L’affaire Luka Rocco Magnotta

Le cas du tueur présumé Luka Rocco Magnotta est l'événement de l'année au Canada selon la Presse Canadienne

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Luka Rocco Magnotta lors de son retour au pays. Luka Rocco Magnotta lors de son retour au pays.  Photo :  PC/Police de Montréal

Bombardé de demandes d'entrevues et de signalements de partout sur la planète, le porte-parole de la police de Montréal soutient qu'il n'avait rien vu comme le cas de Luka Rocco Magnotta en vingt ans de carrière.

Le commandant Ian Lafrenière a indiqué que l'intérêt marqué pour le meurtrier présumé a inondé le service de police de quelque 500 signalements. Le porte-parole a aussi donné des entrevues aux médias internationaux à toutes les heures de la nuit, et dans différents fuseaux horaires, allant de l'Ouest canadien à la France, en passant par Singapour.

Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM

« C'était complètement fou. Mais (...) je ne me plains pas, ce n'est pas moi qui ai perdu son enfant », a confié en entrevue M. Lafrenière, qui travaille à la police de Montréal depuis 18 ans.

L'attention extraordinaire qu'a générée le cas du tueur présumé et la nature choquante de ses crimes allégués lui ont valu d'être nommé « Nouvelle de l'année 2012 » dans un sondage annuel de salles de rédaction compilé par la Presse Canadienne.

L'annonce survient quelques jours après qu'il eut été nommé personne ayant le plus marqué l'actualité de 2012, ce qui a provoqué l'indignation.

Plusieurs ont soutenu que cette nomination ne faisait que donner à l'accusé, âgé de 30 ans, l'attention qu'il cherchait à attirer. D'autres ont exigé que la Presse Canadienne refasse le sondage.

Les deux résultats ont été compilés en même temps, au début du mois de décembre, lors du sondage annuel que la Presse Canadienne mène auprès de plus de 100 directeurs de l'information et rédacteurs en chef de médias clients de l'agence de presse partout au Canada.

Le rédacteur en chef de l'agence, Scott White, a précisé qu'être nommé personne ayant le plus marqué l'actualité ou de faire l'objet de la nouvelle de l'année ne s'agissait pas d'un honneur.

« Les nominations ne sont qu'une réflexion des sujets qui ont le plus marqué l'actualité, a-t-il précisé, ajoutant qu'il était conscient que ce choix était également controversé ».

« Il y a plusieurs histoires déplaisantes et souvent épouvantables qui ouvrent les bulletins de nouvelles et font la première page des journaux et des sites Internet. Ce choix reflète que la chasse à l'homme internationale pour un Canadien soupçonné d'un crime odieux a été une histoire internationale », a expliqué M. White.

Magnotta suivi par le lock-out de la LNH et l'intimidation

Le cas Magnotta a obtenu 22 % des votes des rédacteurs en chef et directeurs de l'information. Il était suivi de près du lock-out dans la ligue de hockey, avec 18 %, et l'intimidation, avec 15 % des votes.

Le rappel massif de boeuf contaminé est arrivé en quatrième position des événements les plus marquants, avec 13 % des votes. Les manifestations étudiantes au Québec et le pipeline Northern Gateway étaient ex-aequo en cinquième position, avec 8 % des votes.

On a demandé aux salles de rédactions de partout au pays de soumettre leur idée d'événement de l'année ou de choisir parmi une liste d'une dizaine d'événements proposés sur un questionnaire.

7 personnes ont sélectionné Magnotta à la fois pour nouvelle de l'année et comme personne ayant le plus marqué l'actualité de 2012. Le meurtre sordide a attiré des votes de partout au pays, mais moins au Québec, province où Magnotta aurait tué puis dépecé un étudiant chinois.

Les autres mentions du sondage :

  • La Commission Charbonneau au Québec;
  • Le scandale des appels trompeurs;
  • La démission du premier ministre ontarien Dalton McGuinty;
  • L'effondrement du toit d'un centre commercial d'Elliot Lake, en Ontario;
  • Le procès pour meurtre de la famille Shafia, à Kingston, en Ontario;
  • Le procès de Michael Rafferty.

Au Québec, où ont eu lieu des manifestations étudiantes massives, des révélations choquantes à une commission d'enquête sur la corruption et une fusillade lors du soir de l'élection qui a ramené le Parti québécois au pouvoir, seulement deux des dix sondés ont choisi l'affaire Magnotta comme nouvelle de l'année.

Une étude récemment publiée par une entreprise montréalaise de surveillance des médias indique que le cas Magnotta est arrivée au troisième rang des histoires canadiennes les plus couvertes dans les médias internationaux, derrière le pipeline Keystone XL et l'achat de Nexen par la société d'État chinoise China National Offshore Oil Co.

Jean-François Dumas, président d'Influence Communication Jean-François Dumas, président d'Influence Communication

L'histoire Magnotta a fait l'objet de 1 300 différents articles et reportages dans les journaux, à la télévision et à la radio dans 40 pays, a indiqué le président d'Influence Communication, Jean-François Dumas.

« La plus grosse partie de l'histoire n'est pas l'homme lui-même, mais bien l'horreur de ce qui est arrivé, ça dépasse l'imagination de tout le monde (...) oui, c'est une nouvelle effrayante » — Le président d'Influence Communication, Jean-François Dumas

M. Dumas a expliqué que la plus importante vague de couverture de l'affaire Magnotta est survenue lorsqu'il a été nommé comme suspect dans le meurtre de M. Lin, la même journée où les détails troublants des crimes allégués ont été dévoilés et que la chasse à l'homme internationale a été lancée.

« En 24 heures, l'affaire Magnotta a obtenu le tiers de toute la couverture médiatique accordée au conflit étudiant », qui a duré six mois, a-t-il indiqué. Magnotta fait face à plusieurs accusations, dont celle de meurtre au premier degré, en lien avec l'assassinat et le démembrement de l'étudiant chinois Jun Lin, âgé de 33 ans, à Montréal, en mai.

Le suspect, un acteur de films pornographiques originaire de Scarborough, en Ontario, a été arrêté dans un café Internet de Berlin, où il lisait, selon des médias, des histoires à propos de lui-même sur Internet.

Il a plaidé non-coupable aux accusations. Les procureurs et ses avocats se rencontreront le 9 janvier pour discuter de son cas et une audience préliminaire de deux semaines devrait débuter à la mi-mars.

Magnotta a opté pour un procès devant jury.