Ottawa n'a pas l'intention d'abolir la Loi sur les Indiens

Stephen Harper et le gouverneur général du Canada, David Johnston, accueillent Shawn Atleo, le chef national de l'Assemblée des Premières Nations. Stephen Harper et le gouverneur général du Canada, David Johnston, accueillent Shawn Atleo, le chef national de l'Assemblée des Premières Nations

Le premier ministre canadien n'a pas voulu s'engager à abolir la Loi sur les Indiens, décriée par les Premières Nations.

Lors d'une rencontre avec plusieurs dizaines de chefs autochtones du pays, première du genre depuis son accession à la tête du Canada en 2006, Stephen Harper, accompagné d'une dizaine de ministres, a plutôt proposé une certaine modernisation de la loi.

« Voilà notre approche : remplacer certains éléments de la Loi sur les Indiens par des dispositions et des procédures plus modernes en partenariat avec les provinces et les Premières Nations. C'est une approche qui s'est déjà révélée prometteuse. » — 
Stephen Harper, premier ministre du Canada

La proposition est apparue bien modeste au chef national de l'Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo, pour qui cette loi adoptée en 1876 est une nuisance et un « obstacle douloureux » empêchant « toute forme de partenariat significatif » avec Ottawa.

Plusieurs chefs autochtones et des chercheurs reprochent en effet à la loi de maintenir les Premières nations dans un état d'isolement et d'impuissance économique, en les réduisant au statut d'assistés et de citoyens de seconde catégorie.

« Fondée sur le postulat infâme de notre infériorité, visant à notre assimilation et à la destruction de nos cultures [cette loi] était une abrogation complète du partenariat entre nations mutuellement respectueuses. » — 
Shawn Atleo, Chef national de l'Assemblée des Premières Nations

Il a rappelé que cette loi est à l'origine de la politique d'assimilation des autochtones, tragiquement illustrée par les pensionnats.

« Aujourd'hui, les Premières Nations veulent détruire complètement ce statu quo », a-t-il plaidé.

Ottawa n'est pas prêt à parler d'argent

Le premier ministre n'a par ailleurs pris mardi aucun engagement de nature financière devant les chefs autochtones, qui souhaitaient une révision du financement fédéral pour services sociaux, l'éducation, les soins de santé et l'amélioration des conditions de vie.

Rappelons que le premier ministre Harper a annoncé le mois dernier la tenue de ce premier sommet avec les communautés autochtones après la médiatisation de la la grave crise du logement qui sévit dans la communauté crie d'Attawapiskat, dans le Nord de l'Ontario.

Plusieurs chefs craignent que les projets du premier ministre ne laissent que peu de place aux préoccupations des Premières Nations.

« Nous avons plus de diplômés postsecondaires que nous n'en avons jamais eu dans notre histoire, mais nous risquons bien de perdre une génération, si nous ne faisons rien d'une manière urgente maintenant », a affirmé Shawn Atleo à Radio-Canada.

Ils ont été aussi nombreux à déplorer qu'il n'ait participé qu'à la première partie de la réunion avant de quitter pour le forum économique de Davos.

« Les peuples autochtones sont la population canadienne la plus jeune. C'est donc dans notre intérêt à tous de les voir bien éduqués, qualifiés et employés. » — Stephen Harper
Les attentes des Premières NationsLes Premières Nations souhaitent un nouveau cadre de négociation qui impliquerait un engagement de M. Harper vers un financement continu dans lequel les responsabilités seraient partagées entre le gouvernement fédéral et les Premières Nations.

La crise du logement, le développement économique et les lacunes en matière d'éducation figurent parmi les dossiers que les Premières Nations veulent faire avancer.

Moins de la moitié des étudiants autochtones finissent leurs études secondaires, comparativement à plus de 80 % chez les autres jeunes Canadiens. Les étudiants non autochtones ont plus de dix fois plus de chances d'obtenir un diplôme universitaire que les étudiants autochtones.



Cet écart frappant augure mal pour l'avenir, surtout quand on tient compte de la croissance rapide de la population d'âge scolaire des Autochtones partout au Canada.

Une étude indique qu'en Saskatchewan, par exemple, où l'économie a par ailleurs considérablement crû au cours des dernières années, plus d'une personne sur cinq qui fera son entrée dans le marché du travail au cours des 15 prochaines années sera autochtone.

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