stephen Harper

D'après le sondage réalisé pour Radio-Canada/CBC au début de la campagne, seulement 8 % des Québécois avaient l'intention de voter pour les conservateurs. De plus, le chef Stephen Harper a accentué son image d'importun lors du lancement de sa campagne à Québec, quand il a démontré qu'il ignorait le nom de ses candidats dans la région.

Par contre, l'appui du premier ministre provincial, Jean Charest, envers la position de Harper sur le déséquilibre fiscal et son ouverture envers les provinces vient donner une certaine crédibilité à l'ancien parti de Brian Mulroney. Dans la majorité des circonscriptions majoritairement francophones, les conservateurs sont plus ou moins organisés. Certains candidats n'ont été choisis que quelques jours avant Noël. À l'inverse, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, les trois candidats se sont déjà unis pour adopter une proposition commune sur les enjeux régionaux.

Les néo-démocrates ou le défi de ne pas faire tapisserie

D'origine montréalaise, le chef du NPD, Jack Layton, plaît aux Québécois. Mais avec 9 % des intentions de vote au début de la campagne, son parti a peu de chances de percer au Québec.

Manicouagan Pierre Ducasse

Pierre Ducasse, candidat dans Manicouagan et responsable de la section Québec du NPD

Le manque d'enracinement du NPD et l'inexpérience de plusieurs candidats en font, au Québec, un figurant doué, mais sans grande chance de réussite. Contrairement aux conservateurs, les néo-démocrates n'ont aucun véritable candidat-vedette susceptible de remporter un siège au Québec. Il y a bien le bouillant universitaire Léo-Paul Lauzon dans Outremont, mais entre le libéral Jean Lapierre et le bloquiste Jacques Léonard, ses chances de victoire sont minces.

Même chose pour le responsable de la section québécoise du parti, Pierre Ducasse, qui est candidat dans Manicouagan. En 2004, il a recueilli 10 % des suffrages et espère, cette fois, terminer deuxième.

Sur le terrain, certains candidats se présentent pour une seconde fois et font une véritable campagne. Au Saguenay, à Rimouski et sur la Côte-Nord, notamment, les candidats se prononcent sur les enjeux locaux et adaptent à leur réalité régionale les thèmes chers au parti.

Le NPD aimerait profiter des difficultés des libéraux pour faire bonne figure, et il tente de recueillir le vote des absentéistes, soit deux électeurs sur cinq au Québec.

Le NPD se présente aussi comme le parti qui pourrait mettre fin à la perpétuelle confrontation entre le Bloc québécois et le Parti libéral au Québec. Le candidat dans Lotbinière - Chutes-de-la-Chaudière, Raymond Côté, parle d'ailleurs de mettre fin à ce qu'il appelle le règne du « Bloc libéral ».