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Les effets du réchauffement de la planète se font déjà sentir. Mais quelles répercussions ont-ils au Canada? Nous avons posé la question au météorologue de Radio-Canada, Pascal Yiacouvakis.

Q: Le réchauffement climatique aura, et en a déjà d'ailleurs, des effets sur la planète. Globalement, comment cela se manifeste-t-il?
R: Depuis 100 ans, les températures à l'échelle de la planète ont augmenté d'à peu près 0,6 degré. Ce qui est intéressant, c'est que, depuis 1990, il y a un effet d'emballement. Nous avons la décennie la plus chaude depuis 1990, l'année 1998 étant la plus chaude de l'histoire de la météo, suivie de 2002 et 2003. Mais 2005 sera probablement, compte tenu des données qu'on a, la deuxième année la plus chaude. On voit que ça se réchauffe de plus en plus, et de plus en plus rapidement à l'échelle de la planète.
Plus spécifiquement, qu'en est-il du Canada?
Au Canada, évidemment, c'est le même phénomène. C'est très variable, mais dans l'ensemble, on peut dire que les températures ont augmenté d'environ 0,5 degré à 1,5 degré sur la même période de temps. On note aussi que les températures de nuit sont plus hautes. C'est vraiment dans l'Arctique, dans les régions au Nord, que le réchauffement est le plus important.
Comment cela se manifeste-t-il dans le Grand Nord canadien?

Le réchauffement pose plusieurs problèmes, notamment avec le pergélisol, qui, comme son nom l'indique, est gelé en permanence. Mais ce n'est plus le cas maintenant parce que les températures estivales sont trop élevées. Comme le pergélisol fond, et que les bâtiments sont bâtis carrément à partir du pergélisol, censé être solide comme du roc, ils deviennent évidemment instables.
Deuxièmement, les ours polaires ont besoin de banquises pour chasser le phoque. Mais, avec les températures plus élevées, la superficie de la banquise a tendance à diminuer: les ours ont donc moins accès à la banquise. On note aussi qu'ils sont de plus en plus maigres et qu'ils arrivent de plus en plus difficilement à survivre.
Enfin, le passage du Nord-Ouest durant l'été pose un problème de souveraineté pour le Canada. À l'époque, il était impossible de passer par le Nord-Ouest; aujourd'hui, on le fait.
Est-ce que d'autres régions du pays seront particulièrement touchées?
On sait qu'il peut y avoir des sécheresses très importantes du côté des Prairies l'été et aussi pour les régions côtières (Pacifique et Maritimes), parce que le niveau des océans a tendance à augmenter. Ça se fait très lentement, mais, quand même, on s'attend à ce que cela augmente de presque 65 centimètres d'ici 2090 pour la côte ouest. Sur la côte est, ce sera un petit peu moins important.
Évidemment, dans le Grand Nord, ce sont les glaces qui fondent. Il est important de souligner que, si le niveau des océans augmente, ce n'est pas tellement à cause de l'apport des glaces. C'est surtout à cause de l'augmentation de la température de l'eau, qui provoque une dilatation. Actuellement, les satellites permettent de mesurer une augmentation d'environ 2,5 mm par année.
Le Canada a connu plusieurs catastrophes météorologiques dans les dernières années. Les scientifiques ne font pas de liens entre réchauffement climatique et ces situations, mais ils disent tout de même qu'on doit s'attendre à ce que ce genre d'événements survienne plus souvent. Quelles sont les prévisions précises sur la fréquence de ces catastrophes?
On s'attend à ce que la fréquence de ces catastrophes-là soit à la hausse. Un événement qui survient habituellement aux 20 ans pourrait survenir tous les 10 ou 15 ans d'ici quelques décennies. Les événements, comme des pluies abondantes, ne deviennent pas nécessairement plus extrêmes, mais ils deviennent plus fréquents.

