La vérificatrice enquête après des départs massifs

Le reportage de Brigitte Bureau

Exclusif - Radio-Canada a appris qu'une plainte fait état du départ de 18 des 22 employés de l'organisme fédéral, qui fait l'objet d'une enquête de la vérificatrice générale. Plusieurs témoignages mettent en cause l'attitude de la commissaire.

L'organisme fédéral chargé de faire la lumière sur les allégations d'actes répréhensibles dans la fonction publique fait lui-même l'objet d'une enquête de la vérificatrice générale.

Radio-Canada a obtenu copie d'une plainte déposée par un ex-employé du Commissariat à l'intégrité du secteur public. La lettre fait état du départ de 18 des 22 employés du commissariat en moins d'un an.

L'un de ces employés, Normand Desjardins, a pris sa retraite de façon précipitée, en 2008. Cet ancien chef des enquêtes au Commissariat à l'intégrité du secteur public ne pouvait plus travailler avec la commissaire Christiane Ouimet. « Mes relations professionnelles, disons, avec la commissaire, se sont détériorées de façon dramatique et instantanée », dit-il.

Il dit que la situation l'a rendu malade : « Son ton, sa façon de s'adresser à moi... Elle ne demandait pas des avis, elle n'avait pas de conversations bilatérales. Elle parlait, on écoutait. »

Après son congé de maladie, il a décidé de partir, même s'il subissait des pertes financières. « Je ne m'attendais pas à quitter de cette façon-là après 36 ans de carrière. Pour l'estime de soi, c'est pas très valorisant », affirme-t-il.

M. Desjardins décide de porter plainte auprès de la vérificatrice générale lorsqu'il constate que 18 des 22 employés lui ont emboîté le pas en moins d'un an.

Plusieurs anciens employés, qui désirent garder l'anonymat parce qu'ils travaillent toujours au fédéral, confirment le climat difficile qui régnait au commissariat. Certains remettent aussi en cause le rôle que la commissaire s'est donné dès sa nomination. Elle fait peu d'enquêtes officielles et mise surtout sur la prévention.

Depuis trois ans, sur un total de 170 divulgations de la part de fonctionnaires, le commissariat n'a identifié aucun acte répréhensible, aucun abus dans le secteur public.

Un autre ex-employé du commissariat enseigne maintenant à l'Université d'Ottawa. Selon Pierre Martel, le rôle de la commissaire, c'est d'enquêter. « C'est un peu surprenant de voir que très peu d'enquêtes formelles ont été entreprises et, même s'il y a des enquêtes d'entreprises, il n'y a pas de constat d'acte répréhensible », dit-il.

M. Martel était commissaire par intérim avant la nomination de Mme Ouimet. Peu de temps après son arrivée, il a lui aussi quitté la fonction publique. « Les relations qui existaient entre la commissaire et l'ensemble des employés étaient assez tendues », affirme-t-il.

La commissaire à l'intégrité n'a pas voulu accorder d'entrevue. Elle se contente de dire qu'elle collabore pleinement à l'enquête que mène la vérificatrice générale.

D'après un reportage de Brigitte Bureau

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