Le ministre de l'Immigration, Jason Kenney, en conférence de presse le 29 juin 2012
Les demandeurs d'asile parrainés par le gouvernement fédéral et ceux qui ont été victimes d'un stratagème de trafic de personnes pourront continuer de bénéficier de la couverture des soins de santé complémentaires, a confirmé mardi le ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration du Canada.
On croyait jusqu'ici qu'ils en seraient privés, en vertu de la Loi visant à protéger le système d'immigration du Canada, adoptée la semaine dernière par le gouvernement Harper.
La nouvelle législation fait en sorte que les demandeurs de statut de réfugié n'ont plus un accès gratuit à ce qu'Ottawa appelle les « soins de santé complémentaires », qui comprend les médicaments, les soins dentaires, les soins de la vue, les prothèses et les fauteuils roulants.
Des modifications apportées vendredi au site d'Immigration Canada ont cependant précisé que les deux catégories de demandeurs d'asile mentionnées ci-dessus n'étaient pas touchées par ces compressions et qu'ils pourront continuer de profiter de la couverture médicale étendue.
« Le critère original n'était pas clair sur notre intention et c'est pourquoi le libellé de la politique a été modifié », a fait valoir Alexis Pavlich, porte-parole du ministre de l'Immigration, Jason Kenney, dans un courriel envoyé aux médias mardi.
« Notre intention n'a jamais été que cette politique touche les réfugiés pris en charge par le gouvernement qui vivaient dans des camps de réfugiés des Nations unies, qui arrivent au Canada comme des résidents permanents, mais qui ne peuvent initialement bénéficier de l'assurance-maladie provinciale », a-t-il précisé.
Les professionnels de la santé, qui ont dénoncé le projet de loi, se réjouissent de ce développement, mais déplorent la confusion qui en résulte, non seulement pour eux, mais aussi pour les demandeurs d'asile qui n'arrivent pas toujours à bien comprendre l'une des deux langues officielles du pays.
« J'étais sur le site vendredi soir et samedi matin, c'était complètement différent », a relevé la Dre Megan Williams, qui dispense des soins à des réfugiés au Centre de santé communautaire Somerset Ouest à Ottawa. « C'est très dur pour nous de savoir ce qui se passe. »
La Dre Williams dit qu'une patiente enceinte qui pensait avoir perdu ses eaux en fin de semaine ne s'est pas présentée à sa clinique parce qu'elle croyait ne pas y avoir droit. La Dre Williams lui a dit mardi qu'elle pouvait la soigner, une réponse différente de celle qu'elle lui aurait donnée samedi.
« Une chose est dite publiquement par le ministre, et une autre est dite dans les politiques », déplore la Dre Williams.
« Ça crée une grande confusion », affirme également Rob Shropshire, directeur par intérim du Conseil canadien pour les réfugiés. Dans la communauté de ceux qui oeuvrent auprès des réfugiés, dit-il, « il y a beaucoup de messages qui circulent pour essayer de comprendre quels sont les changements ».
« Il y a un risque que les gens ne se présentent pas pour recevoir les soins », craint M. Shropshire. Un risque qui existe aussi pour les soins essentiels - toujours couverts - étant donné le chaos qui règne.