On verra par exemple un orage comme celui de cet été à Montréal, qui déverse 50 ou 60 mm de pluie en une demi-heure ou une heure, se produire plus souvent. Nos infrastructures, comme les réseaux d'aqueduc et d'égout, ne sont pas adaptées pour ces situations.
En juillet et en juin, il y a eu des débordements sur l'échangeur Décarie et aussi sur [l'échangeur] l'Acadie, à cause d'un orage, point à la ligne! Le cas du verglas [dans le sud-ouest du Québec, en 1998] est un autre bel exemple: les pylônes se sont écroulés parce qu'il y avait trop de glace, point à la ligne. Quand les ingénieurs bâtissent, ils bâtissent en fonction du scénario du pire. Mais si on dépasse ce scénario, il n'y a rien qui résiste.
On peut prévoir d'autres problèmes avec le niveau des rivières qui diminue: l'évaporation est accrue parce que les températures sont plus élevées.
C'est une question un peu paradoxale, pour ne pas dire pernicieuse, mais est-ce que le réchauffement climatique peut avoir des effets positifs pour nous?

Au niveau environnemental, on sait qu'il n'y en a pas dans l'ensemble parce que, sinon, on laisserait les choses aller. Mais, au niveau économique, je pense que toutes les technologies vertes, basées sur les énergies renouvelables, se développeront. Les pays qui avancent le plus vite seront les gagnants. On pense au Danemark et à l'Allemagne, qui misent beaucoup sur l'éolien et qui sont vraiment en avance. Le Canada fait des annonces pour le développement éolien, mais il ne possède pas l'expertise. Et les États-Unis se retrouveront isolés politiquement et économiquement parce qu'on misera davantage sur les énergies propres, qui seront les énergies de l'avenir. Il y aura des occasions d'affaires importantes. D'ailleurs, le milieu industriel, aux États-Unis comme au Canada, met de la pression pour faire avancer le protocole de Kyoto. Aux États-Unis, une centaine de maires de villes et de nombreux gouverneurs d'États, comme la Californie, ont fait leur Kyoto à eux, même si le gouvernement central a refusé de ratifier l'accord. Et on peut le faire nous aussi. Il n'y a pas que l'industrie. Si vous regardez les émissions totales de gaz à effet de serre au pays, le quart provient de la population. Sur ces 25 %, il y a 50 %, donc 12,5 % qui proviennent du parc automobile. Si on retirait une voiture sur deux de la route, on aurait presque rencontré nos objectifs. Nous avons un impact, nous pouvons agir.
Certains pays comme les États-Unis et l'Australie, qui représentent à eux deux le tiers des émissions mondiales des gaz à effet de serre, n'ont pas adhéré au protocole de Kyoto. Même si le Canada réalise ses objectifs, ce qui est loin d'être chose faite, est-ce qu'il aura réellement un impact positif?
Le but du Protocole, c'est que des pays représentant 55 % des émissions de gaz à effet de serre réduisent de 5 % leurs émissions par rapport à 1990. Il y a suffisamment de pays engagés, qui, eux, vont agir. Ce ne sera pas suffisant pour régler le problème, mais c'est un premier pas. C'est le bilan global de tous les pays qui compte. C'est pour cela qu'on a développé la bourse du carbone. Ce n'est pas encore fait, mais on va acheter la réussite du plan de réduction des autres: si on ne réussit pas à réduire ses émissions de gaz à effet de serre et que notre voisin a fait mieux que son objectif, il va nous vendre des crédits. Comme le projet sera très payant, les dirigeants des pays ont tout intérêt à dépasser leur objectif pour pouvoir vendre leurs crédits. C'est quand on met de l'argent dans ces traités que cela marche.
Êtes-vous optimiste quant à l'avenir?
[Rires] Je vais répondre comme Hubert Reeves: il ne faut pas être optimiste, il faut être déterminé. Quand on a les mains là-dedans tous les jours, à raison d'une tempête par jour, on est inquiet. Moi, je suis inquiet, mais je pense que Hubert Reeves a raison. Plus il y a de gens déterminés, mieux ça ira. Plus il y a de gens impliqués, plus il y a de gens sensibilisés