Offensive palestinienne à l'ONU
Le ministre des Affaires étrangères John Baird (archives)
Au lendemain de l'admission de l'Autorité palestinienne comme membre à part entière au sein de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), le Canada a décidé de geler les fonds versés à l'organisme.
« Nous sommes très préoccupés par la décision de l'UNESCO », a déclaré mardi le ministre fédéral des Affaires étrangères, John Baird. Réitérant la position adoptée par le gouvernement Harper depuis plusieurs mois, il a répété que la reconnaissance d'un éventuel État palestinien « devrait faire l'objet de négociations » entre Israël et les dirigeants palestiniens.
Le Canada fait partie, aux côtés des États-Unis, des 14 pays ayant voté contre l'adhésion de l'Autorité palestinienne à l'UNESCO.
Si le Canada continuera de verser la part qu'il est tenu de verser en tant qu'État membre, il cessera toutefois toute nouvelle contribution volontaire à l'UNESCO, a précisé le ministre Baird.
La contribution annuelle obligatoire du Canada totalise présentement 10 millions de dollars, auxquels s'ajoutent 2 millions supplémentaires pour la Commission canadienne pour l'UNESCO.
Cette année, sa contribution volontaire, elle, a atteint jusqu'à ce jour 1,3 million de dollars, selon le bureau du ministre Baird.
Le Canada versera à l'agence les montants qu'il s'est déjà engagé à verser, mais il ne financera aucune nouvelle initiative, a précisé le ministre. « Il va y avoir un gros trou dans le budget de l'UNESCO », a-t-il constaté, évoquant la suspension de la contribution annuelle américaine, qui s'élève à 60 millions de dollars par année et qui privera l'agence de 22 % de son budget.
Le Canada avait fait campagne auprès des pays membres de l'UNESCO pour qu'ils votent contre la reconnaissance de l'Autorité palestinienne. Dans une lettre envoyée la semaine dernière à la quasi-totalité de ses homologues, le représentant permanent du Canada à l'UNESCO, André Bachand, avait tenté de les rallier à sa cause.
Depuis les débuts de l'offensive diplomatique palestinienne, le Canada s'oppose à ce qu'il décrit comme une stratégie unilatérale de la part de l'Autorité palestinienne, faisant ainsi écho à la position israélienne.
Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou a par ailleurs annoncé des mesures de représailles à l'endroit de l'Autorité palestinienne.
Cela n'empêche pas le leadership palestinien de croire que son accession à part entière à l'UNESCO lui offre une occasion sans précédent d'adhérer à d'autres agences de l'ONU.
L'Autorité palestinienne estime en outre que cette victoire diplomatique mettra davantage de pression sur l'ONU, qui doit se prononcer en novembre sur sa demande d'adhésion pleine et entière, déposée en septembre dernier. Washington, qui détient un veto au Conseil de sécurité de l'ONU, a cependant déjà fait savoir qu'il s'y opposerait.