
La campagne dans l'Ouest
![]() |
L'immense région qui s'étend de l'ouest de l'Ontario à l'océan Pacifique envoie 92 députés à Ottawa. En juin 2004, 68 d'entre eux étaient conservateurs, 14 étaient libéraux, 9 étaient néo-démocrates et 1 députée indépendante a été élue.
L'Ouest est cependant loin d'être un bloc monolithique acquis aux conservateurs. À l'exception de l'Alberta où les candidats du Parti conservateur du Canada (PCC) sont tellement en avance qu'ils vont donner un coup de main à leurs collègues des autres provinces, des luttes sont à prévoir dans les trois autres provinces.
Conservateurs: des racines à l'Ouest
![]() Stephen Harper |
Le Parti conservateur est toutefois bien enraciné dans l'Ouest et, des trois chefs, Stephen Harper est celui qui connaît le mieux ce territoire et les préoccupations de ses électeurs.
La campagne de Harper tire profit de cette connaissance et aborde des enjeux régionaux importants: à l'exception de Vancouver, où d'importants problèmes de drogue et de violence sévissent, la promesse libérale de bannir les armes de poing a été particulièrement mal accueillie. Le fiasco du registre national des armes à feu est encore frais à la mémoire de nombreux électeurs. Le PCC mise sur ce mécontentement et répète sa promesse d'abolir ce programme et de le remplacer par un autre, plus modeste et moins coûteux.
La réforme du Sénat est également un enjeu important. Depuis des années, plusieurs politiciens de l'Ouest canadien réclament un Sénat « triple E », c'est-à-dire élu, égal et efficace. L'Alberta, par exemple, déplore le fait qu'elle ne dispose que de 5 des 105 sièges du Sénat, même si la population de la province représente 10 % de celle du Canada. Stephen Harper a fait de l'élection des sénateurs l'un des points importants de nombre de ses discours de campagne.
Libéraux: l'espoir des Amérindiens
![]() Paul Martin |
Le déplacement stratégique du Parti libéral du Canada (PLC) vers la droite lors de l'arrivée de Paul Martin à la direction prend toute son importance dans l'Ouest. Aux élections de juin 2004, le PLC est parvenu à renverser en partie le sentiment d'aliénation qu'éprouvent les électeurs de la Colombie-Britannique et à y faire élire huit députés. De ce nombre, cinq sont devenus ministres.
Cependant, la campagne libérale, axée sur l'unité canadienne, pourrait jouer un vilain tour au PLC. Paul Martin a été très discret sur les enjeux régionaux en décembre. La Saskatchewan réclame une entente comme celles accordées à Terre-Neuve-et-Labrador et à la Nouvelle-Écosse, autorisées à garder tous les revenus qu'elles tirent du pétrole et du gaz naturel.
Alors que le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti conservateur promettent de retirer les ressources énergétiques non renouvelables des calculs de péréquation, le Parti libéral dit vouloir appuyer les stratégies de développement régional, tout en reconnaissant les forces et les défis propres aux différentes régions.
Les libéraux ont cependant marqué des points auprès de la communauté autochtone. Les revendications territoriales, le dédommagement des victimes des pensionnats, les problèmes de pauvreté, de santé et d'éducation, sont des enjeux importants dans les quatre provinces. La conférence de Kelowna, en novembre dernier, a redonné espoir aux premières nations qui espèrent enfin voir leurs conditions de vie s'améliorer.
NPD: éviter la répétition du scénario de 2004
![]() À Regina, Jack Layton était accompagné de Shirley Douglas, fille de Tommy Douglas, père du régime canadien d'assurance-maladie |
Le chef du NPD est déterminé à éviter à tout prix la situation qui s'est produite aux élections de 2004, lorsque les électeurs acquis à son parti ont voté pour les libéraux pour bloquer l'élection du Parti conservateur. Jack Layton ne rate pas une occasion de rappeler l'influence exercée par son parti sur le dernier budget, et martèle que l'élection d'un plus grand nombre de députés néo-démocrates est le meilleur garde-fou contre les libéraux.
L'appui du premier ministre de la Saskatchewan, où le NPD a été balayé en 2004, donne espoir à Jack Layton d'obtenir quelques sièges. Ce n'est pas un hasard si l'engagement néo-démocrate de protéger le système de santé universel a été rendu public à Regina, berceau du régime public canadien d'assurance-maladie.
Une des stratégies de Jack Layton pour faire oublier sa provenance torontoise est de s'arrimer aux néo-démocrates de l'Ouest. Il cite le fondateur du système de santé, Tommy Douglas, et est parvenu à convaincre l'ancien gouverneur général Ed Shreyer d'être candidat néo-démocrate au Manitoba.
Dans le cas de Shreyer, cependant, son refus de se prononcer sur les mariages de conjoints de même sexe est embarrassant pour Layton, qui a retiré les titres de critique à la députée manitobaine Bev Desjarlais à cause de son refus d'appuyer le projet de loi. Défaite lors de l'assemblée d'investiture de son parti, Desjarlais se présente comme indépendante dans Churchill.
La course serrée en Colombie-Britannique pourrait permettre au NPD d'augmenter sa députation à Ottawa, mais la vigueur du Parti vert dans cette province, où l'environnement est un enjeu important, est une menace que les néo-démocrates ne doivent pas prendre à la légère.