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La campagne en Ontario
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Avec plus du tiers des circonscriptions au pays, 106 sur 308, l'Ontario sera de nouveau la province où la nature du prochain gouvernement sera décidée.
Un observateur pourrait voir l'Ontario comme un château fort libéral. Le Parti libéral du Canada (PLC) y a fait élire 75 députés en 2004, 100 députés en 2000 et 101 en 1997. Or, la prédominance des libéraux s'explique d'abord et avant tout par la division du vote de droite à l'époque des réformistes-alliancistes et la crainte des politiques prônées par Stephen Harper en 2004. Il ne faut pas oublier qu'en 15 ans, au palier provincial, les Ontariens ont porté successivement au pouvoir les néo-démocrates, les conservateurs et les libéraux.
La relative imprévisibilité de l'électorat ontarien et le nombre de sièges en jeu font de l'Ontario la province où les partis politiques déploient le plus d'efforts pour courtiser l'électorat.
Des conservateurs mieux préparés
![]() Stephen Harper |
Le principal défi pour Stephen Harper est de se débarrasser de son image de chef trop à droite et de convaincre les Ontariens qu'il peut être un premier ministre apte à défendre leurs valeurs. Harper a travaillé dur et son parti semble mieux préparé que lors des élections précédentes. En effet, contrairement à 2004, la campagne conservatrice n'a pas été court-circuitée par des déclarations maladroites de candidats. Alors que Paul Martin prêchait pour l'interdiction des armes de poing à Toronto, Harper parlait plutôt de prévention de la criminalité. Le monde à l'envers!
Quant à la campagne sur l'intégrité du gouvernement, c'est surtout dans l'Est de la province que les conservateurs peuvent souhaiter faire des gains. Le scandale des commandites a peu d'impact ailleurs en Ontario. Le début de campagne du candidat-vedette Allan Cutler, le fonctionnaire qui a tiré la sonnette d'alarme par rapport au programme des commandites, a cependant été entaché par les allégations du candidat conservateur de 2004, Allan Riddell. Ce dernier affirme avoir cédé sa place de candidat en échange du remboursement des frais pour sa campagne de 2004, ce qui représente une somme de 50 000 $. Le Parti conservateur du Canada (PCC), qui a présenté Cutler en parlant d'éthique, s'est empressé de nier toute forme d'entente.
Des néo-démocrates trahis
![]() Paul Martin et Buzz Hargrove |
Le défi des néo-démocrates est important en Ontario, s'ils souhaitent conserver ou augmenter le nombre de leurs députés, qui s'élevait à sept en 2004. Tôt en début de campagne, un de leurs alliés traditionnels, le président du puissant syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA), leur a infligé un véritable camouflet en invitant ses membres à voter pour les libéraux dans les circonscriptions où le Nouveau Parti démocratique (NPD) n'a aucune chance d'être élu, et ce, de façon à bloquer l'élection des conservateurs. Pire encore, Hargrove a enfilé un veston aux couleurs des TCA au chef libéral Paul Martin.
![]() Jack Layton |
Depuis, Layton tente de limiter les dégâts. L'appui de son parti à un gouvernement est conditionnel à l'approbation par celui-ci d'un ambitieux plan néo-démocrate pour aider l'industrie automobile et désengorger la frontière de Windsor, lien économique névralgique entre le Canada et les États-Unis et terre fertile pour les néo-démocrates.
De passage à Toronto, juste avant Noël, Layton a tenu à rappeler qu'un vote pour son parti est loin d'être perdu dans la Ville Reine, puisque Toronto n'est pas un endroit où les conservateurs peuvent percer. Le coup de pouce a sans doute été apprécié par les candidates Olivia Chow et Marilyn Churley, respectivement conseillère municipale et ex-députée provinciale, qui tentent de se faire élire dans des circonscriptions locales.
Des libéraux trop confiants?
![]() Paul Martin |
Quant aux libéraux, leur plan de campagne est simple. Paul Martin mise essentiellement sur le bilan de son gouvernement. L'économie du pays, et donc de l'Ontario, est vigoureuse, le Canada est sur les rails, il faut donc réélire son parti. Le volet sur l'unité canadienne est également taillé sur mesure pour tenter de convaincre les Ontariens de faire confiance au PLC.
Le Parti libéral doit absolument conserver ses acquis en Ontario s'il veut être reporté au pouvoir. Or, après un mois de campagne environ, il faut constater deux choses: mis à part la promesse de bannir les armes de poing, taillée sur mesure pour consolider les acquis à Toronto, la campagne libérale en Ontario est dépourvue d'idées et de projets.
Parmi les enjeux clés des élections, il y a la question de l'industrie automobile: Martin s'est contenté de reconfirmer l'octroi d'une somme de 768 millions de dollars à DaimlerChrysler pour moderniser ses installations de Windsor et de Brampton. Quant à la promesse de prolonger le programme national de garderies jusqu'en 2015, l'investissement supplémentaire de 6 milliards de dollars ne serait versé qu'à partir de 2011, soit deux ans après la fin du mandat d'un éventuel gouvernement libéral élu le 23 janvier 2006. Les libéraux ont-ils brûlé leurs cartouches avant les élections ou conservent-ils l'annonce de certaines politiques pour le sprint final de janvier? Mystère. Toutefois, une chose est certaine: la stratégie de centrer les élections sur l'unité nationale est une arme à double tranchant, et les deux tranchants sont particulièrement affûtés. La moindre fausse manoeuvre pourrait coûter cher aux libéraux en Ontario.