Demande record d'électricité au Québec

Le reportage de Maxime Bertrand

Après avoir atteint une pointe historique mercredi au Québec, balayé par une vague de froid intense, la consommation d'électricité a fracassé de nouveaux records, jeudi.

Au plus fort des pannes, selon Hydro-Québec, 20 000 abonnés étaient privés d'électricité dans la province, notamment à cause de disjoncteurs qui se déclenchaient dans les installations de la société d'État en raison de la demande trop élevée de courant. Les pannes se concentraient dans les régions de Gatineau, de Montréal, des Laurentides et de la Montérégie.

À 20 h 30 jeudi, Hydro-Québec recensait 1500 foyers sans courant, dont 1100 sur l'île de Montréal.

Hydro-Québec suggère les mesures suivantes :

Hydro-Québec a lancé à sa clientèle un appel à la modération en y allant de quelques recommandations :

  • Réduire le chauffage de un à deux degrés dans les pièces inoccupées de la maison;
  • Limiter hors des heures de pointe l'utilisation des appareils électroménagers les plus énergivores comme la sécheuse et le lave-vaisselle;
  • Limiter si possible l'utilisation de l'eau chaude en prenant des douches un peu plus courtes que d'habitude.

Les voitures mises à rude épreuve

Un technicien du CAA procède au survoltage d'une voiture.

En plus des pannes d'électricité, un grand nombre de citoyens ont dû composer avec des voitures qui ne démarrent pas sous l'effet du froid sibérien qui a atteint -40 degrés Celsius par endroits. Il va sans dire qu'à de telles températures, beaucoup de voitures sont tout simplement incapables de démarrer. C'est pourquoi les services de dépannage et les garagistes sont très occupés par les temps qui courent.

Au CAA-Québec, on rapporte avoir répondu mercredi à plus de 11 500 appels dans l'ensemble de la province. « Trois appels sur quatre concernaient des demandes de survoltage [...] À partir de -24 °C, on constate une recrudescence des appels », rapporte le porte-parole de CAA-Québec, Cédric Essiminy. L'organisme s'attend d'ailleurs à un volume d'appels similaire jeudi en raison des froids glacials qui persistent au Québec.

« Le meilleur truc, c'est encore le chauffe-moteur. Si vous en avez un, c'est le moment de le brancher », suggère M. Essiminy, qui rappelle que c'est dans ce genre de conditions qu'il est important d'avoir un véhicule automobile bien entretenu.

Incendies et tuyaux gelés

Outre l'inconfort qu'elle occasionne pour ceux qui circulent ou qui travaillent à l'extérieur, cette vague de froid met aussi à rude épreuve les réseaux d'aqueduc et la plomberie des bâtiments mal isolés.

Lors des périodes de froid intense, les tuyaux qui ne sont pas assez protégés du froid gèlent et se fendent sous l'effet de la pression. Cela provoque d'importantes fuites d'eau. Plusieurs conduites souterraines ont d'ailleurs cédé à Montréal depuis le début de la semaine. Ce fut notamment le cas dans la nuit de mercredi à jeudi, à l'intersection du boulevard Henri-Bourassa et de l'avenue Bellevois, dans le nord-est de l'île de Montréal.

Le froid a aussi été la cause d'un incendie dans une résidence familiale du secteur Aylmer, à Gatineau, en Outaouais, où un homme a mis le feu à sa maison en tentant de dégeler un tuyau avec un chalumeau.

En cette période de grand froid, les pompiers rappellent que les opérations de dégel de la tuyauterie devraient être exécutées par des professionnels afin de réduire les risques d'incendie.

D'où vient cette vague de froid?

Le froid polaire qui s'abat sur le Canada depuis une semaine est le résultat d'un phénomène météorologique qui se produit dans la stratosphère.

L'obscurité 24 heures sur 24 au pôle en hiver entraîne une différence importante entre la température de l'air au pôle et celle plus au sud, explique le météorologue d'Environnement Canada, René Héroux. Ce clivage de température crée un vent très fort - le « courant-jet polaire » - qui tourne autour du pôle.

« Or, on a observé qu'en certaines occasions - une année sur deux, je dirais - il se produit dans la très haute atmosphère, la stratosphère, un réchauffement rapide, explique-t-il. Ce réchauffement vient briser le courant-jet et permet à l'air froid, qui est au pôle, de glisser jusqu'au sud ». M. Héroux explique que lorsque ce phénomène se produit, on constate, deux ou trois semaines plus tard, que l'air froid atteint les régions plus au sud.

Ça ne veut pas dire que chaque fois qu'il fait froid, il y a un réchauffement en haut [dans la stratosphère], mais une année sur deux, c'est ce qui se produit.

Le temps froid causé par une perturbation du courant-jet polaire entraîne une vague de froid qui dure plusieurs semaines. « Ce n'est pas juste un épisode. La circulation de l'air demeure perturbée en altitude, donc il va faire froid pendant un certain temps, quelques semaines, je dirais. »

« Mais attention! Cela ne veut pas dire que le -25 degrés que l'on observe ce matin va durer. Au début de la semaine prochaine, même, on va flirter avec le point de congélation. Sauf qu'après on va revenir encore avec des températures froides. »

M. Héroux précise que le phénomène de réchauffement stratosphérique soudain n'a aucun lien avec le réchauffement climatique ni avec l'activité humaine.

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