Une femme dépose une rose dans un vase lors d'une cérémonie à Ottawa.
La commémoration du 22e anniversaire de la fusillade de l'École polytechnique de Montréal, à l'origine de la création du registre fédéral des armes à feu, s'est transformée en appel à la mobilisation pour sa survie. Tandis que dans plusieurs grandes villes du pays des manifestants dénonçaient l'abolition du registre des armes d'épaule décidée par le gouvernement Harper, des citoyens faisaient pression sur le gouvernement du Québec pour qu'il entame des procédures judiciaires afin de rapatrier la portion québécoise du registre.
Le groupe Poly se souvient demande au gouvernement de Jean Charest de déposer une injonction pour s'assurer que les données du registre ne seront pas détruites. Six survivants et témoins de la tuerie sont allés à Québec pour faire valoir ses revendications.
Heidi Rathjen, une survivante de la tragédie, affirme que le temps presse. Selon elle, la disparition des données du registre sera immédiate dès l'adoption finale du projet de loi fédéral C-19. Ce projet a déjà franchi l'étape de la deuxième lecture aux Communes, et son adoption apparaît comme une simple formalité, puisque le Sénat est lui aussi dominé par les conservateurs.
« On s'inquiète parce qu'on ne sait pas ce qui se passe, a déclaré Mme Rathjen au cours d'un point de presse. On ne sait pas si le gouvernement [du Québec] se prépare actuellement, parce que c'est maintenant qu'il faut se préparer pour faire une telle démarche. On n'a aucun engagement formel à savoir ce qu'ils vont faire. »
L'Assemblée nationale a par ailleurs adopté, à l'unanimité, une motion déposée par la députée indépendante de Crémazie, Lisette Lapointe, demandant au gouvernement d'intenter un recours juridique visant « à maintenir le registre fédéral des armes d'épaule et à en assurer la préservation des données avant que l'abolition de ce registre entraîne leur destruction avec l'adoption du projet de loi C-19 ».
Même si les libéraux ont donné leur appui à cette motion et même s'il a lui-même indiqué qu'il envisageait même de porter la cause devant les tribunaux, le ministre de la Sécurité publique du Québec, Robert Dutil, a évité d'engager son gouvernement sur la voie judiciaire. Il a d'ailleurs précisé qu'il avait écrit une deuxième lettre au ministre fédéral de la Justice, Vic Toews.
« Ce n'est pas tout de forcer le transfert, encore faut-il avoir les gens qui vont nous aider à le faire, qui vont nous apprendre comment le faire, a ajouté le ministre Dutil. Sinon, on arrive à des coûts prohibitifs. » Son cabinet n'a pas été en mesure de préciser les coûts liés au rapatriement qu'il réclame et à l'utilisation du système d'enregistrement des armes d'épaule.
Se souvenir et sauver le registre
Suzanne Laplante-Edwards a pris la parole devant les manifestants réunis à Ottawa.
Dans plusieurs villes du pays, comme Montréal, Québec, Vancouver et Ottawa, les rassemblements commémoratifs revêtaient cette année un sens différent, donnant lieu à un appel à la mobilisation en faveur du maintien du registre.
À Ottawa, quelque 250 personnes ont pris part à une cérémonie commémorative sur les marches du parlement à laquelle les députés conservateurs n'étaient pas invités. La minute de silence observée par les députés de la Chambre des communes est insuffisante aux yeux de plusieurs, qui préféreraient de loin que le gouvernement passe du silence aux actes.
L'une des participantes au rassemblement, Suzanne Laplante-Edwards, voit dans l'abolition annoncée du registre un immense recul. La mère d'Anne-Marie Edwards, une des victimes de la fusillade du 6 décembre, a dit ressentir de la « rage de voir cette incroyable volonté d'anéantir complètement notre loi sur le contrôle des armes ».
Dans plusieurs villes, de nombreux citoyens affirmaient que le registre permet de sauver des vies. Le recours aux armes à feu deviendra une option beaucoup plus accessible aux personnes suicidaires ou qui traversent un conflit avec leur conjoint, a affirmé Nathalie Provost, qui a survécu à la tuerie en 1989.
Heidi Rathjen
« C'est une position purement idéologique qui fait tout pour plaire au lobby des armes », a de son côté estimé Heidi Rathjen. Selon elle, les économies, correspondant au coût d'exploitation annuel du système d'enregistrement, soit entre 1 et 4 millions de dollars par année, seraient minimes.
À l'École polytechnique, à Montréal, une gerbe de 14 roses blanches a été déposée au pied de la plaque commémorative installée devant l'édifice, sur la colline où se trouve l'Université de Montréal. Les drapeaux ont été mis en berne, et des rubans blancs, symbole de la lutte contre la violence faite aux femmes, ont été distribués. L'établissement a souhaité ainsi offrir une commémoration « sobre, à caractère individuel ».
Dans le cadre de la Journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes, créée après la tuerie, un rassemblement public a eu lieu à midi au palais de justice de Montréal. Cette commémoration marquait la fin de la Campagne des 12 jours d'action pour l'élimination de la violence envers les femmes organisée annuellement par la Fédération des femmes du Québec.
Les organismes de lutte contre la violence à l'endroit des femmes ont eux aussi profité de cette journée pour dénoncer le projet de loi C-19. Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale a par exemple déploré qu'« au nom de la sécurité des femmes, le gouvernement Harper adopte un projet de loi plus répressif [en matière de justice] et de l'autre main diminue le contrôle des armes. On a le sentiment d'être dans une société qui préfère la punition à la prévention ».
Des femmes se recueillent devant la plaque commémorative devant l'École polytechnique de Montréal
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PC/Ryan Remiorz
Le gouvernement Harper dit vouloir mettre un terme à la violence envers les femmes
Le premier ministre canadien, Stephen Harper, a affirmé par voie de communiqué que son gouvernement « fait des investissements importants pour mettre fin à la violence exercée contre les femmes et les filles dans les communautés partout au pays et continuera à plaider en faveur du traitement juste et impartial de tous les citoyens ».
« Nous ne pourrons jamais comprendre entièrement les événements insensés qui se sont déroulés en cette triste journée, mais nous devons continuer à faire tout notre possible pour qu'une telle tragédie ne se reproduise jamais et pour protéger les plus vulnérables de la société », a-t-il ajouté.
Certains conservateurs ont par ailleurs estimé que cette journée de commémoration avait été récupérée par des groupes en faveur du contrôle des armes.