Le froid intense fait gonfler la consommation d'énergie

Vague de froid intense : les explications de René Héroux, d'Environnement Canada

La masse d'air arctique qui sévit sur le pays fait exploser la consommation d'électricité. Hydro-Québec anticipe des pointes historiques de consommation d'énergie alors que le mercure plonge sous les -40° Celsius dans plusieurs régions de la province.

La Société d'État demande à la population de réduire sa consommation d'électricité aux heures de pointe. Avec les grands froids qui doivent se poursuivre jusqu'à cette fin de semaine, Hydro-Québec prévoit que la demande d'électricité atteindra au cours des prochaines heures une pointe historique de 39 000 mégawatts, soit 1300 mégawatts de plus que le record précédent de 37 717 MW enregistré en janvier 2011.

À Québec, la Commission de la capitale nationale a annoncé qu'elle éteignait jusqu'à la levée probable de l'avertissement d'Hydro-Québec, vendredi, les lumières des fortifications du Vieux-Québec, du cap Diamant, des bâtiments de la station des Cageux de la promenade Samuel-De Champlain ainsi que des sapins de Noël du parc de l'Amérique-Française, afin de réduire la consommation d'énergie.

Cette masse d'air glacial qui s'étend du Yukon jusqu'aux provinces maritimes, en passant par le nord du Manitoba, l'Ontario et le Québec génère des températures allant de -21° à -42° Celsius, selon les régions.

Mercredi matin, le mercure oscillait autour de -42° Celsius en Abitibi, au nord du lac St-Jean et dans les Laurentides. C'est cependant à Little Chicago, dans les Territoires-du-Nord-Ouest, qu'il a fait le plus froid avec -43,1° Celsius. À 6 h mercredi matin, c'était l'endroit où il faisait le plus froid sur la planète, selon les météorologues.

Le froid polaire se fait aussi sentir dans le sud, notamment à Montréal (-25 °C), Sherbrooke (-26 °C), Trois-Rivières (-30 °C) et Québec (-28 °C). De grands froids ont aussi été enregistrés dans l'Est du Québec et dans la région d'Ottawa (-27 °C) où il n'a pas fait aussi froid depuis huit ans.

D'où vient cette vague de froid?

Le froid polaire qui s'abat sur le Canada depuis une semaine est le résultat d'un phénomène météorologique qui se produit dans la stratosphère.

L'obscurité 24 heures sur 24 au pôle en hiver entraîne une différence importante entre la température de l'air au pôle et celle plus au sud, explique le météorologue d'Environnement Canada, René Héroux. Ce clivage de température crée un vent très fort - le « courant-jet polaire » - qui tourne autour du pôle.

« Or, on a observé qu'en certaines occasions - une année sur deux, je dirais - il se produit dans la très haute atmosphère, la stratosphère, un réchauffement rapide, explique-t-il. Ce réchauffement vient briser le courant-jet et permet à l'air froid, qui est au pôle, de glisser jusqu'au sud ». M. Héroux explique que lorsque ce phénomène se produit, on constate, deux ou trois semaines plus tard, que l'air froid atteint les régions plus au sud.

Ça ne veut pas dire que chaque fois qu'il fait froid, il y a un réchauffement en haut [dans la stratosphère], mais une année sur deux, c'est ce qui se produit.

Le temps froid causé par une perturbation du courant-jet polaire entraîne une vague de froid qui dure plusieurs semaines. « Ce n'est pas juste un épisode. La circulation de l'air demeure perturbée en altitude, donc il va faire froid pendant un certain temps, quelques semaines, je dirais. »

« Mais attention! Ça ne veut pas dire que le -25 degrés que l'on observe ce matin va durer. Au début de la semaine prochaine, même, on va flirter avec le point de congélation. Sauf qu'après on va revenir encore avec des températures froides. »

M. Héroux précise que le phénomène de réchauffement stratosphérique soudain n'a aucun lien avec le réchauffement climatique ou l'activité humaine.

Des écoles fermées

Une brigadière brave le froid glacial.

Plusieurs commissions scolaires ont suspendu les cours mercredi au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick en raison du froid intense.

Cette vague de froid polaire cause aussi des problèmes aux gens qui travaillent à l'extérieur, comme les matelots, les travailleurs de la construction et les éboueurs. Certains chantiers de construction doivent même être fermés puisque certains matériaux, comme le béton, ne peuvent être manipulés par un temps aussi froid. Les métaux et les plastiques deviennent aussi plus cassants par grand froid.

Les refuges pour sans-abri remplis

Les itinérants sont aussi touchés par les grands froids qui les forcent à trouver refuge dans les centres d'accueil qui sont remplis au maximum de leur capacité.

« À Montréal, les ressources disponibles coordonnent leurs efforts pour s'assurer que tous les gens qui veulent passer la nuit dans un refuge puissent le faire. Les grandes ressources de Montréal se coordonnent depuis plusieurs années, et cette semaine encore plus particulièrement parce que les froids s'annoncent pour plusieurs jours », explique la directrice générale de la Maison du Père, France Desjardins.

Des sans-abri tentent de se réchauffer aux abords d'un refuge.

« Nous sommes toujours pleins à la Maison du Père, mais je peux vous dire que nous avons réacheminé une trentaine de personnes vers nos autres ressources, c'est-à-dire la Mission Bon Accueil et la Mission Old Brewery, poursuit Mme Desjardins. Il y a une navette qui fait le tour de nos ressources pour s'assurer que chacun trouve un lit, un repas et des vêtements chauds. »

Les refuges de Montréal manquent de bottes pour vêtir leurs bénéficiaires. Vous pouvez déposer des bottes dans une boîte prévue à cet effet au coin des rues Saint-Hubert et René-Lévesque.

Pour l'instant, les trois grands refuges montréalais suffisent à la demande, quoique très sollicités.

Malgré le froid intense, certaines personnes choisissent de passer la nuit à l'extérieur, signale Mme Desjardins. Des équipes du Service de police de la Ville de Montréal incitent les sans-abri à se diriger vers un refuge puisqu'il en va de leur vie.

 

Des trucs pour démarrer la voiture

Un survoltage de batterie

CAA-Québec recommande plusieurs précautions, lors de l'arrêt du moteur, afin de faciliter le démarrage de la voiture le lendemain matin. Il faut faire le plein d'essence pour éviter la condensation dans le réservoir et fermer tous les appareils électroniques avant de couper le contact du moteur (essuie-glace, chaufferette, radio, sièges chauffants, etc.), surtout pour les véhicules plus âgés.

On suggère aussi de consulter le manuel du fabricant de l'automobile pour y trouver les consignes de démarrage par temps froid. Ces particularités varient d'un modèle à un autre et d'un fabricant à l'autre. Il faut aussi éviter d'insister lors du démarrage pour ne pas endommager le démarreur et il est inutile de faire tourner le moteur plus de 30 secondes à l'arrêt pour « réchauffer » le moteur.