Le « gouvernement du Canada » devient le « gouvernement Harper »

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Stephen Harper Stephen Harper   © PC/Fred Chartrand

Ottawa a transmis une directive aux fonctionnaires fédéraux pour que les mots « gouvernement du Canada » utilisés dans les communications officielles soient remplacés par « gouvernement Harper ».

Des fonctionnaires de quatre ministères ont confié à La Presse Canadienne que la consigne émanait du cabinet du premier ministre et de son « ministère », le bureau du Conseil privé. Par crainte de représailles, ils se sont exprimés sous le couvert de l'anonymat.

En 2006, un scientifique émérite de la Commission géologique du Canada avait été congédié après avoir contesté l'utilisation de l'expression « nouveau gouvernement du Canada » dans les communications gouvernementales. Andrew Okulitch avait été rétabli dans ses fonctions quand son histoire avait été rendue publique, et les conservateurs sont finalement revenus au traditionnel « gouvernement du Canada » après y avoir ajouté l'adjectif « nouveau » pendant 21 mois.

Depuis décembre, « gouvernement Harper » a remplacé « gouvernement du Canada » dans de très nombreuses communications publiques émises entre autres par les ministères des Pêches et Océans, des Finances, du Commerce international, de la Santé et même par le Conseil du Trésor.

Selon le porte-parole du Conseil du Trésor, Robert Bousquet, l'utilisation de l'expression « gouvernement Harper » n'est pas interdite par la Politique de communication du gouvernement du Canada qui relève de son secrétariat.

Pour Jonathan Rose, professeur au département des communications politiques de l'Université Queen's, cette forme de personnification de l'administration gouvernementale est inappropriée.

« C'est une chose pour les journalistes ou même le public d'utiliser l'expression « gouvernement Harper », plus partisane, mais c'en est une autre pour l'État d'assimiler le gouvernement du Canada au chef du parti au pouvoir », estime-t-il. « Elle crée la perception d'une affinité naturelle entre le chef de l'un des partis et l'acte de gouverner ».

Un ancien greffier du Conseil privé déplore lui aussi cette directive. « Ce n'est pas le gouvernement Harper, c'est le gouvernement du Canada. C'est mon gouvernement et c'est votre gouvernement », insiste Mel Cappe. « Mon sentiment est que c'est cette érosion subtile de notre compréhension des institutions gouvernementales qui conduit à une perte de crédibilité et de respect de la part du public », explique-t-il.

Leslie Seidle, un autre ancien fonctionnaire du Conseil privé, se montre pour sa part positif en parlant plutôt d'un « usage créatif de la langue ».